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Ce qu'on devrait manger en 2050 pour rester en bonne santé, selon l'Inserm


Les insecte comestibles vont-ils envahir nos assiettes d'ici 2050 ? © Pixabay/SatyaPrem

Environ 17% des Français adultes seraient victimes d'obésité et 5% de la population hexagonale souffrirait de diabète. Quand on sait que dans une vie entière, un individu consomme en moyenne 30 tonnes d'aliments et 50 000 litres de boissons, on comprend vite que ce que l'on mange a un réel impact sur notre santé. "Avec le tabac et l'alcool, la nutrition est le principal facteur de risque modifiable de ces maladies", confirme Mathilde Touvier, directrice de l'équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Eren) à Bobigny et Prix Recherche Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) 2019 . Dans son magazine du mois de juillet 2020, l'Inserm a publié un dossier de plusieurs pages sur l'alimentation du futur, reprenant les nombreuses recherches et études actuellement en cours.

"En France, environ 30% des adultes consomment trop de sucres, 63% trop de charcuterie riche notamment en graisses saturées, 79% trop de sel...", détaille Mathilde Touvier. Et le constat est le même au niveau mondial. Selon l'Organisation des Nations Unies (ONU), près de 50% de l'humanité serait mal nourrie avec un double constat alarmant : 2 milliards de personnes surconsomment des aliments riches en sucres et en graisses, et 2 milliards d'autres personnes sont sous-alimentées. Outre l'impact sur la santé des êtres humains, l'alimentation actuelle pèse aussi sur l'environnement. Selon le rapport publié en août 2019 par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la production alimentaire serait à elle seule responsable d'environ 21 à 37% des émissions totales de gaz à effet de serre. Du même ordre que le transport ou le logement.

Comment du coup utiliser notre alimentation pour être sûrs de rester en bonne santé et de préserver la planète ? De nombreux chercheurs planchent actuellement sur le sujet, notamment l'Inserm en France au travers de l'Eren, Équipe de recherche en en épidémiologie nutritionnelle, qui étudie les relations entre nutrition et santé. Mathilde Touvier, à sa tête, assure que "(...) manger ne se résume pas à ingérer une simple somme de nutriments" et que "(...) le plaisir de manger, de cuisiner et de prendre des repas conviviaux reste très important dans nos sociétés". En 2050, nous serons donc encore loin des pilules magiques prônées dans certaines œuvres de science-fiction comme l'institut le remarque.

Notre alimentation devra conserver une partie de ses bases actuelles dans les prochaines années, et notamment le fait de manger des aliments diversifiés. Mais alors que mangerons-nous vraiment en 2050 ? Cette question va faire l'objet d'un débat public au Sénat d'ici la fin de l'année. À l'occasion d'auditions en vue de sa préparation, de grandes tendances se sont dégagées, fruits des récents travaux et des réflexions des experts de l'Inserm. Voici donc ce que nous pourrions trouver dans nos assiettes d'ici une trentaine d'années :

Plus de végétaux dans nos assiettes : fruits, légumes, mais aussi légumineuses et fruits à coque

Unsplash/Thomas Le

"Si nous adhérons aux dernières recommandations nutritionnelles françaises, nos assiettes devraient s'enrichir de certains végétaux, lesquels ne sont pas suffisamment consommés à ce jour", explique la chercheuse de l'Inserm. Outre les désormais connus cinq fruits et légumes à consommer quotidiennement, il faudrait également manger au moins deux fois par semaine des légumineuses : lentilles, haricots secs, pois chiches... Ces nouvelles recommandations estiment aussi que consommer tous les jours des produits céréaliers complets et des fruits à coque non salés (amandes, noix, noisettes...) permettrait d'être en meilleure santé.

"Ces aliments permettent un apport satisfaisant en fibres. Lesquelles favorisent le transit intestinal et contribuent au contrôle des taux de sucre et de cholestérol sanguins, et donc à la prévention de l'obésité et du diabète", précise Mélanie Deschasaux, chargée de recherche dans l'équipe Eren.

Manger plus d'aliments bio pour préserver notre santé

Pixabay/Couleur

"Comme l'encouragent également nos dernières recommandations nutritionnelles, nous devrions aussi manger plus d'aliments bio, limitant très nettement l'usage de pesticides"n assure Mathilde Touvier. Cette tendance semble être d'ores et déjà d'actualité puisque selon les chiffres de l'Agence Bio, entre 2015 et 2019 la part des Français qui ont mangé bio au moins une fois par semaine est passée de 37% à 47%. Et ce, même si tout n'est pas encore clair sur les conséquences positives sur la santé des produits bio. "Le rôle du bio pour la santé n'est pas encore clairement établi. Mais de plus en plus de travaux montrent qu'il est associé à des bénéfices", nuance Emmanuelle Kesse-Guyot, directrice de recherche à l'Eren.

