Christophe Chausson, fondateur du cabinet Chausson Finance

Les startups tech françaises ont réalisé 227 levées de fonds de plus de 1 million d'euros en 2016, selon un bilan effectué par la société de capital-risque Serena Capital. Au total, ces sommes représentent près de 1,4 milliard d'euros.

Une levée de fonds peut être réalisée par un intermédiaire dont le rôle est d’accompagner et de conseiller la société dans cette période très stressante et prenante.

Cet intermédiaire peut être une banque d'affaires ou un "leveur de fonds". Ces derniers conseillent les startups dans leur recherche de financements en leur ouvrant leur réseau et en les conseillant sur leur pitch.

En France, celles qui réalisent le plus d'opérations par ordre alphabétique sont Ader, Alpha Capital, Avolta, Chausson Finance et Clipperton selon le bilan de Serena.

Le cabinet Chausson Finance est le plus ancien.

Créé en 1986, il s'est spécialisé dans les levées de fonds auprès des sociétés de capital-risque à la fin des années 90.

La société a aidé environ 200 startups à lever 700 millions d'euros depuis 20 ans. Citons parmi elles Sarenza, Viadeo, Konbini, Alkemics, Allo Ciné, Webedia ou Dayuse.

"Dans 90% des cas, on lève des fonds. En ce moment, une fois sur trois en moyenne, on lève plus que prévu. C’est une très belle période. Il y a plus d’argent. Ça s’explique par la présence de très belles entreprises avec des taux de croissance de 20% par mois et beaucoup d’argent dans les fonds. Cette situation était inimaginable il y a cinq ans", explique Christophe Chausson à Business Insider France.

Partant de ce constat, on a voulu savoir comment se déroule une levée de fonds. Quel est le parcours précis pour convaincre un fonds d'investir? Pourquoi un entrepreneur a recours à ce type d'intermédiaire?

Réponses en détail avec Christophe Chausson.

1. La rencontre — "Tout se fait rapidement, en deux rendez-vous. On ne peut pas se permettre de prendre plus de temps quand on sait qu’une levée de fonds prend quatre à six mois en moyenne", assure Christophe Chausson.

REUTERS/Mike Segar

2. Les critères d'accompagnement — Un leveur de fonds a pratiquement la même grille de lecture que les investisseurs: le secteur, l'ambition et la qualité de l'équipe sont les critères clés. "On privilégie plutôt un duo. L’expérience l’a prouvé. C’est plus facile de réussir avec deux fondateurs complémentaires: l’un au profil commercial, l’autre plus technique. Et c’est tellement difficile de monter une entreprise, ça prend tellement d’énergie, qu'à deux, ça permet de traverser les hauts et les bas.”

François Raynaud de Fitte (gauche) et Briac Lescure (droite) de Popchef. Les deux amis de lycée ont monté cette plateforme de livraison de plats préparés par leur propre équipe. Ils ont levé 2 millions d’euros.

3. La promesse de réussite — Le recours à un intermédiaire permet d'éviter d'être accaparé par la levée de fonds au risque de faire baisser la croissance de l'activité de l'entreprise. En échange, l'intermédiaire s'engage à essayer de "maximiser les montants avec la meilleure valorisation et auprès des meilleurs fonds". Certains apportent de l’argent, d’autres un réseau ou une expérience. "C’est souvent déterminant, car 1 euro investi par un fonds peut valoir 90 centimes ou 1,15 euro sur la promesse", explique Christophe Chausson.

Les trois fondateurs associés de Serena Capital : Marc Fournier, Xavier Lorphelin et Philippe Hayat. Serena Capital

4. Après l'accord — Les dirigeants de la startup entrent dans une phase de réalisation du "deck" selon le jargon, c'est-à-dire le dossier de présentation aux fonds de capital-risque. "Pour ce faire, on reconstruit le plan à cinq ans. C’est une manière très concrète de rentrer dans le détail de ce que va être l’entreprise. On construit l’hypothèse de chiffre d’affaires. L’entrepreneur se met à nu: combien il compte vendre de produits, à quels prix, en direct ou non, en quoi il est différent? Ce sont des séances intenses de questions et de confrontation."

