Comment la Chine utilise une app pour espionner et placer une minorité musulmane en camp de détention

Sous des caméras de surveillance à Pékin, en Chine, le 31 mai 2019. La Chine aurait dépensé 180 milliards de dollars dans la sécurité intérieure, selon une étude.  Giulia Marchi/Bloomberg

Sous couvert de lutte contre le terrorisme et de sécurité de ses habitants, la Chine a depuis des années pris le pli d'utiliser les nouvelles technologies du numérique pour réaliser une surveillance de masse de sa population. On savait que la Chine recourait déjà à la reconnaissance pour scanner l'intégralité de la population du pays en une seconde ou collectait des milliards de données personnelles —  conversations en ligne entre particuliers, numéros d'identité, position GPS — via le contrôle de l'activité en ligne dans les cybercafés

L'Etat chinois serait passé à la vitesse supérieure depuis deux ans dans la surveillance, le fichage et l'emprisonnement d'une population en particulier, les Ouïgours, une minorité musulmane du pays. Plusieurs ONG ont dénoncé une campagne de répression qui aurait envoyé jusqu'à un million de personnes ouïgoures dans des camps de détention. Selon une enquête du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), qui a obtenu des documents internes émanant du chef de la sécurité de la région du Xinjiang, la Chine utiliserait une application dédiée pour collecter toute information et détail sur la vie de chaque personne de cette communauté. L'objectif est de faire des listes, "selon leur niveau de fiabilité", explique Le Monde. Résultat, plusieurs milliers de personnes sur une semaine peuvent être envoyées en camps dits "d'éducation et de formation", et autant sont désormais classées comme "suspectes".

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Une application installée sur les smartphones des policiers, des fonctionnaires et même des enseignants

Cette gigantesque base de données est accessible via une application dédiée, "installée sur les smartphones des policiers, des fonctionnaires locaux, des représentants d'entreprises étatiques et même des enseignants, qui sont tous chargés de répertorier les informations sur chaque membre de la communauté ouïgoure", écrit le journal français. "Les autorités pensent qu'il vaut mieux ramasser toute la botte de foin au cas où il y aurait une aiguille dedans", résume Maya Wang, chercheuse spécialisée sur la Chine au sein de Human Rights Watch. 

Les agents de la sécurité sont chargés de tout savoir sur la vie des personnes : de la manière de communiquer vers l'étranger, des voyages hors de Chine, à la pratique religieuse en passant par la couleur du véhicule ou les appareils pour faire du sport... Attendue, il y bien sûr une couche de reconnaissance faciale. Dans la base de données figurent aussi les déplacements aux checkpoints, les numéros de comptes bancaires, les comptes sur les réseaux sociaux, les applications téléchargées, les appels passés. Dans un pays où Facebook, Youtube, Google, Netflix, Twitter sont interdits, le téléchargement de l'application chinoise Kuai Ya ou Zapya depuis l'étranger est particulièrement surveillé. 

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Kuai Ya permet de s'échanger des fichiers entre smartphones sans passer par la surveillance du réseau internet chinois. Selon l'enquête des 16 médias membres de ICIJ, les autorités chinoises ont identifié 1 869 100 Ouïgours usagers de Kuai Ya en un an, entre juillet 2016 et juin 2017. Parmi eux, 40 557 auraient été placés en camp de détention, sans que l'on puisse savoir si les commentaires négatifs qui ont mené à leur arrestation sont générés automatiquement par un algorithme ou un agent. 

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