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Ce que l'on sait des 5 mystérieux monolithes installés dans l'Utah, en Roumanie, Californie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni

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Si l'on ignore encore l'origine de la structure, les images de Google Earth nous apprennent qu’elle était déjà en place en 2016, et pourrait avoir été érigée à cet endroit il y a plusieurs années. © Zuma/ABACA

Quoi de plus approprié pour clore cette année que l'apparition de ces étranges structures, qui ont tour à tour semblé jaillir de Terre — ou chuter des tréfonds de l'Univers —, dans le désert de l'Utah, en Roumanie ou encore au Pays- Bas ? Le feuilleton des "monolithes" égaye depuis quelques jours le monde entier, essoré par près d'un an d'une pandémie qui relevait il y a peu de la science-fiction. Des artistes ont revendiqué, parfois sans preuve, la paternité de certains des monolithes, mais d'autres sculptures continuent d'apparaître comme par magie aux quatre coins du monde.

Les mystères de ces objets métalliques ne sont donc pas encore épuisés. Tant mieux, selon l'essayiste Pacôme Thiellement, interrogé par France Culture : "S'il y a quelque chose dont l'homme a besoin pour pouvoir bâtir un horizon nouveau, c'est le mystère. Et donc ne pas rester simplement dans une science-fiction dystopique", avance-t-il. "Que ce soit de l'ordre de la panique sanitaire ou de l'ordre de l'hypothèse complotiste, on se retrouve dans un scénario de science-fiction."

Mais alors d'où viennent ces structures énigmatiques ? Qui se cache derrière ces apparitions ? Voici ce que l'on sait des mystérieux monolithes trouvés dans l'Utah, en Roumanie, en Californie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni :

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Le 18 novembre, un 'monolithe' est découvert par hasard dans l'Utah

Alors qu'ils survolaient le désert de l'Utah en hélicoptère, mi-novembre, pour y recenser des mouflons, des fonctionnaires locaux ont fait une drôle de découverte : quelque chose de brillant détonnait dans le rouge du désert, sillonné de creux. La division des ressources sauvages de l'Utah s'est alors approchée du prisme triangulaire, haut de 3,50 mètres, en métal poli, dressé dans un canyon. "Un des biologistes l'a repéré et nous avons volé directement au-dessus de lui", raconte Bret Hutchings, le pilote, à la chaîne locale KSL.

Aussitôt annoncée, la découverte passionnait les internautes du monde entier. Certains y voyaient un objet extraterrestre, voire un signe divin. D'autres, moins perméables aux croyances, lui cherchaient une explication plausible. Si l'on ignore encore l'origine de la structure, les images de Google Earth nous apprennent qu’elle était déjà en place en 2016, et pourrait avoir été érigée à cet endroit il y a plusieurs années.

Les autorités ont pris de soin de garder secrète la localisation du "monolithe" — en réalité, un monolithe est un bloc d'une seule pierre, ce qui n'est pas le cas de cette installation. En vain : la zone a rapidement été identifiée, et une foule de personne s'est ruée le jour même vers le curieux objet, semant au passage quantité de déchets à travers le parc naturel.

Et le 'monolithe' disparut...

Samedi 28 novembre, au petit matin, surprise : plus guère de monolithe. Les "pèlerins" ne retrouvent que sa base pyramidale, plantée dans le sol au milieu d'amas de roche.

Rapidement, un témoin se manifeste. Le photographe Ross Bernards, venu prendre des clichés du monolithe au clair de Lune, était sur place dans la soirée du 27 novembre. Il décrit sur Instagram la scène qu'il a observée : quatre hommes auraient surgi, allongé l'objet métallique, puis l'auraient chargé sur une brouette. "Ne laissez pas de traces", auraient-il lancé avant de s'enfuir. "C'était à 20h48", raconte le photographe.

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L'enlèvement — à l'aide d'une brouette — rapidement revendiqué sur les réseaux sociaux

Peu après le témoignage de Ross Bernards, une vidéo sobrement intitulé "We removed the Utah monolith" ("On a enlevé le monolithe de l'Utah") apparaît sur YouTube. L'auteur de l'escamotage n'a pas résisté à la tentation de se faire connaître. Il se nomme Andy Lewis, funambule et sportif de l'extrême. Un message laconique suit la vidéo : "Dans la nuit du 27 novembre 2020, vers 20h30, notre équipe a enlevé le monolithe de l'Utah. Nous ne dévoilerons pas d'autres informations pour le moment."

Si les auteurs de l'enlèvement n'ont pas donné davantage d'informations, ils pourraient avoir agi pour préserver le parc naturel des hordes de curieux ayant investi le désert de l'Utah ces dernières semaines. La phrase "Leave no trace" — "Ne laissez pas de trace" — que les ravisseurs ont lancée dans leur fuite va dans ce sens : c'est la "devise" les rangers et visiteurs des espaces naturels américains, note Futura-Sciences. Elle invite à respecter l'espace naturel.