Capture d'écran "Silicon Valley"/HBO. YouTube

5. Le pitch — "C’est un peu comme une bande-annonce pour un film. Il faut trouver en une phrase une manière de se présenter et de donner envie d’en savoir plus. La ressource la plus rare d'un investisseur, c’est le temps. Si ça marche en 1 minute, il vous en accordera ensuite 10. C'est le travail de nos équipes. On tient la plume de l'entrepreneur. L'objectif est de rendre la startup la plus désirable possible", détaille Christophe Chausson.

6. La règle des 2 "r"— "Les investisseurs se lèvent chaque jour en se demandant s’ils vont mettre la main sur le prochain Facebook ou Snap. On est dans un milieu raccroché à la finance mais ils ont autant besoin de rêver que d’être rassuré. Chez nous, on appelle ça la règle des 2 "r". On essaie de placer le curseur entre les deux", confie Christophe Chausson.

7. Les premiers rendez-vous avec les investisseurs — Après quatre à six semaines de préparation, les investisseurs sélectionnés sont réunis pour trois à quatre jours à Paris et à Londres. "Il y a une règle immuable pour réussir une levée de fonds: il faut raconter une belle histoire à un nombre suffisant de fonds et au même moment." Entre cette première rencontre et le "term sheet", il peut se passer jusqu’à six semaines supplémentaires selon le cabinet.

REUTERS/Charles Platiau

8. Une course d'obstacles — Les entrepreneurs doivent être prêts à affronter les abandons des fonds à chaque étape du processus. L'intermédiaire commence souvent par faire rencontrer les investisseurs a priori les plus éloignés du projet pour finir par les plus intéressés. Sur 30 investisseurs sollicités au départ, seulement 10 peuvent se déplacer au second rendez-vous. "Au final, on va avoir trois lettres d’intention. Mais tant qu’un fonds n’a pas dit non, il a dit oui", explique Christophe Chausson.

9. Le rôle de l’intermédiaire —  "On est là à tous les rendez-vous même si on ne prend pas toujours la parole. On conseille, on affine. Mais on est aussi un coach. Il y a une dimension psychologique non négligeable. L’entrepreneur ne doit pas se laisser abattre. C’est pour ça qu’il faut aussi garder des bonnes nouvelles à distiller au fur et à mesure du processus. Car ça peut vraiment être les montagnes russes en terme d’émotions."

Ce n'est pas un dirigeant de la BPI. Mais le champion du monde d'échecs Magnus Carlsen lors d'un match face au Russe Sergey Karjakin à New York le 30 novembre 2016. REUTERS/Mark Kauzlarich

10. Les éléments de langage —  Le Facebook de, le Uber de, le Google de, ... Ces termes fleurissent dans le monde des startups. Quitte à frôler l'overdose. Mais ces éléments de langage permettent souvent à l’investisseur "d’obtenir l’assentiment de ses collègues quand il débriefe un rendez-vous avec une startup", témoigne Christophe Chausson. "On a pu perdre un dossier parce que l’investisseur n’avait pas la petite phrase pour faire la différence alors qu’il était ressortit enthousiaste d'une présentation."

Mark Zuckerberg, Dg de Facebook. Beck Diefenbach/Reuters

11. Négociation de l'offre — Après la réception de la lettre d’intention, Chausson Finance discute de l’offre — qui comprend le montant investi à une valorisation donnée — avec les dirigeants de la startup. Le cabinet a alors un rôle de négociateur pour obtenir la meilleure offre et éventuellement faire monter les enchères.

12. Rémunération de l'intermédiaire — Selon les usages du marché, elle correspond à une commission de l'ordre de 4 à 6% du montant levé dans les six mois après accord. "Compte tenu de ce modèle, on ne peut pas prendre en mission des sociétés avec une potentiel de levées faible", conclut Christophe Chausson.

Le Loup de Wall Street. YouTube/Paramount Pictures

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