Ce qu'il faut savoir sur le réseau social Gab, refuge et défouloir des trumpistes les plus radicaux

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Ce qu'il faut savoir sur le réseau social Gab, refuge et défouloir des trumpistes les plus radicaux
Alex Jones, fondateur du groupe de médias de droite Infowars, s'adresse aux militants pro-Trump avant l'assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. © Jon Cherry/Getty Images

Alors que les principaux réseaux sociaux ont suspendu les comptes de Donald Trump et de ses partisans d'extrême droite, de plus petites plateformes, marginales, semblent recueillir ces internautes bannis. Gab en fait partie. Le réseau a été fondé en 2016 en tant qu'alternative à Facebook et Twitter. Son fondateur voulait que ses utilisateurs puissent s'exprimer librement et sans modération à l'époque où les réseaux sociaux commençaient à réprimer les fake news qui accompagnaient l'ascension de Donald Trump au pouvoir.

Après la prise d'assaut du Capitole la semaine dernière, le débat sur la radicalisation des réseaux sociaux a été relancé. Les manifestants se sont organisés des semaines à l'avance sur Twitter, Facebook, Parler et TheDonald pour se réunir le jour J. Depuis, Facebook a bloqué le compte de Donald Trump, Twitter a suspendu définitivement le président, et Parler a été interdit par Google et les app stores et banni par le service AWS d'Amazon.

A lire aussi — Twitter a supprimé 70 000 comptes associés à la mouvance conspirationniste pro-Trump QAnon

Apple a suspendu Gab en 2016 pour violation de sa politique sur l'incitation à la haine, tout comme Google et Amazon. Pourtant, la plateforme a gagné en popularité depuis son lancement et fait partie des quelques plateformes qui attirent les partisans d'extrême droite.

Gab a affirmé gagner 10 000 nouveaux utilisateurs toutes les heures ce week-end.

Voici comment l'application a connu un tel succès.

Gab est né du désir d'échapper aux politiques de modération de Twitter sur les fake news et l'incitation à la haine.

Son cofondateur et PDG Andrew Torba a déclaré à Buzzfeed News fin 2017 qu'il en avait assez de la manière dont les principaux réseaux sociaux censuraient les publications des internautes. Il a ajouté : "Pourquoi les fondateurs de ces grands réseaux sociaux de gauche seraient-ils mieux placés que nous pour reconnaître "une information", une "tendance" ou définir le "harcèlement" ? s'est insurgé Andrew Torba.

Gab ressemble beaucoup à Twitter et Reddit, selon le New York Times, et ses messages - appelés "gabs" - sont limités à 300 caractères.

Le site est rapidement devenu un cloaque de suprématistes blancs, d'antisémites et d'autres utilisateurs qui ont été chassés des réseaux sociaux traditionnels, comme Milo Yiannopoulos, Alex Jones et le leader nationaliste blanc Richard B. Spencer. Le site web prétend être réservé à tous ceux qui partagent "des idéaux communs, des valeurs occidentales de liberté individuelle et de libre échange", mais il est le terreau d'idéologies d'extrême droite véhiculées par une petite communauté. Gab comptait environ 1 million d'utilisateurs en avril 2020, selon Fox Business.

“Twitter/Business Insider”

Andrew Torba a publié lundi matin une illustration du président Trump avec un aigle reposant sur ses épaules, debout à côté d'un lion. L'Irlandais d'extrême droite Dave Cullen, qui dirige la chaîne Computing Forever, a publié lundi une vidéo d'adieu après que YouTube l'a banni. Il a déclaré que cela ne changerait pas sa manière de penser, et d'agir.

Il a même écrit sur son profil : "S'ils ne vous laissent pas le dire, alors vous DEVEZ le dire. #AllSpeechMatters."

A l'image d'autres réseaux sociaux d'extrême droite tels que Parler, Gab se présente comme un partisan de la liberté d'expression. Le règlement de la plateforme interdit certains types de messages, comme les menaces de violence et la pornographie illégale. Mais à part cela, le réseau ne modère que très peu de contenus et ne restreint pas les messages qui pourraient être largement considérés comme trompeurs ou qualifiés de discours de haine. Gab donne aux utilisateurs la possibilité de mettre en sourdine les messages qu'ils trouvent offensants.

