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Ce qu'il faut savoir sur Neuralink, l'entreprise d'Elon Musk qui veut placer des micropuces dans le cerveau humain

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Elon Musk. © Win McNamee/Getty Images
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Le milliardaire Elon Musk est connu pour ses entreprises de premier plan comme Tesla et SpaceX, mais le natif sud-africain détient également une poignée d'entreprises inhabituelles. L'une d'entre elles, dit-il, consiste à réaliser un jour une "symbiose" entre le cerveau humain et l'intelligence artificielle. Neuralink est la société de technologie d'interface neuronale d'Elon Musk. En termes simples, elle construit une technologie qui pourrait être intégrée dans le cerveau d'une personne, où elle pourrait à la fois enregistrer l'activité cérébrale et potentiellement la stimuler.

Bien que le fondateur de SpaceX aime à parler de sa vision futuriste de la technologie, qui consiste à fusionner la conscience humaine et l'intelligence artificielle, cette technologie a de nombreuses applications médicales potentielles à court terme, comme le traitement de la maladie de Parkinson.

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Voici l'essentiel à savoir à propos de Neuralink :

Neuralink a été fondée dans le plus grand silence en 2016.

Bien qu'Elon Musk ait vanté les applications à court terme de Neuralink, il associe souvent l'entreprise à ses craintes concernant l'intelligence artificielle. Il dit penser que l'humanité sera capable d'atteindre une "symbiose" avec l'intelligence artificielle. Invité en 2019 sur le podcast "Artificial Intelligence", le PDG de Tesla a fait savoir que Neuralink était "destiné à répondre au risque existentiel associé à la superintelligence numérique."

"Nous ne serons pas en mesure d'être plus intelligents qu'un superordinateur numérique, donc, par conséquent, si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les", a-t-il appelé. Elon Musk a fait de nombreuses déclarations fantaisistes sur les capacités accrues que Neuralink pourrait conférer. En 2020, il a déclaré que les gens pourraient "sauvegarder et rejouer des souvenirs" comme dans "Black Mirror", ou convoquer leur voiture par télépathie.

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Les experts ont fait part de leurs doutes quant à ces affirmations. En septembre 2020, Insider s'est entretenu avec le professeur Andrew Jackson, neuroscientifique de l'université de Newcastle. "Je ne veux pas dire que cela n'arrivera pas, mais je pense que la neuroscience sous-jacente est beaucoup plus bancale", estimait-il alors. "Nous comprenons beaucoup moins bien comment ces processus fonctionnent dans le cerveau, et ce n'est pas parce que vous pouvez prédire la position de la jambe du cochon lorsqu'il marche sur un tapis roulant que cela signifie automatiquement que vous serez capable de lire dans les pensées."

Un autre professeur, Andrew Hires, déclarait à Insider en août 2020 que les affirmations d'Elon Musk sur la fusion avec l'IA étaient tout droit sorties du "pays des fantasmes aspirationnels."

Neuralink développe deux équipements. Le premier est une puce qui serait implantée dans le crâne d'une personne et dont les électrodes se propageraient dans son cerveau.

La puce se place derrière l'oreille, tandis que des électrodes se déploient dans le cerveau. Neuralink/YouTube

La puce développée par Neuralink a la taille d'une pièce de monnaie et serait intégrée dans le crâne du patient. À partir de la puce, un réseau de minuscules fils, chacun étant environ 20 fois plus fin qu'un cheveu humain, se déploie dans le cerveau.

Ces fils sont équipés de 1 024 électrodes capables de surveiller l'activité cérébrale et, en théorie, de stimuler électriquement le cerveau. Toutes ces données sont transmises sans fil via la puce à des ordinateurs où elles peuvent être étudiées par les chercheurs.

Le second est un robot qui pourrait implanter automatiquement la puce.

Le robot chirurgical de Neuralink. Woke Studios

Le robot fonctionnerait en utilisant une aiguille rigide pour percer les fils flexibles émanant d'une puce Neuralink dans le cerveau d'une personne, un peu comme une machine à coudre.

Neuralink a publié une vidéo présentant le robot en janvier 2021.

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Elon Musk a affirmé que la machine pourrait rendre l'implantation des électrodes de Neuralink aussi facile que la chirurgie oculaire LASIK. Bien qu'il s'agisse d'une affirmation audacieuse, des neuroscientifiques ont précédemment déclaré à Insider, en 2019, que la machine avait des caractéristiques très prometteuses.