Mais manger 100% de produits bio d'ici 2050 est-il vraiment possible ? Selon une étude européenne datant de 2018, cela impliquerait d'augmenter de 16 à 33% la part des terres cultivées dans le monde, ce qui ferait augmenter la déforestation de 8 à 15%. L'agriculture bio produit en effet entre 8 et 25% de moins, selon les cultures, que l'agriculture dite "conventionnelle".

Des études au niveau européen sont actuellement en cours pour modéliser cette possibilité et voir si une augmentation de la production bio est réellement possible sans dégâts pour l'environnement. Deux conditions auraient en tout cas d'ores et déjà été établies : la réduction du gaspillage alimentaire (qui concerne 30% de l'alimentation mondiale produite aujourd'hui), et la baisse de la consommation de produits animaliers (viande, lait...) pour que la production des aliments pour les humains ne rentre pas en concurrence avec celle pour le bétail.

Faire disparaître les produits gras, sucrés, salés et les aliments ultra-transformés

Pixabay/WikimediaImages

Pour évoluer vers une alimentation durable et pouvoir rester en bonne santé, d'autres produits devraient à l'inverse disparaître de nos assiettes d'ici 2050, ou en tout cas fortement diminuer. Il s'agit des aliments gras, sucrés, salés, et également des produits ultra-transformés comme les sodas, les barres chocolatées, les plats cuisinés, etc. D'après une étude réalisée par l'équipe de Mathilde Touvier, une hausse de 10% de la proportion d'aliments ultra-transformés dans notre alimentation serait corrélée à une augmentation d'environ 10% des risques de cancer, tous types confondus.

Des résultats similaires auraient été trouvés pour les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète et de mortalité. "Ce type d'associations pourrait s'expliquer par la présence (...) d'additifs, ces substances ajoutées pour améliorer la saveur, la texture et/ou l'apparence des aliments", précise la chercheuse.

Moins de viande rouge dans nos assiettes d'ici 2050

Unsplash/Jason Leung

Manger de la viande rouge (agneau, bœuf, cheval...) ne serait déjà plus aussi ancré dans les habitudes des habitants de l'Hexagone. Selon une étude de FranceAgriMer, établissement national en charge des produits de l'agriculture et de la mer, la consommation de viande rouge serait passée de 69 kg par an et par Français en 1998 à environ 58 kg en 2018, 20 ans plus tard. Une évolution qui s'expliquerait par "les discours environnementaux et de santé sur les viandes rouges" selon FranceAgriMer.

Côté environnement, la production de viande rouge serait très polluante. Dans un rapport de 2013 de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), il était déjà précisé que l'élevage émettrait 14,5% des gaz à effet de serre liés aux activités humaines, dont plus de 60% dûs à la seule production de bœuf. Du côté de la santé, plusieurs études récentes suggèrent également que manger plus de 500 g de viande rouge par semaine augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de cancers et de diabète.

De là à supprimer totalement la viande rouge de son alimentation, il y a un pas que les Français ne seraient pas encore prêts à franchir. "L'évolution actuelle tend plutôt vers le régime flexitarien, essentiellement à base de protéines végétales mais qui autorise tout de même une consommation occasionnelle de viande, par exemple seulement une fois par semaine ou au restaurant", a indiqué à l'Inserm François Mariotti, professeur de nutrition à AgroParisTech. D'après une des études récentes co-réalisée par le chercheur, 21% des Français ont réduit ou prévoient de réduire leur consommation de viande. Contre seulement 2,5% qui l'aurait totalement arrêtée.

Le développement des aliments 'fonctionnels', c'est-à-dire contenant des ingrédients bénéfiques pour la santé

Pixabay/shixugang

Autre évolution à venir pour notre future alimentation, toujours selon les chercheurs de l'Inserm, le possible développement des aliments dits "fonctionnels", c'est-à-dire optimisés pour contenir, en plus de leurs nutriments, des ingrédients susceptibles d'amener des bienfaits pour la santé de ceux qui les consomment. Notamment des produits qui stimuleraient le microbiote intestinal, ou flore intestinale, riche de 100 000 milliards de bactéries. Garder un microbiote varié et sain permettrait d'éviter des maladies liées à l'inflammation de l'intestin (maladie de Crohn par exemple), mais aussi l'obésité ou le diabète.

