Publicité

Comment une guerre dans la péninsule coréenne pourrait virer en un affrontement naval

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Comment une guerre dans la péninsule coréenne pourrait virer en un affrontement naval
Le navire amphibie de la marine sud-coréenne ROKS Dokdo lors d'un exercice, le 17 octobre 2015. © Republic of Korea Armed Forces
Publicité

Le mois dernier, deux des plus grands constructeurs navals de Corée du Sud ont dévoilé les maquettes et les modèles conceptuels du futur porte-avions du pays, connu sous le nom de CVX. Les deux modèles comportent deux îles — semblables aux porte-avions britanniques de la classe Queen Elizabeth — et transporteront 24 à 28 chasseurs furtifs F-35B. La Corée du Sud espère que son premier CVX pourra entrer en service d'ici 2033.

Bien qu'il soit considérablement plus petit que les porte-avions américains, le CVX constituera une étape importante dans la réalisation de l'objectif de la Corée du Sud de se doter d'une marine de haute mer capable de projeter sa puissance dans le monde entier. Le nouveau porte-avions est également le dernier exemple en date de la manière dont l'armée sud-coréenne se prépare à un conflit potentiel avec son voisin du nord, doté de l'arme nucléaire.

À lire aussi — Robot sauveteur, 'Blackout Bomb'... 5 innovations technologiques portées par l'armée sud-coréenne

La marine de premier ordre de la Corée du Sud

La frégate sud-coréenne ROKS Gyeongbuk, 23 octobre 2015. Republic of Korea Armed Forces

La croissance et la modernisation de la marine de la République de Corée, ou ROKN, est l'une des grandes réussites de l'histoire de la marine. Ce qui n'était au départ, il y a 70 ans, qu'une petite force côtière composée de patrouilleurs est devenu une grande marine de premier ordre, essentiellement conçue et construite sur le territoire, et déjà capable d'opérer en haute mer.

Elle comprend une centaine de navires de guerre de surface, 10 navires amphibies, 18 sous-marins et 60 avions. Nombre de ses navires de surface sont équipés de systèmes de lancement vertical et de systèmes électroniques avancés qui les placent au même niveau que les meilleurs navires de guerre du monde.

Les trois destroyers sud-coréens de la classe Sejong the Great sont chacun armés de 128 missiles, soit plus que les destroyers américains de la classe Arleigh Burke et les destroyers japonais de la classe Atago, qui disposent chacun de 96 missiles. Ses six destroyers de classe Chungmugong Yi Sun-sin sont dotés d'une technologie furtive et ont été déployés jusqu'en mer d'Oman.

À lire aussi — La Corée du Sud va développer son propre 'Dôme de fer' sur le modèle israélien

Le sous-marin sud-coréen ROKS Son Won-il à la base navale de Busan, le 27 février 2007. US Navy/MC1 Todd Macdonald

Ses deux navires d'assaut amphibie de la classe Dokdo peuvent transporter plus de 700 personnes, 13 véhicules blindés et une douzaine d'hélicoptères. Le deuxième navire de la classe Dokdo a été mis en service en juin dernier.

Outre ses opérations dans ses eaux territoriales, la marine sud-coréenne participe à des exercices dans le monde entier et dispose même d'une unité anti-piraterie spécialisée, connue sous le nom d'unité Cheonghae, dans l'océan Indien, qui a sauvé des membres d'équipage coréens de navires détournés.

La Corée du Sud est également une puissance en matière de construction navale, ce qui lui permettra de poursuivre la modernisation de sa marine. Sa marine prévoit déjà de moderniser ses destroyers, construit une nouvelle classe de frégates et a lancé les deux premiers bateaux du nouveau sous-marin de classe Dosan Ahn Changho, qui pourrait bientôt être équipé de missiles balistiques lancés par des sous-marins fabriqués dans le pays.

La vieille flotte de la Corée du Nord, insuffisamment équipée

Un patrouilleur nord-coréen surveille les eaux au large de la zone touristique internationale du Mont Kumgang, le 1er septembre 2011.  GOH CHAI HIN/AFP via Getty Images

Selon le ministère sud-coréen de la Défense, la marine nord-coréenne, officiellement connue sous le nom de Korean People's Navy, ou KPN, compte 430 navires de combat de surface (essentiellement des patrouilleurs), 70 sous-marins et 250 navires amphibies.

Malgré sa taille, la flotte nord-coréenne est sous-armée et largement vétuste. "Ce qui n'est pas totalement vétuste n'est pas en grand nombre et n'est toujours pas très moderne ou compétent", a déclaré à Insider Bruce Bennett, analyste défense au think tank RAND Corporation.

"Ce n'est pas une marine qui va sortir de ses bases et s'opposer aux marines de la République de Corée et des États-Unis, à moins qu'elle ne prévoie de perdre très rapidement la plupart de ses capacités ", a-t-il ajouté. Par le passé, la marine de la Corée du Nord était plus à même de faire face à celle de la Corée du Sud, comme l'ont démontré plusieurs provocations navales meurtrières autour de la péninsule coréenne.

