Un scientifique chinois a affirmé ce lundi 26 novembre 2018 avoir créé les premiers bébés génétiquement modifiés grâce à l'outil de modification de gênes baptisé "CRISPR-Cas9", rapporte The Guardian.

Cette technique, mise au point après 30 ans de recherche et également appelée "ciseaux génétiques", permet de cibler une zone spécifique de l'ADN, de la couper puis d'introduire la séquence ADN que l'on souhaite.

He Jianku, professeur associé à la Southern University of Science and Technology à Shenzhen (Chine), a publié cinq vidéos sur YouTube pour annoncer la naissance il y a quelques semaines de jumelles dont l'ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du VIH. Le père est séropositif, a-t-il précisé.

Le chercheur chinois devrait présenter les résultats de ses recherches plus en détail demain, dans le cadre de la conférence d'experts mondiaux du génome qui se tient à Hong Kong.

Mais son université, la Southern University of Science and Technology à Shenzhen, a immédiatement réagi en déclarant ne pas avoir été au courant de ces recherches, indiquant que He Jianku était en congé non-rémunéré depuis février dernier. L'établissement a lancé une enquête sur le sujet, estimant qu'il s'agit d'une "violation grave des valeurs et des normes" de l'université.

Plusieurs scientifiques ont tout de suite dénoncé les agissements du chercheur chinois. Julian Savulescu, directeur du centre Jehiro de bioéthique à l'Université d'Oxford, a déclaré: "Si cette expérience est vraie, c'est monstrueux", à la fois sur le plan éthique et moral.

"C'est inconscient", a estimé le Dr. Kiran, de l'université de Pennsylvanie, ajoutant qu'une telle expérience sur des êtres humains "n'est défendable ni d'un point de vue éthique, ni d'un point de vue moral."

Nicholas Evans, professeur assistant de philosophie à l'université du Massachusetts Lowell, a quant à lui affirmé à l'AFP:

"Annoncer ces résultats par une vidéo sur YouTube est une pratique scientifique très problématique. Cela écarte les processus de contrôle sur lesquels reposent de nombreuses avancées scientifiques, telles que l'évaluation par les pairs."

Dans ses vidéos, le scientifique chinois a défendu ses recherches en disant: 

"Je comprends que mes travaux vont susciter la controverse, mais je pense que des familles ont besoin de cette technologie. Et je suis prêt à recevoir les critiques pour eux."

En Chine, la modification génétique des embryons humains n'est pas aussi strictement réglementée qu'en France. Dans l'Hexagone, l'utilisation de cette technique n'est autorisée "que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques et seulement si elles n'ont pas pour but d'introduire une modification dans le génome de la descendance", d'après la convention d'Oviedo pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain.

La peur générée par la technique CRISPR-Cas9 est qu'elle soit utilisée pour manipuler le génome humain à souhait — pour améliorer les capacités physiques ou intellectuelles de l'homme — et que ces changements s'inscrivent définitivement dans le génome des générations à venir. 

Dans le cas des travaux menés par le chercheur He Jianku, les changements seront en effet transmis aux futures générations. 

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