Chanel révèle pour la première fois de son histoire ses résultats financiers — et la marque de luxe talonne Louis Vuitton alors qu'elle fait très peu de ventes sur internet

Un magasin Chanel à Monte Carlo, Monaco. REUTERS/Eric Gaillard

Chanel a dévoilé jeudi à la surprise générale et pour la première fois de son histoire ses résultats financiers, qui placent la célèbre griffe française parmi les premières marques mondiales de luxe.

Cette décision inattendue de la part d'un groupe qui a toujours cultivé le secret "constitue un moment historique pour Chanel", a reconnu son directeur financier Philippe Blondiaux lors d'une interview accordée à Reuters.

"Nous avons réalisé que notre culture de discrétion ne nous servait plus. Cette publication permettra aux commentateurs d'avoir les exactes données chiffrées sur la santé financière de Chanel", a-t-il ajouté.

A la question de savoir si cette publication pouvait précéder une éventuelle mise en Bourse ou une cession, Philippe Blondiaux a déclaré que ce n'était "absolument pas envisagé". "C'est tout le contraire. Ces chiffres montrent que nous disposons de tous les moyens de rester ce que nous sommes. Une société incroyablement solide (...) qui peut rester indépendante et privée pour les cent ans qui viennent", a-t-il dit.

La griffe créée en 1910 par Coco Chanel et mondialement connue pour ses sacs matelassés et son parfum N°5, a réalisé un chiffre d'affaires de 9,62 milliards de dollars en 2017, en progression de 11,5% en données publiées et de 11% à taux de change constants, selon un communiqué publié jeudi.

Elle profite comme ses concurrents d'un contexte favorable au luxe, porté notamment par l'appétit des jeunes Chinois.

Mais à la différence de ses pairs, la marque reste à l'écart du e-commerce — pour sa mode et sa maroquinerie — qui dope une partie des ventes du secteur.

La griffe aux tailleurs de tweed a pris toutefois quelques initiatives sur le numérique en prenant en début d'année une participation minoritaire dans le site de mode britannique Farfetch.

Chez Gucci (propriété du groupe Kering), qui ambitionne de ravir à Louis Vuitton (groupe LVMH) sa place de première marque mondiale de luxe, le commerce en ligne pourrait à terme représenter 10% de ses ventes.

Chanel ne détaille pas le poids respectif de ses cosmétiques, de sa mode et maroquinerie et de son horlogerie-joaillerie. Mais à près de 10 milliards de dollars (soit 8,6 milliards d'euros), elle est proche de Vuitton dont les ventes sont estimées à plus de huit milliards d'euros.

Son résultat opérationnel a grimpé de 22,5% en 2017 à 2,69 milliards de dollars, faisant ressortir une marge opérationnelle de 28%, et son résultat net a progressé de 18,5% à 1,79 milliard. Les chiffres publiés jeudi sont les données consolidées des entités du groupe à travers le monde et comprennent la marque de lingerie et de maillots de bain Erès ainsi que des vignobles en France et en Californie.

Chanel, dont la communication s'était jusqu'ici centrée sur les produits et la créativité de ses collections dirigées depuis 35 ans par Karl Lagerfeld, icône mondiale de la mode, reste en revanche très secrète concernant la succession de son emblématique directeur artistique, âgé de plus de 80 ans.

Le groupe est détenu par les très discrets frères Alain et Gérard Wertheimer, âgés respectivement de 69 et 68 ans, dont la fortune était évaluée à 21 milliards d'euros en 2017 par le magazine Challenges.

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