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L'application Weward vous paie pour suivre des cours de sport en ligne

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L'application Weward vous paie pour suivre des cours de sport en ligne
© AndiP / pixabay.com

2,5 kg. C'est en moyenne le poids qu'ont gagné 57% des Français pendant le confinement du mois de mars, selon une étude menée par l'IFOP pour le site Darwin Nutrition, spécialisé dans les conseils d'alimentation. Une conséquence imparable de l'absence d'activité physique régulière selon Yves Benchimol, PDG de l'application Weward. Pour lutter contre ce manque d'exercice, la plateforme parisienne fondée en 2019 propose désormais à ses utilisateurs de les payer pour leur participation à des cours de sport en ligne.

Des vidéos de yoga, renforcement musculaire, cardio training ou même fit boxing réalisées par des coachs professionnels sont au programme pour les abonnés. En y assistant, ces derniers sont susceptibles de gagner des "Wards", points qu'ils accumulent à chaque séance. Au bout de cinq sessions de fitness, les points récoltés se transforment en 10 euros qui peuvent être au choix : reversés à des associations, transférés sur le compte bancaire du participant ou se transformer en bon d'achat ou cadeau remis par un commerce partenaire de l'application.

L'application propose aussi le même principe de rémunération, mais pour la marche. Les utilisateurs ayant parcouru la plus longue distance peuvent également gagner une récompense. Cependant, les sommes quotidiennes perçues sont souvent modiques : pour gagner 20 euros par exemple, il faut déjà recevoir 3 000 points, selon le PDG de l'application. Or, en marchant 10 000 pas par jour (soit 30 minutes), vous ne touchez que 20 centimes, relate le quotidien Ouest France.

"Un ward (point) a une valeur variable selon son utilisation. Si vous l'utilisez chez un commerçant partenaire, il vaudra déjà plus cher que si vous virez la somme sur votre compte bancaire", explique Yves Benchimol.

Emilie et Diana utilisent régulièrement l'application. Emilie la trouve "ludique et motivante": "Je ne suis pas sportive du tout et pourtant je me donne des challenges chaque jour et suis fière de les atteindre. Weward m'encourage à bouger." Même chose pour Diana, que les exercices donnés "permettent de se surpasser".

Monétisation des données

Seul hic, l'application a déjà fait parler d'elle pour l'utilisation des données de sa communauté sportive qu'elle "monétiserait" selon l'AFP ou le média en ligne ADN.

Dans sa politique de conservation de données, disponible sur son site, l'application déclare "traiter des informations personnelles comprenant notamment (sans limitation) [les] nom, numéro de téléphone mobile, adresse e-mail, l'adresse IP" des utilisateurs et leurs données de géolocalisation. Celles-ci peuvent être fournies aux "partenaires" de Weward, dans lesquels figurent "des réseaux de publicité" et "des commerces de proximité".

"Votre adresse IP est collectée pour savoir sur quel fuseau horaire vous êtes connecté afin de pouvoir remettre votre compteur de pas à zéro, à partir de minuit", justifie Yves Benchimol. Quant aux données de géolocalisation, elles permettent à la société d'évaluer la distance parcourue par les utilisateurs et de situer des boutiques et enseignes partenaires autour d'eux. Les coordonnées envoyées aux commerçants ne servent que dans le cadre d'une livraison par exemple, selon la direction de Weward.

Manque de transparence

Raphaël Rault est avocat spécialisé en droit du numérique au cabinet Alter Via à Lille. Selon lui, la politique de protection des données rédigée sur le site de Weward mérite d'être approfondie afin que l'utilisateur ait une meilleure connaissance des finalités de cette collecte d'informations. "Les destinataires des données n'y sont pas tous mentionnés de manière nominative, comme le RGPD le suggère", avance Me Rault. "Néanmoins, plusieurs entreprises préfèrent respecter la confidentialité des contrats commerciaux établis avec leurs partenaires, et se gardent de les nommer", nuance l'avocat. "S'il en fait la demande, n'importe quel utilisateur de Weward peut accéder à la liste complète de ces destinataires."

Les renseignements liés à la géolocalisation des utilisateurs, eux, peuvent toutefois être utilisés à des fins publicitaires, notamment pour cibler des annonces par ville ou région. De cette façon, les abonnés de l'appli habitant la capitale peuvent parfois recevoir des pop-ups de commerces ou de grandes marques parisiens. Weward est elle-même rémunérée par ces annonceurs qui achètent leur visibilité. L'exploitation des informations de géolocalisation devrait aussi être plus explicite, selon Me Julien Smadja, délégué à la protection des données et avocat au barreau de Paris: "Si Weward se sert de cette catégorie de données pour faire de la publicité ciblée, il faut que ses concepteurs le précisent davantage et soulignent que ce sont des annonces 'in app' (dans l'application)".

Quand l'appli est gratuite, 'son utilisateur est le produit'

Cependant, Yves Benchimol tient à le rappeler, le but de la startup reste "d'avoir une relation de confiance" avec ses utilisateurs. "Nous sommes ingénieurs et connaissons la valeur d'une donnée personnelle. Nous n'avons jamais revendu la moindre information", insiste le fondateur de Weward. Raphaël Rault vient nuancer ses propos : "le business model de Weward semble reposer sur la valorisation de sa base de données utilisateurs. Or, la CNIL le répète assez souvent: quand une application est gratuite, son utilisateur devient un produit."

Cette pratique de l'application a plusieurs fois été comparée à celle de Tadata, une plateforme française qui propose aux étudiants de 17 à 25 ans de les rétribuer s'ils communiquent des détails sur leurs goûts, leurs centres d'intérêt. "La monétisation des données elle, n'est pas illégale à partir du moment où l'internaute est bien informé sur l'utilisation de ces renseignements et donne son consentement éclairé", remarque Me Smadja. Parfois, ce concept est même une façon de regagner le contrôle sur ses données. "Puisqu'elles enrichissent déjà des société tierces, alors pourquoi ces data n'enrichiraient pas les consommateurs?", complète Me Rault.

Anne-Lise suit les cours de yoga sur Weward mais reste méfiante quant à l'utilisation de ses informations. "Parfois, il est possible de gagner des points en remplissant des sondages. On m'y demande souvent mon code postal, mes revenus annuels... c'est limite! Alors je préfère ne plus y participer."

Un grand risque pour les petits acteurs

Toutefois, il serait difficile de mettre en parallèle l'usage des données de Weward avec celui des GAFAMs. En janvier 2019 Google a reçu une amende administrative de 50 millions d'euros par la CNIL car le groupe ne respectait pas certains des principes-clés du RGPD. La société n’informait pas assez les utilisateurs de son système Android du prélèvement de leurs données personnelles.

Selon Raphaël Rault, le volume de données collectées par les géants du net est "incomparable" à celui de petites startups françaises. Et ces dernières auraient d'autant plus de raisons de respecter le règlement européen à ce sujet. "Une mise en demeure pourrait sonner le glas d'une petite application, car elle perdrait la confiance de ses investisseurs et celle de ses partenaires commerciaux. Ignorer le RGPD serait du suicide pour une startup française aujourd'hui", conclut l'avocat.

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