Mais la modernisation continue de la Corée du Sud en a fait une force beaucoup plus puissante. Ces progrès, ainsi que le déclin relatif de la marine nord-coréenne, signifient que Séoul prendrait probablement l'avantage dans un combat conventionnel.

À lire aussi — La Corée du Nord a volé plus de 300 M$ de cryptomonnaies pour financer ses programmes nucléaires

La corvette 531 de classe Najin de la marine nord-coréenne, le 1er mai 1993. US Navy

"La marine sud-coréenne sera vraiment dominante en un contre un, et la KPN ne peut pas jouer le jeu de cette façon", estime Bruce Bennett. "Ils doivent chercher des approches asymétriques pour utiliser [leurs navires] efficacement."

La Corée du Nord a essayé de construire des navires plus avancés, comme des navires à effet de surface chargés de missiles et dotés d'éventuelles caractéristiques furtives, mais la véritable menace vient de ses sous-marins. "Même si la KPN est vétuste à bien des égards, certains des sous-marins qu'ils ont fabriqués pour opérer dans les eaux peu profondes sont potentiellement assez puissants", note le chercheur.

En 2010, un sous-marin nord-coréen a coulé une corvette sud-coréenne en mer Jaune, juste au sud de la frontière maritime de facto entre les deux pays, tuant 46 marins. La KPN a utilisé le même type de sous-marins pour introduire des agents en Corée du Sud.

La KPN acquiert également des sous-marins capables de tirer des missiles balistiques à charge nucléaire. Le KPN exploite au moins un sous-marin censé être capable de tirer un ou deux de ces missiles, et une autre classe en cours de construction pourra potentiellement en tirer trois.

À lire aussi — La Corée du Nord doit 'tout faire pour construire l'appareil militaire le plus puissant", selon Kim Jong Un

Front maritime

La marine sud-coréenne soulève un patrouilleur criblé de balles coulé lors d'un accrochage avec la Corée du Nord en juin dans la mer Jaune au large de l'île de Yeonpyeong, le 21 août 2002.  Reuters

Les marines des deux pays joueraient un rôle important si une guerre venait à éclater.

Pour la KPN, le premier objectif sera d'essayer d'insérer autant d'agents et de commandos que possible en Corée du Sud avant le début des combats. L'ensemble de la marine nord-coréenne tentera d'attaquer la flotte sud-coréenne partout et, surtout, de toutes les manières possibles.

En raison de la supériorité navale de la Corée du Sud, le Nord devra compter sur la furtivité ou le nombre. Ses sous-marins pourraient être en mesure d'opérer efficacement en mer Jaune, où les eaux peu profondes rendent difficile la recherche de sous-marins, comme l'a démontré l'attaque de 2010. (Les eaux peu profondes limitent également les opérations que peuvent mener les sous-marins).

À l'est de la péninsule, la mer du Japon est plus profonde et les options de la Corée du Nord sont limitées. Ses navires n'auront de chance que s'ils opèrent en groupe et essaient d'atteindre les navires isolés. Les sous-marins nord-coréens tenteront probablement aussi de couper les importations de la Corée du Sud.

À lire aussi — Voici le poids des forces chinoises face à l'armée américaine

Le leader nord-coréen Kim Jong Un accompagné d'officiels à bord d'un sous-marin nord-coréen. KCNA/Reuters

La Corée du Sud dépend presque entièrement des importations de carburant et, si certains renforts peuvent être acheminés par voie aérienne, un grand nombre de troupes et d'équipements lourds doivent transportés par voie maritime.

"La Corée du Nord doit prévoir d'envoyer sa marine soit dans des eaux peu profondes où elle est difficile à détecter... soit en groupes et voir si les groupes survivent", explique Bruce Bennett.

La marine sud-coréenne, quant à elle, se concentrera sur la protection de ses voies maritimes, la destruction à distance des navires de guerre nord-coréens, la défense de ses îles du nord-ouest contre une éventuelle invasion et le soutien des opérations terrestres.

Un porte-avions sera vital pour ce dernier rôle. L'arsenal nucléaire de la Corée du Nord — qui compterait entre 67 et 116 ogives constitue une menace majeure pour les aérodromes sud-coréens, de sorte qu'un porte-avions mobile pourrait faire une différence considérable.

Un porte-avions ne peut exploiter qu'un nombre limité d'avions et pendant une durée limitée, mais un conflit prolongé attirerait probablement les alliés de la Corée du Sud, à savoir les États-Unis et le Royaume-Uni, dont les marines peuvent frapper au cœur de la Corée du Nord.

Ces partenaires aident la Corée du Sud à développer ses capacités en porte-avions. Des marins et des aviateurs sud-coréens ont déjà opéré aux côtés de porte-avions américains, et des entreprises britanniques et italiennes aident la Corée du Sud avec le CVX.

Version originale : Benjamin Brimelow/Insider

À lire aussi — Les performances des nouveaux sous-marins russes inquiètent des hauts gradés de l'armée américaine

Découvrir plus d'articles sur :