Voici pourquoi les gens s'insurgent contre une appli de confidentialité qui appartient à Facebook

Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook lors de la F8 Developer Conference en avril 2017. Justin Sullivan/Getty Images

  • Facebook redirige maintenant ses utilisateurs vers le téléchargement d'un VPN appelé Onavo, pour leur "protection". 
  • Ce VPN est détenu par Facebook et envoie vos informations relatives à votre usage de différentes applis à la firme. 
  • Facebook utilise cet outil pour creuser son avantage concurrentiel dans les autres applis mobile. 
  • Ses détracteurs estiment que Facebook n'est pas assez clair sur le fait qu'il détient Onavo. 

Sous couvert de protéger votre compte, Facebook invite ses utilisateurs à télécharger une appli détenue par la plateforme qui trace ce que vous faites sur votre téléphone — et envoie ces informations à Facebook. 

TechCrunch a remarqué ce mardi 13 février que Facebook avait ajouté un onglet à son menu, intitulé "Protect", à son appli iPhone et iOS. En cliquant dessus, l'utilisateur est redirigé sur une page de l'App Store proposant une appli de réseau privé virtuel (VPN), Onavo Protect, qui est détenue par Facebook. 

Facebook a racheté Onavo, une société israélienne, en 2013. Depuis, Facebook l'utilise pour collecter des informations pour observer la manière dont les utilisateurs se servent de leurs applis mobiles, même lorsqu'ils n'utilisent pas Facebook. 

Par exemple, la société a utilisé Onavo pour s'apercevoir que l'usage de Snapchat avait décliné après que Facebook a introduit le système de Stories de son rival Instagram, comme le rapporte le Wall Street Journal. Ce sont également ces données récoltées par Onavo qui auraient inspiré à Facebook le lancement d'un service de chat vidéo de groupe via son appli Messenger — évinçant une appli plus discrète, Houseparty, qui proposait un service très similaire. 

Néanmoins, les critiques disent que Facebook n'est pas assez clair sur ses liens avec Onavo, ce qui signifie que les utilisateurs pourraient ne jamais savoir que la société utilise leurs données à de telles fins. 

Facebook n'a pas souhaité faire de commentaire immédiat à Business Insider. Erez Naveh, Product manager de Onavo a dit à TechCrunch que l'appli collectait le flux de données pour les "aider à reconnaître les tactiques que les mauvais acteurs utilisent". Naveh a également dénoté que l'appli était transparente sur le fait de collecter ces données, avant que l'utilisateur ne la télécharge. 

Voici comment Onavo fonctionne en réalité — et pourquoi les gens s'insurgent sur le fait que Facebook les pousse à l'utiliser. 

Onavo est un réseau privé virtuel, ou VPN, détenu par Facebook

Onavo est un réseau privé virtuel, ou VPN. 

Il existe de nombreux VPN, et tous font essentiellement la même chose: router votre connexion internet à travers un serveur tiers. 

Cela permet aux utilisateurs de masquer leur activité des fournisseurs d'accès à Internet (FAI), comme Comcast et AT&T. Cela peut aussi permettre à votre ordinateur de changer de localisation, selon l'endroit où se trouve ce serveur tierce. En fait, les VPNs eux-mêmes cryptent votre trafic, compliquant la traçabilité de votre activité. 

Beaucoup de VPNs sont payants — les plus populaires, comme AnchorFree Hotspot Shield, par exemple, vous coûteront 10 euros par mois, ou environ 100 euros l'année. D'autres, comme Onavo Protect, sont totalement gratuits pour un usage (mensuel) limité. 

Quand les utilisateurs téléchargent Onavo, ils donnent à l'appli la permission de collecter leurs données mobiles. Comme Facebook détient Onavo, ce dernier a accès à vos données. Cela signifie que si votre FAI ignorera quelle appli vous utilisez, Facebook le saura. Si vous utilisez Onavo, et que vous passez deux heures par jour sur Twitter, Facebook le verra. 

Pourquoi les gens s'inquiètent?

La critique la plus importante à faire sur Onavo Protect est que Facebook n'est pas assez clair sur ses liens à l'application. À moins que vous ne tapiez sur le bouton "En savoir plus" dans la description d'Onavo sur l'App Store, vous ignoreriez que Facebook la détient. 

"Par conséquent, Onavo collecte votre flux de données mobile. Cela nous aide à améliorer et faire fonctionner le service Onavo, en analysant votre utilisation de sites web, applications et données. Comme nous sommes affiliés à Facebook, nous utilisons également ces informations pour améliorer les produits et services de Facebook, avoir un aperçu des produits et services que les gens apprécient et offrir de meilleures expériences", indique la description de l'appli. 

En moyenne, les gens ne lisent pas la description intégrale de l'application et téléchargent directement le service, sans savoir qu'ils donnent à Facebook accès à leurs données, comme l'indiquent les critiques. 

John Gruber, un éminent blogger d'Apple surnomme Onavo "spyware", l'assimilant à un logiciel malintentionné déployé par des hackers pour espionner des utilisateurs. Dell Cameron, un journaliste de Gizmodo, qualifie ce VPN de "vampirique", et conseille à ses utilisateurs de ne pas le télécharger. 

Facebook a déjà été critiqué pour tromper son audience, faisant face à plusieurs polémiques autour des fake news, de propagande et de désinformation qui se déploieraient sur le réseau social. Cette perspective que la firme puisse mettre en avant un moyen d'espionner ses utilisateurs n'est peut-être pas la meilleure qui soit.

Version originale: Rachel Sandler/Business Insider

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Facebook change son fil d'actualité pour favoriser les sites qui chargent plus vite

VIDEO: Voici à quoi va ressembler le supermarché du futur d'Amazon, sans caisse ni file d'attente