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Comment l’euro numérique pourrait tuer certaines cryptomonnaies

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Comment l’euro numérique pourrait tuer certaines cryptomonnaies
L'euro numérique pourrait voir le jour d'ici 2025 au plus tôt. © Sprinter_Lucio/Pixabay
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La Banque centrale européenne (BCE) a récemment annoncé le lancement d'un projet d'euro numérique, qui pourrait voir le jour d'ici quelques années. "La phase d'étude devrait durer 24 mois", a-t-elle précisé le 14 juillet dans un communiqué. Et d'ajouter : "Le projet sera conçu en tenant compte des préférences des utilisateurs et des conseils techniques des commerçants et des intermédiaires". Comment fonctionnera donc cet euro numérique? À quoi servira-t-il?

"La dématérialisation de la monnaie peut être porteuse de beaucoup de bénéfices, sur le plan individuel et collectif, mais aussi de risques", explique Adeline Bachellerie, spécialiste du sujet à la Banque de France, une institution membre de l'Eurosystème, organe chargé de définir et mettre en œuvre la politique monétaire unique de tous les pays ayant adopté l'euro. Quelles données seront par ailleurs collectées sur les consommateurs? "Les banques centrales n'ont pas d'intérêt à utiliser les données des utilisateurs", rassure-t-elle. La BCE veillera toutefois à ce qu'il n'y ait pas de transactions illicites, ni de fraude fiscale.

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Une monnaie numérique peut potentiellement permettre d'exercer un plus grand contrôle de la population et de ses activités, bien que l'on ne puisse pas prêter à la Banque centrale européenne les mêmes intentions que la Chine. Certains s'inquiètent en effet du yuan numérique que s'apprête à lancer Pékin, qui pourrait permettre aux autorités de mieux tracer les transactions.

Une distribution assurée par les banques commerciales

Les paiements effectués en e-yuan via des applications se traduisent par des lignes de débit et crédit sur les comptes en banque. Ce qui n'est pas le cas avec l'argent liquide, tandis que les transactions en cryptomonnaies comme le bitcoin échappent en partie au contrôle du gouvernement.

Dans la zone euro, "la mise en place d'une monnaie numérique ne se fera pas sans les banques", prévient Adeline Bachellerie. "La banque centrale n'a pas vocation à être en relation directe avec 340 millions d'utilisateurs potentiels." Ce sont donc les banques commerciales, comme BNP Paribas ou le Crédit Mutuel en France, qui devraient assurées la distribution d'un euro numérique. "Il sera important de s'appuyer sur des intermédiaires financiers qui ont montré leur efficacité dans la connaissance des clients et les vérifications dans lutte contre le blanchiment d'argent et le terrorisme", ajoute-t-elle.

Autrement dit, le fonctionnement de l'euro numérique devrait être à l'opposé de celui du bitcoin, la première cryptomonnaie au monde qui repose sur la technologie décentralisée de la blockchain et permet justement de se passer d'intermédiaires, comme les banques, pour effectuer des transactions. Les modalités techniques de sa distribution sont à l'étude et demeurent floues. Le recours à une blockchain — privée ou publique (et modifiable par la communauté des utilisateurs) — est évoqué mais absolument pas certain.

Rejet des stablecoins

La BCE ne compte pas avoir recours aux stablecoins déjà existants, émis par des entreprises. Contrairement aux cryptomonnaies "classiques", les stablecoins ont généralement leur cours adossé à une monnaie réelle, comme le dollar, ce qui évite les fluctuations extrêmes comme celles subies par le bitcoin, dont la valeur peut chuter de 10% en une journée.

Mais ils n'offrent pas le fonctionnement décentralisé de beaucoup de cryptomonnaies. L'entité qui émet le stablecoin doit posséder un compte en banque disposant en devise fiat (monnaie d'Etat comme l'euro ou le dollar) la valeur des jetons numériques émis. Pour 100 000 jetons adossés au dollar, par exemple, elle doit posséder 100 000 dollars sur son compte.

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Avec l'arrivée d'un euro numérique, la communauté crypto craint la mort des stablecoins en Europe, d'autant que ceux-ci semblent déjà dans le viseur de la Commission européenne. "Nous avons peur qu'il vienne remplacer les initiatives privées", souligne Faustine Fleuret, présidente de l'association Adan, dédiée au développement des actifs numériques.

"Les régulateurs ont une approche très agressive sur les stablecoins, avec un projet de réglementation de la Commission prévoyant un volet encadrement extrêmement lourd et stricte", déplore-t-elle. Les autorités européennes ont commencé à s'intéresser de près au sujet et à s'inquiéter des éventuelles répercussions sur l'euro lorsque Facebook a dévoilé au printemps 2019 son propre projet de stablecoin, baptisé "Libra" puis renommé Diem fin 2020.

Craintes que l'innovation privée soit tuée en Europe

"Le risque, c'est que des acteurs avec les reins moins solides que Facebook, et une moindre puissance financière, soient tués", argue Faustine Fleuret. Et plus globalement que l'innovation en la matière soit anéantie en Europe, tandis que les stablecoins adossés au dollar comme Tether connaissent un succès grandissant aux Etats-Unis.

À défaut de solides stablecoins sur notre continent, "des champions américains pourraient s'imposer en Europe", souligne la présidente d'Adan. Pour l'heure, peu de cryptomonnaies adossées à l'euro font parler d'elles. Le Lugh (ou EUR-L) a été lancé en mars par le distributeur Casino. Mais ce premier actif numérique français adossé à l'euro reste disponible uniquement via le courtier spécialisé en cryptomonnaies Coinhouse et ne peut être utilisé comme moyen de paiement dans les supermarchés du groupe.

De son côté, l'euro numérique ne verra peut-être jamais le jour. Il est en tout cas difficile de savoir véritablement ce qu'il apportera de plus aux utilisateurs, par rapport aux multiples solutions de paiement déjà existantes. "Le conseil des gouverneurs de la BCE s'est prononcé sur une phase d'investigation, pas sur le lancement en tant que tel d'un euro numérique. Nous ne pouvons donc pas nous avancer sur son fonctionnement ni ses applications concrètes", explique Adeline Bachellerie. D'ici deux ans, la banque centrale devrait livrer les contours de cette devise, si elle décide véritablement de la lancer.

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