David Gurlé, fondateur et DG de Symphony. Symphony

  • Créée par le Français David Gurlé, Symphony est une startup basée aux Etats-Unis qui édite une messagerie en ligne sécurisée pour les entreprises.
  • Après six ans et 296 millions de dollars levés, elle est valorisée 1 milliard de dollars, ce qui lui confère le statut de licorne.
  • Son fondateur nous a expliqué pourquoi il pense que Symphony est devenue une menace pour les outils de Microsoft utilisés dans les entreprises.

Créée en 2012 par le Français David Gurlé — 52 ans dont plus de 20 ans dans la création des systèmes de communications au sein de France Télécom, Thomson Reuters, Microsoft et Skype — Symphony est une startup de 260 salariés qui édite une messagerie en ligne sécurisée pour les entreprises.

Après avoir levé au total 296 millions de dollars, elle est aujourd'hui valorisée 1 milliard de dollars et concurrence une partie des outils Microsoft utilisés dans les entreprises.

Elle a reçu des investissements des plus grandes banques du monde, comme Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, HSBC et BNP Paribas, qui sont à la fois investisseurs et clients. Google a également mis un ticket dans l'aventure ainsi que Bpifrance.

"J'ai créé Symphony car j'ai vu qu’il était très difficile à l'intérieur d'une grande entreprise de changer le cap. Skype était une solution consommateurs mais c'était difficile de la faire muter vers les professionnels, encore plus quand elle a rejoint Microsoft."

Suivi de près par Emmanuel Macron, le Français nous a confié son rêve: "créer une société numérique française mondiale."

Surnommée la "Bloomberg killer", puis le "Slack de la finance", Symphony empiète désormais sur plusieurs marchés de Microsoft — comme Microsoft Teams et Skype for Business… dont David Gurlé fut le vice-président et general manager.

Symphony est déjà parvenue à remplacer certains outils d'information et de communication.

Utilisée par 320.000 personnes dans 340 entreprises, surtout dans la finance, elle vient directement concurrencer les terminaux Bloomberg — indispensables dans les salles de marchés — en regroupant dans une même interface cryptée différents moyens de communication, des emails aux appels téléphoniques en passant par Twitter, Thomson Reuters, Markit, Dow Jones, etc.

"Mais il y a des centaines de milliers d'autres personnes avec lesquelles ces utilisateurs échangent et qui n'utilisent pas ces applications d'initiés. Ces contacts sont plutôt dans un environnement Microsoft, avec d'autres outils de communication. Et jusque-là, c'était compliqué voire impossible pour ces deux mondes de se parler. Symphony permet cela."

4 millions de messages envoyés sur Symphony par mois le sont par des bots

A l'aide de plusieurs croquis — que nous reproduisons avec son accord — David Gurlé nous a expliqué comment Symphony entend se démarquer.

Premier point: il est technologique. David Gurlé a commencé en 2006 avec plusieurs doctorants et ingénieurs, dont des Français. Il a mis trois à développer une architecture informatique complexe — à l'opposer du fonctionnement d'internet selon son propos.

Il s'en explique: 

"Avec internet, le 'cerveau' se trouve dans le serveur, tandis que chez Symphony il se trouve chez le client. Par conséquent, le traitement des données se fait dans l'ordinateur de l'utilisateur qui se trouve dans le réseau de l'entreprise, et qui est sécurisé. En plus de cela, nous faisons de l'encryptage de bout à bout: les données ne peuvent donc être lues que par l'émetteur et le destinataire." 

Croquis de David Gurlé, fondateur et DG de Symphony. Thomas Giraudet/Business Insider France

Pour David Gurlé, les applications de communication n'auront plus vocation à exister si un outil permet de tout rassembler à un endroit, tout en assurant de la conformité et de la sécurité.

"On ne sait pas ce que font nos clients avec les applications qu'ils connectent à Symphony. En revanche, on a vu une envolée du nombre d'applications connectées. On est passé d'une dizaine à plus de 1000, de façon automatisée. On envoie 40 millions de messages par mois dont 10% sont faits par des BOTs."

De messagerie, Symphony est devenue une plateforme de communication plus globale. Un pivot poussé par les clients, confie David Gurlé, qui a mis 100.000 des 800.000 dollars qui ont formé le capital de l'entreprise.

"C'est finalement le marché et l'usage de Symphony qui vont entraîner l'érosion de ces applications. Elles n'y pourront rien. La croissance n'est plus de notre ressort finalement."

Cette évolution a notamment été portée par une réforme réglementaire en Europe — MIFID II — qui impose, au nom de la transparence, la séparation totale entre les frais d'exécution des ordres et les frais de recherche dans le secteur de la finance.

Concrètement, les fournisseurs d'informations peuvent publier sur Symphony du contenu compatible avec la norme, ainsi que des outils de travail spécifiques aux banques d'investissement et aux gestionnaires de patrimoine.

Symphony accélère ainsi les vérifications d'informations réglementées dans une transaction par exemple, en les normalisant et en les centralisant.

Symphony entend donc se rendre indispensable aux entreprises de la finance mais aussi de l'assurance, de l'industrie pharmaceutique, de l'assurance et de l'administration par sa capacité à sécuriser et rendre conformes des données dans des activités sensibles.

Interrogé sur le développement de l'entreprise, David Gurlé l'assimile à la construction d'un gratte-ciel. 

"Pendant plusieurs mois, on passe devant mais on ne voit rien. Tout est sous terre, ce sont les fondations. C'est ce qu'on a fait pendant trois ans chez Symphony. On a construit notre système. Puis comme un immeuble, on a fait émerger les murs à la surface. Aujourd’hui, on est au deuxième étage. Le premier, c'était notre messagerie pour la collaboration. C'était très important car on a créé un tissu social dans les entreprises."

Croquis de David Gurlé, fondateur et DG de Symphony. Thomas Giraudet/Business Insider France

Toujours avec cette analogie, David Gurlé estime que la plateforme de workflow — gestion automatise de tâches par un logiciel — est le deuxième étage de l'immeuble et que le troisième étage sera "peut être créé par nos partenaires et nos clients en utilisant à leur façon Symphony."

Quant au quatrième, "on va créer le marché".

David Gurlé attaque frontalement deux de ses anciens employeurs en se présentant comme  "une alternative à Microsoft Teams et Skype for business". 

Symphony vient d'ouvrir un centre de recherche et développement à Sophia-Antipolis à Nice. Trente chercheurs travailleront sur l'intelligence artificielle, le mobile, la cryptographie et la plateforme.

Jusqu'alors, cette R&D était réalisée à Palo Alto, en Californie, où se situe le siège de la société. Mais des critères économiques ont poussé l'entrepreneur à installer son centre ailleurs.

"Nous avons mis quinze pays en concurrence au départ, puis trois. Le Brésil, Singapour et la France. La France l'a emporté sur des critères pragmatiques d’entrepreneur. Par intérêt économique et stratégique", expliquait-il en début d'année dans les colonnes de Nice Matin.

En juin dernier, David Gurlé a rencontré Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat porte un regard particulier sur ces femmes et hommes qui créent de l'emploi dans l'Hexagone. Et il ne doit pas être mécontent non plus de la formule de David Gurlé: "J'ai un rêve: faire de Symphony une société numérique française globale. Il n'y en pas aujourd'hui".

Une levée de fonds de plusieurs centaines de millions d'euros pourrait intervenir en 2019 afin de continuer à tracer ce chemin.

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