Le photographe témoin de l'enlèvement plaide la cause d'Andy Lewis sur Instagram : "Si vous vous demandez pourquoi nous ne les avons pas arrêtés, eh bien c'est parce qu'ils ont eu raison de l'enlever. Nous avons passé la nuit sur place et le lendemain, nous avons marché jusqu'au sommet d'une colline surplombant la zone, où nous avons vu entrer et sortir au moins 70 voitures différentes (et un avion). Les voitures se garaient n'importe où dans le délicat paysage désertique", déplore-t-il. "Mère Nature est une artiste, il vaut mieux laisser son art à l'état sauvage."

Un autre 'monolithe' apparaît brièvement en Roumanie

La veille de la disparition de l'étrange structure utahaine, le feuilleton du monolithe rebondit de l'autre côté du Globe. Un objet quasi identique — un prisme triangulaire, également en métal, haut de quatre mètres — surgit au nord de la Roumanie, dans la ville de Piatra Neamt... pour disparaître quatre jours plus tard, le 30 novembre.

L'emplacement n'a pas été choisi au hasard : le monolithe siégeait à quelques mètres d’un site archéologique antique : la forteresse de Petrodava, construite par les Daces — tels que les Romains appelaient cette tribu du Bas-Danube — entre 82 avant J.-C. et 106 après J.-C. L’une des faces du prisme triangulaire était même orientée vers le mont Ceahlau, “connu localement comme la Montagne sainte”, note le Daily Mail.

Contrairement à son homologue américain, soigneusement poli, le monolithe roumain est recouvert de gravures en spirales (voir la vidéo ci-dessus). Personne n'a revendiqué sa propriété à ce jour, et l'on ignore encore qui se cache derrière l'apparition (et la disparition) de l'objet métallique.

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Puis un troisième 'monolithe', le 2 décembre, sur une montagne californienne

Cette nouvelle structure métallique, haute d'environ 3 mètres, a été découverte mercredi 2 décembre au sommet de la montagne Pine, à Atascadero, en Californie. C'est le troisième "monolithe" découvert ces quinze derniers jours.

L'installation semble moins robuste que ses homologues de l'Utah et de Roumanie : elle n'est pas plantée dans le sol mais seulement posée, selon un journal local. Les autorités craignent même qu'elle tombe en cas de forte rafale de vent, ce qui pourrait compromettre la santé des randonneurs qui se ruent déjà vers l'objet.

Le 6 décembre, un quatrième monolithe a été découvert aux Pays-Bas

Des randonneurs sont tombés nez à nez avec un quatrième monolithe alors qu’ils se baladaient dans la province néerlandaise de Frise, dimanche 6 décembre. La structure se trouvait près d’une mare gelée, dans la réserve naturelle du Kiekenberg, à côté de la ville d'Oudehorne.

Selon les gardes-forestiers néerlandais, le monolithe aurait été installé dans le weekend du 5 et 6 décembre et du givre avait commencé à se former sur l’acier.

Les médias locaux ont rapporté qu’aucune trace de pas n’a été retrouvée autour de la statue. Un témoin a expliqué à la radio néerlandaise Omrop Fryslân que c’était comme si le monolithe avait été "installé par en haut".

En parallèle, un cinquième monolithe a fait son apparition sur une plage de l’île de Wight au Royaume-Uni

Le dimanche 6 décembre, un autre monolithe a été découvert en Europe, cette fois dans la Manche, au sud du Royaume-Uni, sur l’île britannique de Wight.

Une habitante de l’île, Alexia Fishwick, a déclaré à la BBC qu'elle avait été "ébahie" lorsqu’elle était tombée sur le monolithe en se promenant sur la plage. Elle a également raconté que les gens l’avaient soupçonnée d’avoir photoshoppé ses photos lorsqu’elle les a postées sur les réseaux sociaux dimanche.

Le National Trust, en charge de la préservation de la plage de Compton, a déclaré que le monolithe avait été installé sans autorisation, mais qu'il n'était pas prévu qu’il soit retiré. “Il semble sécurisé sur un socle en bois et est fait de sections réfléchissantes en plastique ou en plexiglas. Nous devons surveiller le site pendant les prochains jours pour nous assurer que la plage reste sûre et ne devienne pas surpeuplée", a précisé un porte-parole.

Une oeuvre du sculpteur américain John McCracken ?

Des connaisseurs ont rapidement rapproché le monolithe de l'art de John McCracken, un sculpteur avant-gardiste américain (1934-2011) ayant un temps résidé dans le Nouveau-Mexique, Etat voisin de l'Utah. La ressemblance entre certaines de ses oeuvres, minimalistes et la structure découverte au sein du canyon est en effet troublante.

