Une partie de l'équipe de Blade, à Paris. Blade

Le recrutement est souvent l'un des défis les plus compliqués d'une entreprise en forte croissance.

Il s'agit pour une startup d'intégrer rapidement un nombre important de nouveaux salariés tout en assurant son développement économique et technologique.

Dès lors, le faible turnover au sein des équipes est analysé par les investisseurs, actionnaires et clients comme un facteur de succès.

C'est exactement la situation à laquelle est confrontée une startup française depuis un an: Blade, créateur de Shadow, un ordinateur ultra-puissant dans le cloud. 

Les effectifs sont passés de 70 à 200 personnes en un an, basés à Paris et Mountain View, dans la Silicon Valley. Dans la capitale française, Shadow est à l'étroit. Débarquer dans les bureaux de la rue du Sentier un matin, c'est se retrouver projeté dans une véritable fourmilière.

"On embauche 10 personnes par semaine. Les gens arrivés il y a neuf mois, ce sont déjà des anciens. Il faut donc arriver à inculquer aux nouvelles personnes la même envie de changer le monde. On réfléchit à trouver de nouvelles solutions", explique Emmanuel Freund, président et cofondateur de Shadow, avec Stéphane Héliot et Acher Criou.

Titulaire d'un magistère de Jussieu et d'un DEA d'Orsay en mathématiques, le quadragénaire est affable et manie parfaitement le second degré. Mais quand il parle de l'instauration d'un droit de veto sur une candidature et d'octroyer un chèque de 2000 euros à la fin de la première semaine d'essai à tout nouvel employé, il ne blague pas.

Ce sont pour lui deux méthodes de recrutement.

Emmanuel Freund nous explique pourquoi ces deux initiatives inhabituelles en entreprise lui permettent de savoir si un(e) candidat(e) est fait pour travailler chez Blade:

  • un droit de veto pour chaque personne. "Pour passer de 30 à 70 salariés, on a décidé de donner un droit de veto à chaque salarié qui pouvait l'activer pour dire qu'il ne voulait pas qu'un candidat lors de la période d'entretiens n'intègre pas Blade". Résultat, ce droit de veto n'a été utilisé qu'une seule fois. "Cela a beaucoup responsabilisé les gens et participe à l'idée de leur faire sentir que c'est leur entreprise." Malgré la croissance des effectifs, le droit de veto est toujours en place — mais sous une autre forme: il ne peut être utilisé qu'à l'occasion de l'ultime et cinquième étape du recrutement qui est une discussion du candidat avec cinq à dix salariés de Blade.
  • Blade offre un chèque de 2000 euros pour quitter l'entreprise à la fin de la première semaine. "Un salarié peut encaisser ce chèque et ne pas revenir le lundi matin. Mais pour l'instant, tout le monde est revenu et le chèque a été systématiquement détruit", confie Emmanuel Freund. Si le dirigeant ne croit pas aux concepts de management et préfère imaginer ses propres méthodes pour réussir à faire travailler les gens ensemble, il confie que dans ce cas il s'est inspiré de la plateforme de vente de chaussure en ligne Zappos, rachetée par Amazon qui a mis en place cette méthode dite "Ultimate Test". "En encaissant le chèque, on aura peut être perdu du temps mais on aura su qu'il ou elle ne partage pas notre ambition. C'est une tentation forte. Il sacrifie quelque chose pour venir bosser chez Blade."

Blade revendique aujourd'hui 50.000 utilisateurs à Shadow, son ordinateur ultra-puissant dans le cloud. Le chiffre d'affaires devrait approcher en fin d'année les 20 millions d'euros.

Fondée en 2015, Blade veut se débarrasser de l'ordinateur physique, en offrant avec Shadow un puissant PC dans le cloud pour un abonnement mensuel. Concrètement, vous vous connectez aux serveurs de la startup depuis un ordinateur, une tablette ou un téléphone, et l'entreprise s'occupe de faire tourner le jeu et de les diffuser en temps réel sur votre écran.

Cela permet de jouer à n'importe quel jeu, même ceux qui requièrent une configuration puissante, depuis n'importe quel appareil. 

Elle a réussi à convaincre plusieurs investisseurs — dont Pierre Kosciusko-Morizet et le cofondateur de Vente-Privée Michaël Benabou — qu'elle représentait le futur du jeu vidéo. Elle levé 60 millions d'euros depuis sa création qui vont lui servir à se lancer notamment aux Etats-Unis.

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