Le professeur Andrew Hires a souligné une fonctionnalité qui ajusterait automatiquement l'aiguille pour compenser le mouvement du cerveau d'un patient, car le cerveau se déplace pendant la chirurgie en même temps que la respiration et le rythme cardiaque d'une personne.

Le robot, tel qu'il se présente actuellement, mesure deux mètres de haut, et si Neuralink développe sa technologie sous-jacente, son design a été conçu par Woke Studios.

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En 2020, la société a montré l'une de ses puces fonctionnant sur un cochon nommé Gertrude lors d'une démonstration en direct.

Le dispositif Neuralink placé dans le cerveau de Gertrude a transmis des données en direct pendant la démonstration, alors qu'elle reniflait. Neuralink/YouTube

La démonstration était une preuve de concept et montrait comment la puce était capable de prédire avec précision le positionnement des membres de Gertrude lorsqu'elle marchait sur un tapis roulant, ainsi que d'enregistrer l'activité neuronale lorsque le cochon reniflait pour trouver de la nourriture. Elon Musk a fait savoir que le cochon vivait avec la puce intégrée dans son crâne depuis deux mois.

"En termes de technologie, 1 024 canaux n'est pas très impressionnant de nos jours, mais l'électronique pour les relayer sans fil est à la pointe de la technologie, et l'implantation robotique est bien pensée", a déclaré le professeur Andrew Jackson, expert en interfaces neuronales à l'Université de Newcastle. "C'est une ingénierie solide mais une neuroscience médiocre", a-t-il ajouté.

Andrew Jackson a déclaré à Insider, à la suite de la présentation de 2020, que le relais sans fil de la puce Neuralink pourrait potentiellement avoir un impact important sur le bien-être des cobayes animaux dans le domaine scientifique, car la plupart des interfaces neurales actuellement utilisées sur les animaux de laboratoire impliquent des fils qui traversent la peau.

"Même si la technologie ne fait rien de plus que ce que nous sommes capables de faire actuellement — en termes de nombre de canaux ou autre —, je pense que si vous pouvez faire des expériences avec quelque chose qui n'implique pas de fils traversant la peau, cela va améliorer le bien-être des animaux", a-t-il déclaré.

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Bien qu'aucune des technologies présentées jusqu'à présent par Neuralink n'ait été particulièrement révolutionnaire, les neuroscientifiques sont impressionnés par la façon dont l'entreprise a réussi à regrouper les technologies existantes.

Elon Musk durant la présentation de 2020. Neuralink YouTube

"Toute la technologie qu'il a montrée a déjà été développée d'une manière ou d'une autre, [...] Essentiellement, ce qu'ils ont fait, c'est de l'emballer dans une jolie petite forme qui envoie ensuite des données sans fil", a nuancé auprès d'Insider le Dr Jason Shepherd, professeur associé de neurobiologie à l'Université de l'Utah, après la démonstration de 2020.

"En regardant cette présentation, vous pourriez penser que cela sort de nulle part, qu'Elon Musk fait de la magie, mais en réalité, il a vraiment copié et collé beaucoup de travaux de très nombreux laboratoires qui ont travaillé sur ce sujet", a-t-il ajouté.

Elon Musk s'est vanté à plusieurs reprises d'avoir placé la puce dans un singe, bien que les neuroscientifiques ne soient pas si enthousiastes à ce sujet.

Le singe utilisé par Neuralink ne figure pas sur cette image.  REUTERS/Lisi Niesner

Lors de la présentation de Neuralink en 2019, Elon Musk avait annoncé avec enthousiasme que l'entreprise avait réussi à implanter sa puce dans un singe. "Un singe a été capable de contrôler un ordinateur avec son cerveau, juste pour info", a-t-il déclaré, ce qui a semblé prendre le président de Neuralink, Max Hodak, par surprise. "Je n'avais pas réalisé que nous publiions ce résultat aujourd'hui, mais voilà", avait bredouillé ce dernier.

Le milliardaire a réitéré cette affirmation en février 2021 avec un peu plus de détails. "Nous avons déjà un singe avec un implant sans fil dans le crâne, et les minuscules fils, qui peut jouer à des jeux vidéo en utilisant son esprit", annonçait-il lors d'une longue interview sur Clubhouse.

