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Certains pourraient être protégés du Covid-19 sans jamais l'avoir eu

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Un lymphocyte T humain provenant du système immunitaire d'un donneur sain. © National Institute of Allergy and Infectious Diseases

Selon des recherches récentes, le système immunitaire de certaines personnes pourrait avoir une longueur d'avance contre le nouveau coronavirus. Une étude publiée le mois dernier dans la revue Cell a montré que des personnes qui n'ont jamais été exposées au Covid-19 ont des lymphocytes T auxiliaires capables de reconnaître le virus et d'y réagir. L'explication la plus probable de cette découverte surprenante, selon les chercheurs, est un phénomène appelé réactivité croisée : lorsque des lymphocytes T auxiliaires se sont développés en réponse à un autre virus, ils vont réagir à un pathogène similaire même s'il est inconnu du corps.

Dans le cas présent, ces lymphocytes T pourraient être des restes d'une exposition antérieure à un autre coronavirus — probablement l'un des quatre qui causent les rhumes les plus courants. "Vous commencez avec un petit avantage, une longueur d'avance dans la course à l'armement entre le virus qui veut se reproduire et le système immunitaire qui veut l'éliminer", a déclaré Alessandro Sette, l'un des coauteurs de l'étude, à Business Insider US. Il a ajouté que les lymphocytes T auxiliaires à réaction croisée pourraient "aider à générer une réponse immunitaire plus rapide et plus forte".

Une 'longueur d'avance' immunologique

Un passager du métro new-yorkais le 30 avril.  Lucas Jackson/Reuters

Pour son étude, l'équipe d'Alessandro Sette a examiné le système immunitaire de 20 personnes ayant contracté le nouveau coronavirus et s'en étant remises, ainsi que des échantillons de sang de 20 personnes prélevés entre 2015 et 2018 (ce qui signifie qu'il n'y avait aucune chance que ces personnes aient été exposées au nouveau coronavirus).

Parmi les 20 patients dont l'infection par le Covid-19 a été confirmée, les chercheurs ont constaté que chaque personne possédait à la fois les globules blancs spécifiquement conçus pour combattre le virus et les anticorps qui en résultent.

"Les données suggèrent qu'une personne moyenne va avoir une bonne réponse immunitaire et peut avoir une immunité pendant un certain temps", a déclaré Shane Crotty, un autre co-auteur de l'étude, à Business Insider US.

Il a ajouté que cette conclusion signifiait probablement que "les nombreux vaccins que les gens essaient de fabriquer devraient pouvoir reproduire l'immunité naturelle".

Une équipe d'urgentistes à l'hôpital universitaire de Strasbourg le 16 mars.  Christian Hartmann/Reuters

Parmi les 20 personnes dont les échantillons de sang ont été prélevés avant la pandémie, 50% avaient un type de globule blanc appelé CD4+ — des lymphocytes T qui aident le système immunitaire à créer des anticorps — que les chercheurs ont trouvé capables de reconnaître le nouveau coronavirus et d'inciter le système immunitaire à riposter immédiatement.

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour savoir si ou dans quelle mesure cette immunité croisée influence la gravité d'un cas.

"Il est trop tôt pour conclure que la réactivité croisée avec les coronavirus du rhume joue un rôle dans l'issue clinique légère ou grave du Covid-19 ou le degré d'infection des populations", a déclaré à Business Insider US Maillère Bernard, une scientifique du CEA/Université de Paris-Saclay en France qui n'a pas participé à l'étude.

Preuves de l'immunité

Un professionnel de santé prélève un échantillon de sang pour un test d'anticorps au Covid-19 à Los Angeles le 20 mai.  Damian Dovarganes/AP

Parmi le groupe de patients atteints de coronavirus étudié dans le cadre de la nouvelle recherche, seuls deux présentaient une forme grave, les 90 % restants avaient des infections légères ou modérées. Le groupe a été sélectionné de cette manière afin que les chercheurs puissent mesurer les réponses immunitaires chez des patients lambda atteints du Covid-19, et non chez des personnes hospitalisées. (On estime que 20 % des cas du nouveau coronavirus sont graves).

"Si vous regardez l'exception plutôt que la règle, il est difficile de savoir ce qui se passe", a déclaré Shane Crotty. "Si la réponse immunitaire moyenne était terrible, ce serait un très mauvais signe."

Les chercheurs ont recherché dans le sang des patients deux types de globules blancs : les cellules CD4+ et CD8+. Ces dernières sont des lymphocytes T cytotoxiques, des cellules "tueuses" qui attaquent les cellules infectées par un virus.

Les résultats ont montré qu'au cours de leur infection, les 20 patients ont produit des anticorps et des lymphocytes T auxiliaires capables de reconnaître le nouveau coronavirus et de réagir en conséquence, et 70 % ont produit des lymphocytes T cytotoxiques.

Cela suggère que le corps sera capable d'identifier et de se défendre contre le Covid-19 à l'avenir.

Un homme est transporté sur un brancard dans une ambulance à New York le 27 mars.  REUTERS/Carlo Allegri

"Il est évident que nous ne pouvons pas vous dire en toute franchise ce qui se passera dans 15 ans, car le virus n'existe que depuis quelques mois. Personne ne sait donc si cette réponse immunitaire est durable ou non", a déclaré Alessandro Sette.

Mais il pense qu'il y a des raisons d'être optimiste, surtout pour les patients qui ont fait des formes graves.

"La mémoire immunitaire est liée à l'événement. Si c'est un événement fort, vous aurez une mémoire forte", a ajouté Alessandro Sette. "Si vous avez failli vous faire écraser par un camion, vous vous en souviendrez, mais vous ne vous souviendrez peut-être pas de la couleur des chaussettes que vous portiez hier car ce n'est pas grave."

Yuan Tian, un scientifique de l'Institut Fred Hutch de Seattle qui n'a pas participé à la recherche, a déclaré à Business Insider US que pour en savoir plus sur le lien entre les lymphocytes T et l'immunité, "il serait intéressant d'étudier les personnes atteintes de maladies graves et de comparer la réponse des lymphocytes T entre elles et celles atteintes de maladies légères".

C'est la prochaine étape, selon Shane Crotty.

"Nous cherchons à identifier la réponse des lymphocytes T chez les personnes gravement hospitalisées", dit-il. "C'est en train d'être étudié au moment même où nous parlons."

Version originale : Aylin Woodward/Business Insider.

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