Pour garder un microbiote en forme, il faut manger un certain nombre de fibres chaque jour, environ 25 grammes selon les doses recommandées. On les trouve notamment dans les fruits et les légumes. Or, selon une étude NutriNet Santé publiée en juillet 2020, seuls 17% des Français atteindraient un tel niveau. Pour améliorer ce constat, de nouveaux probiotiques pourraient par exemple voir le jour comme ceux que l'on trouve déjà dans les yaourts ou les céréales. Autre innovation actuellement en test, une baguette de pain appelée "Amibiote", développée après trois ans de recherches : elle comprend sept fibres végétales choisies pour leur diversité et leur effet positif sur le microbiote.

Des insectes comestibles pour compléter notre alimentation

Pixabay/SatyaPrem

Les "novel foods" sont définis par l'Europe comme des aliments non consommés dans la Communauté européenne avant 1997, issus de traditions ou de cultures alimentaires d'autres pays, voire de la recherche scientifique et technologique. Un des exemples les plus emblématiques pour le Vieux Continent, et peut-être l'un des changements qui sera le plus difficile à accepter pour les Français, serait de se nourrir d'insectes comestibles.

Cité par l'Inserm, Patrick Borel, directeur de recherche INRAE (Institut national de la recherche agronomique) à l'université Aix-Marseille, ne cache pas son enthousiasme : "couramment ingérés par 2 milliards d'individus en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, et regroupant pas moins de 1 900 espèces comestibles (grillons, sauterelles, mouches soldat noires, vers de farine...), les insectes sont très riches en protéines. Lesquelles présentent une qualité semblable à celle de la viande (...)". Voire même mieux : selon la FAO, les criquets chapulines contiendraient par exemple jusqu'à 48 grammes de protéines pour 100 g, contre 28 grammes pour le bœuf.

Autre avantage, toujours selon le chercheur de l'INRAE, "l'élevage d'insectes est aussi moins polluant que l'élevage d'animaux de rente en matière de gaz à effet de serre émis, et de quantité d'aliments, d'eau et de surface nécessaires". Mais pas sûr que tous ces avantages convainquent rapidement les Français qui ont souvent du mal à imaginer des insectes dans leur assiettes.

Manger des micro-algues pour améliorer son apport en protéines

Pixabay/Nouchkac

Toujours dans le domaine des "novel foods", les micro-algues sont aussi candidates pour trouver le chemin de nos assiettes d'ici 2050. Les micro-algues sont des organismes microscopiques formés d'une seule cellule et vivant en suspension dans les océans et les eaux douces. Trois espèces sont actuellement autorisées en Europe : la spiruline (cf photo), la chlorelle et l'ondotella. Elles seraient elles aussi très riches en protéines.

Pierre Colas, chargé de recherche Inserm à la station biologique de Roscoff, assurent qu'elles ont d'autres avantages : "les micro-algues croissent rapidement et présentent de ce fait des rendements potentiels à l'hectare près de 10 fois supérieurs à ceux des végétaux terrestres cultivés". Reste qu'il faut trouver un moyen de donner envie de les consommer : "il faudra encore beaucoup d'efforts de développement pour arriver à les intégrer dans des recettes appétissantes et à les produire à grande échelle".

Consommer de la viande in vitro créée en laboratoire

Pixabay/Prylarer

Dernier exemple de "novel foods" qui devrait arriver dans nos assiettes d'ici une trentaine d'années, directement issue de la recherche scientifique, la viande de laboratoire, encore appelée viande in vitro. Différente de la viande végétale, composée de céréales et de légumineuses, la viande in vitro est fabriquée à partir de cellules souches prélevées chez des animaux d'élevage comme les porcs ou les bovins. Les cellules sont cultivées en laboratoire. "Elle consiste en un amas de cellules musculaires qui imitent la viande hachée" précise Jean-François Hocquette, co-auteur d'une revue scientifique sur le sujet, cité par l'Inserm.

Si le premier steak de laboratoire a été créé en 2013, une trentaine de startup se sont depuis lancées sur le créneau. Mais pour le spécialiste, "la commercialisation à large échelle de cette viande de synthèse est peu probable d'ici 2050". Lors d'une enquêté qu'il a réalisé en interrogeant 1 887 consommateurs avertis dans le monde, seules 5 à 11% des personnes sondées étaient prêtes à en manger régulièrement.

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