NASA

  • Si les humains veulent établir, sur le long terme, une colonie sur Mars ou ailleurs dans l'espace, il va falloir pouvoir y avoir des enfants un jour.
  • Mais se reproduire dans l'environnement martien, qui est très différent du nôtre, serait extrêmement compliqué.
  • Tous les effets sur la santé que les personnes ont expérimenté dans l'espace — exposition aux radiations, changements au niveau des os, des muscles et des fluides corporels — pourraient affecter un fœtus en gestation ou un jeune enfant.
  • Nous pourrions un jour décider de modifier l'ADN humain pour donner aux gens des caractéristiques qui pourraient les aider à bien se porter sur Mars.
  • Au final, cela reviendrait à créer une nouvelle espèce humaine.

Ce petit rocher bleu qui nous appelons la Terre est la maison parfaite pour nous. 

Nous pouvons respirer et boire de l'eau — deux éléments essentiels à la vie telle que nous la connaissons. Notre atmosphère nous protège des radiations qui pourraient altérer notre ADN et raccourcir notre vie. Nous, et les autres créatures terrestres, avons évolué pour fonctionner selon la gravité de la planète, ce qui affecte nos os, nos muscles et nos fluides corporels.

La NASA et d'autres agences spatiales — ainsi que des particuliers comme Elon Musk — travaillent activement à l'établissement de colonies sur Mars. Mais avant que les humains ne puissent tenter d'établir des bastions sur le long terme sur Mars ou ailleurs dans l'espace, nous avons beaucoup de choses à prendre en compte. Outre la logistique du voyage dans l'espace, de la nourriture, de l'eau, de l'air respirable et du rayonnement, il y a la question de la reproduction humaine.

Un article récemment publié dans la revue Futures montre à quel point cela pourrait être compliqué.

Puisque Mars est le premier endroit possible pour l'établissement d'une colonie d'humains sur le long terme, les chercheurs à l'origine de l'article ont décidé d'analyser quelques problèmes physiques et sociaux que nous pourrions rencontrer en essayant d'avoir des bébés sur la planète rouge.

"Une mission avec équipage sur Mars et l'établissement de la première colonie humaine dans l'espace était autrefois une pure invention de la science-fiction, mais elle est maintenant planifiée et devrait avoir lieu dans les 20 années à venir," écrivent les auteurs. "Nous supposons que la reproduction humaine dans la colonie martienne sera nécessaire pour le succès à long terme d'une mission spatiale."

NASA-JPL Caltech

Pourrait-il y avoir de nouvelles générations de martiens? 

Toute colonie humaine sur Mars sera initialement peuplée par des équipages en provenance de la Terre. Mais à un moment donné, si nous voulons vraiment avoir une grande colonie martienne sur le long terme avec une population durable, il va falloir que des enfants naissent là-bas.

On ignore encore s'il est possible ou non d'avoir des enfants dans l'environnement martien.

Nous savons que lorsque les astronautes passent du temps dans l'espace, cela a de sérieux effets sur leur corps. Le manque de gravité entraîne un déplacement des fluides corporels vers le haut du corps, ce qui peut modifier et altérer la vision, lorsque les changements de pression affectent le globe oculaire. Les os s'affaiblissent et les muscles peuvent s'atrophier, bien que l'exercice régulier aide à réduire ces effets. Les gens deviennent plus grands lorsque leur colonne vertébrale s'étire. Ensuite, il y a l'exposition aux radiations, qui affecte l'ADN et pourrait augmenter les risques de cancer.

La Station Spatiale internationale (ISS). NASA

Être sur Mars ne serait pas exactement comme être sur la Station spatiale internationale (ISS), d'où viennent la plupart de nos informations. Mais on sait que Mars n'a que 38% de la gravité que nous connaissons sur Terre.

Nous ne savons pas comment ces changements affecteraient les cellules reproductrices, la fertilité, le développement embryonnaire, le développement du fœtus ou la croissance des enfants.

Il est possible que les enfants nés et élevés sur Mars aient plus de facilité à s'adapter aux exigences de la vie martienne, car ce serait le monde dans lequel ils grandiraient.

Beaucoup de ces questions peuvent être étudiées, en particulier sur des cobayes animaux. Mais ce seront des problèmes majeurs à résoudre avant que les plans de colonisation de Mars ne prennent forme. 

Les questions éthiques

Supposons que les humains essaient un jour de se reproduire dans l'espace, une série d'autres questions intrigantes se posent.