Une conjecture appuyée par les déclarations du fils de l'artiste au New York Times : "Il était inspiré par l’idée de visiteurs aliens laissant des objets qui ressemblaient à son travail, ou auxquels son travail ressemblait. Cette découverte d’une pièce monolithique est tout à fait conforme à sa vision artistique". Le sculpteur lui aurait également confié en 2002 qu'il songeait à disséminer certaines de ses œuvres "dans des endroits perdus pour qu’elles soient découvertes plus tard".

David Zwirner, représentant légal de John McCraken, n'exclut pas la possibilité qu'il s'agisse d'une œuvre du minimaliste américain. S'il admet que "la galerie est divisée sur le sujet", il est lui-même "persuadé" que le monolithe de l'Utah est une oeuvre de son défunt protégé, selon l'AFP.

Le collectif d'artistes 'The Most Famous Artist' à l’origine du premier monolithe ?

Capture d'écran du site The Most Famous Artist

Un collectif d'artistes, connu sous le nom de "The Most Famous Artist", semble avoir revendiqué la paternité du monolithe de l’Utah, à travers des photos et des indices sur leur site web et sur Instagram.

Le collectif, basé au Nouveau Mexique aux États-Unis, a publié des photos d’un monolithe sur son site, accompagné du prix de vente — 45 000 dollars (environ 37 000 euros) — et a ajouté que la livraison prendrait quatre à six semaines. Le site affiche actuellement que l’œuvre a été vendue.

Contacté par le média américain Mashable par message Twitter, le fondateur du collectif, Matty Mo, n’a cependant pas confirmé être à l’origine des monolithes trouvé aux quatre coins du monde, ni même du premier dans l’Utah : "Je ne peux pas dire grand-chose en raison de la légalité de l'installation originale. Je peux dire que nous sommes bien connus pour les coups de pub de ce genre et, en ce moment, nous proposons des objets d'art authentiques sur notre site monoliths-as-a-service. Je ne peux pas publier d'images supplémentaires pour l'instant, mais je peux promettre plus d’informations dans les jours et les semaines à venir."

Le collectif "The Most Famous Artist" n’en est pas à son premier coup de pub. Matty Mo et ses collaborateurs étaient déjà célèbres pour avoir transformé le panneau "Hollywood" en "Hollyweed" en 2017.

Quatre Américains révèlent avoir installé le monolithe à Atascadero en Californie

Dimanche 6 décembre, autre révélation : des artistes américains — Wade McKenzie, Travis Kenney, Randall Kenney et Jared Riddle — ont expliqué être à l’origine du troisième monolithe à Atascadero en Californie, aperçu pour la première fois le 2 décembre.

Les quatre hommes ont choisi de lever le voile sur leur identité après avoir appris que leur monolithe avait été démonté et remplacé par une croix, dès le lendemain de son installation, comme l’a rapporté le New York Times. Ils ont immédiatement reconstruit et réinstallé la structure en haut de la montagne californienne, comme on peut le voir sur une vidéo YouTube.

Ils disent avoir été inspirés par le succès du premier monolithe dans l'Utah. Travis Kenney et Wade McKenzie s'identifient tous deux comme des "geeks de science-fiction" et sont fans de "2001, l'Odyssée de l'espace". "Après l'apparition du deuxième en Roumanie, on s’est dit : "Il faut qu'il y en ait un troisième. Et puis on s'est dit : 'Et merde, pourquoi pas nous ?'", a raconté Travis Kenney au New York Times.

Une référence à '2001, l'Odyssée de l'espace'

"2001, l'Odyssée de l'espace", véritable bombe cinématographique et référence de la science-fiction, sortait en salle en 1968. Plus de cinquante ans plus tard, le film habite encore les esprits de nos contemporains. En témoignent les réactions à l'apparition des monolithes dans l'Utah et en Roumanie : pour beaucoup, ce ne peut-être qu'un clin d'œil au chef-d'oeuvre de Stanley Kubrick.

Dans son livre "Kubrick", le critique Michel Ciment écrit : "L'homme dépasse le stade animal par le moyen de la technologie, il atteint le stade de surhomme en se délivrant de cette même technologie." Le monolithe apparaît dans le film à des moments charnière de l'évolution de l'homme.

Dans la scène d'ouverture du film (voir la vidéo ci-dessous), des singes, ancêtres de l'homme, découvrent un prisme rectangulaire noir, soudainement apparu devant eux. D'abord tout excités, ils sont ensuite transis par la géométrie du monolithe, dont les formes les fascinent. Inspiré par cette découverte, l'un d'eux crée le premier outil : un os brisé, qu'il utilisera comme arme contre ses rivaux. Triomphant, il lance vers le ciel l'os que Kubrick raccorde en un vaisseau spatial, flottant dans l'espace.

Dans le film, nous retrouvons ainsi, des millénaires plus tard, les hommes tels que nous les connaissons en vol vers la Lune pour étudier un monolithe — d'aspect identique à celui qui intriguait les singes — qui émet un signal mystérieux.

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