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Des neuroscientifiques s'adressant à Insider en 2019 ont déclaré que si cette affirmation pouvait attirer l'attention des lecteurs, ils ne la trouvaient pas surprenante ni même particulièrement impressionnante.

"Le singe n'est pas en train de surfer sur Internet. Le singe est probablement en train de déplacer un curseur pour déplacer une petite balle afin d'essayer d'atteindre une cible", a estimé le professeur Andrew Hires, professeur adjoint de neurobiologie à l'Université de Californie. L'implantation chez des primates d'interfaces neurales-cérébrales leur permettant de contrôler des objets sur des écrans a déjà été réalisée et est prévue dans toute recherche visant à implanter un jour une technologie dans le cerveau humain.

Elon Musk a déclaré que les essais sur l'homme pourraient commencer d'ici la fin de l'année, chose qu'il avait déjà affirmée l'année dernière.

Britta Pedersen-Pool/Getty Images

Lors d'une apparition sur le podcast "Joe Rogan Experience" en mai 2020, Elon Musk avait suggéré que Neuralink pourrait commencer les tests sur des sujets humains d'ici un an. Il a fait la même affirmation lors d'une interview sur Clubhouse en février 2021.

Auparavant, en 2019, Elon Musk avait déclaré que l'entreprise espérait placer une puce dans un patient humain d'ici la fin 2020. À l'époque, les experts ont émis des doutes sur ce calendrier, car une partie des tests de sécurité d'un dispositif d'interface neuronale implique de l'implanter dans un sujet de test animal (normalement un primate) et de l'y laisser pendant une période prolongée pour tester sa longévité — car toute puce devrait rester dans le cerveau d'un patient humain durant toute sa vie.

"On ne peut pas accélérer ce processus. Il faut simplement attendre — et voir combien de temps les électrodes durent. Et si l'objectif est que celles-ci durent des décennies, il est difficile d'imaginer comment vous allez pouvoir tester cela sans attendre de longues périodes de temps pour voir comment les dispositifs fonctionnent", affirmait Jacob Robinson, neuroingénieur à l'Université Rice, à STAT News en 2019.

À court terme, l'utilisation d'une puce dans le cerveau d'une personne pourrait servir à traiter des troubles neurologiques comme la maladie de Parkinson.

Un gros plan de l'aiguille du robot de chirurgie cérébrale de Neuralink. Neuralink

Une technologie d'interface neuronale améliorée comme celle de Neuralink pourrait être utilisée pour mieux étudier et traiter des maladies neurologiques graves comme la maladie de Parkinson et la maladie d'Alzheimer Le professeur Andrew Hires a déclaré à Insider qu'une autre application pourrait être de permettre aux gens de contrôler des prothèses robotiques avec leur esprit.

"La première application que l'on peut imaginer est un meilleur contrôle mental d'un bras robotisé pour une personne paralysée", estimait Andrew Hires en 2019, précisant que les électrodes dans le cerveau d'un patient pourraient potentiellement reproduire la sensation du toucher, permettant au patient d'exercer un contrôle moteur plus fin sur un membre prothétique.

Elon Musk a également fait des déclarations douteuses sur ses applications médicales. Il a par exemple affirmé que la technologie pourrait 'résoudre l'autisme'.

Yasin Ozturk/Anadolu Agency via Getty Images

Lors d'une apparition sur le podcast "Artificial Intelligence" en novembre 2019, Elon Musk s'est dit confiant que Neuralink pourrait à l'avenir "résoudre un grand nombre de maladies liées au cerveau", et a cité l'autisme et la schizophrénie comme exemples. L'autisme est classé comme un trouble du développement, et non comme une maladie, et l'Organisation mondiale de la santé décrit la schizophrénie comme un trouble mental.

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Un neuroscientifique a déclaré à Insider que l'idée de pratiquer une opération du cerveau pour autre chose qu'un traitement essentiel pose de gros problèmes éthiques.

Le Dr Rylie Green, de l'Imperial College London, a déclaré à Insider en 2019 que l'idée de pratiquer une chirurgie cérébrale sur une personne en bonne santé est profondément troublante.

"Introduire l'un de ces dispositifs dans votre cerveau [...] est une chirurgie à très, très haut risque", a-t-elle souligné. "Les gens le font parce qu'ils ont des limitations sévères et qu'il y a là un potentiel pour améliorer leur vie. Le faire pour le plaisir n'est pas une bonne idée", a-t-elle ajouté.

Version originale : Isobel Asher Hamilton/Insider

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