L'une d'elles concerne la taille de la population qui doit vraiment se maintenir. Selon les auteurs du document, les estimations convenues de la taille minimale pour un groupe autosuffisant vont de 5 000 à 5 800 individus. Mais ils écrivent qu'une colonie martienne peut avoir besoin d'une plus grande population en raison de la nature extrême de l'environnement.

Ensuite, il y a la question de la reproduction. Puisque vivre sur Mars ne va pas être de tout repos, les auteurs disent qu'il devrait y avoir un conseiller génétique disponible pour les couples afin de s'assurer que les caractéristiques qui pourraient aider les gens à survivre sur Mars soient stimulées dans le processus de reproduction. En même temps, ils écrivent que les politiques d'avortement libéralisé seraient primordiales, puisque les grossesses pourraient présenter des risques élevés pour les mères et que les conditions environnementales pourraient rendre les malformations congénitales graves plus fréquentes.

Les personnes qui décident d'avoir des enfants devraient être soigneusement soutenues par ce processus, selon l'article. Ce système de soutien devrait se prolonger au-delà de l'accouchement pour aider les parents à faire face au stress qui accompagne les enfants "martiens".

Les auteurs posent également une question encore plus vaste: à quel point devrions-nous utiliser la technologie pour transformer les humains qui vivent dans l'espace?

Les solutions possibles 

Il est possible que certains d'entre nous soient porteurs de gênes qui les rendent mieux adaptés à la vie sur Mars que d'autres. De tels traits peuvent faciliter l'adaptation du corps à la gravité réduite, par exemple, ou les rendre moins sensibles aux cancers ou aux maladies causées par les radiations.

Une colonie martienne pourrait favoriser la transmission de ces traits génétiques, d'une personne à une autre.

Mais il pourrait également être possible d'utiliser des techniques d'édition génétique pour donner ces traits aux gens et pour modifier l'ADN de manière à faciliter la survie des humains dans l'espace. Des outils d'édition génétique comme CRISPR, qui peuvent trouver et remplacer des sections d'ADN, pourraient permettre aux médecins de modifier les embryons conçus par fécondation in vitro pour leur donner des caractéristiques favorables à la vie dans l'espace. 

Finalement, il se pourrait que les "humains" qui survivent le mieux sur Mars ne ressemblent pas beaucoup aux gens sur Terre. 

Les auteurs de science-fiction se sont attaqués à cette idée. Dans "The Expanse", les auteurs Daniel Abraham et Ty Franck (nom de plume: James S. A. Corey) décrivent comment les "béliers", résidents des établissements humains dans la ceinture d'astéroïdes, sont différents des humains nés sur Terre. Ils ont des corps allongés, non-comprimés par la gravité, et leurs os ne peuvent pas supporter leur poids lorsqu'ils sont exposés à la pression écrasante de la vie sur Terre. Il est possible que les personnes nées et élevées sur Mars aient des difficultés similaires à s'adapter à la vie sur Terre.

Il est même possible que l'humanité puisse développer de nouvelles espèces d'Homo sapiens plus évolués, selon les auteurs de l'article. Ils disent qu'il est peu probable que cela se produise naturellement, mais que cela pourrait arriver si les humains se retrouvent génétiquement modifiés pour mieux survivre sur différentes planètes.

NASA

Est-ce que Mars est une réelle échappatoire?

Dans l'article, les auteurs citent Stephen Hawking, qui a déclaré: "Je crois que l'avenir à long terme de la race humaine doit être l'espace et que cela représente une assurance vie importante pour notre survie future, car cela pourrait empêcher la disparition de l'humanité en colonisant d'autres planètes."

Mais cet article montre à quel point cette assurance vie serait compliquée. Et cette analyse nous rappelle une fois de plus que nous devons veiller à ce que l'humanité puisse continuer à survivre sur sa planète d'origine.

L'astronaute Mae Jemison dirige un projet appelé 100-Year Starship, financé par la NASA et la DARPA, lancé en 2011, qui aborde les questions liées à la capacité des humains à voyager au-delà de notre système solaire dans les 100 prochaines années.

Mais comme Jemison nous l'a expliqué en 2016, la plupart d'entre nous sommes déjà sur le vaisseau qui est le mieux adapté pour nous transporter à travers l'espace: la Terre.

"Nous allons être sur cette planète", a-t-elle dit.

Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas nous établir sur Mars — il est important de comprendre comment nous pourrions survivre dans de nouveaux mondes. Mais nous ne devrions pas éviter de nous attaquer à des problèmes plus abordables comme le changement climatique afin de garder habitable la première maison de l'humanité.

Version originale: Kevin Loria/Business Insider

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