L'auteur de l'attentat de la synagogue de Pittsburgh, en 2018, avait publié une série de messages antisémites sur la plateforme avant de tuer 11 personnes. Gab avait été mis hors ligne après la fusillade, qui a été qualifiée d'attaque antisémite la plus meurtrière de l'histoire des Etats-Unis.

Le criminel avait attaqué une organisation de réfugiés juifs, qu'il avait qualifiée " d'envahisseurs qui tuent notre peuple", selon les archives de ses posts sur Gab. "Je ne peux pas rester assis et regarder mon peuple se faire massacrer. Peu importe ce que vous pensez, j'y vais."

Le 27 octobre, des habitants de Pittsburgh se recueillaient devant le monument aux morts dédié aux 11 victimes de la Synagogue The tree of life. Matthew Hatcher/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Gab a été régulièrement interdit par les géants de la tech depuis son lancement en 2016.

Les géants de la tech avaient déjà restreint l'accès à Gab par le passé. Google, Amazon et Apple ont de nouveau pris des mesures contre Parler après l'insurrection du Capitole.

En 2016, Apple a bloqué l'application en raison de son contenu pornographique et de ses propos haineux, et Google l'a également interdite dans sa boutique Google Play. Gab a intenté une action en justice contre Google mais l'a abandonnée.

En 2017, l'hébergeur de la plateforme a menacé d'expulser Gab pour avoir enfreint son règlement sur les discours de haine en diffusant des messages racistes et antisémites. Un porte-parole de la société a déclaré qu'il avait banni l'auteur des messages, mais que l'entreprise "cherchait un hébergeur qui soutienne la liberté d'expression et le politiquement incorrect".

En août 2018, Microsoft a menacé d'expulser Gab de son service de cloud Azure en raison de messages antisémites appelant à la "vengeance" contre les Juifs et au vandalisme des musées sur l'Holocauste. L'utilisateur de Gab qui a écrit ces messages les a ensuite supprimés.

Après que le terroriste de Pittsburgh a été reconnu comme l'auteur des messages antisémites sur Gab, PayPal a annoncé qu'il interdisait à la plateforme de l'utiliser comme moyen de paiement. Stripe a suivi peu après, tout comme Medium, Shopify et GoDaddy, l'hébergeur de Gab. Gab a rapidement trouvé un autre hébergeur, la société Epik.

En 2019, Amazon a annoncé qu'elle interdirait à Gab de collecter des fonds via sa plateforme Amazon Web Services car la plateforme "promouvait discours de haine".

L'extrême droite peut diffuser tous les mensonges qu'elle souhaite sur Gab parce que le site ne modère pas son contenu - et gagne rapidement de nouveaux utilisateurs. Ce genre de sites prétendent généralement défendre la liberté d'expression et affirment que Twitter enfreint le premier amendement en réprimant les "fake news". Mais comme l'a écrit Tyler Sonnemaker de Business Insider, Twitter et Gab ont tous deux le droit de modérer leurs plateformes comme ils l'entendent puisqu'il s'agit d'entreprises privées. Le premier amendement empêche le gouvernement de censurer les particuliers et les entreprises, et non l'inverse.

Alors que Twitter et Facebook accélèrent la mise en œuvre de leurs politiques de modération, des experts ont confié à Business Insider que Parler et Gab pourraient gagner des utilisateurs. En effet, ces applications sont le terreau des théories complotistes et des fake news.

"Gab a gagné plus d'utilisateurs au cours des deux derniers jours que nous n'en avons eu au cours de nos deux premières années d'existence", a tweeté la société dimanche. Parler s'est également hissé au premier rang de l'App Store après que Facebook et Twitter ont suspendu Trump.

Cependant, l'application conservatrice est maintenant hors ligne depuis qu'Amazon a rompu ses liens avec le service. Le PDG de Parler, John Matze, a déclaré que la plateforme pourrait rester hors ligne pendant encore une semaine. Ce dernier a intenté un procès contre Amazon pour violation de son règlement sur la concurrence. Pour John Matze, l'interdiction du géant de la tech était motivée par des raisons politiques et était anticoncurrentielle.

Version originale : Katie Canales/Business Insider

A lire aussi — Google, Facebook et Microsoft suspendent leurs dons politiques après l'assaut du Capitole

Découvrir plus d'articles sur :