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Coronavirus : comment le secteur agroalimentaire fait face à la crise

Coronavirus : comment le secteur agroalimentaire fait face à la crise
© Business Insider France/Sophie Levy Ayoun

L'épidémie de coronavirus prend de l'ampleur dans le monde entier et l'inquiétude grandit chez les particuliers. Riz, pâtes et conserves en rupture de stock dans certains rayons de supermarchés, besoins d'approvisionnement en hausse dans les hôpitaux : l'industrie agroalimentaire et la distribution se mettent en ordre de bataille pour éviter les pénuries en France. Des images de rayons de pâtes ou de céréales vidés font pourtant le tour d'internet depuis plusieurs jours.

"Samedi après-midi, il y a eu certaines ruptures sur les conserves sucrées, salées, sur les pâtes et le riz. C'est le vieux réflexe français de stockage, on sent une volonté claire des consommateurs de stocker", admet Richard Girardot, président de l'Association des industries agroalimentaires (ANIA) dans un entretien à l'AFP. Sur la semaine du 2 au 8 mars 2020, les ventes de produits de grande consommation se sont envolées : + 5,6 %, alors que la moyenne hebdomadaire de croissance sur ces produits était de 2 % en 2019, selon l'indicateur de référence Nielsen.

'On a de la bouffe jusqu'à l'été', a lancé Michel-Édouard Leclerc

Les produits d'épicerie dépassent tous les plafonds : les ventes de riz, pâtes et conserves ont bondi de 21% sur la semaine, après une évolution de + 13% la semaine d'avant. D'ordinaire, mis à part quelques pics ponctuels de consommation de + 5 % dus à des effets de calendrier (chocolats de Pâques...), la croissance moyenne de ce rayon est très stable. Selon Nielsen, elle est comprise entre 1,5 et 2% en valeur chaque mois depuis 10 ans.

"Ce sont des familles qui se disent 'si je dois rester à la maison pendant 15 jours et ne pas aller faire mes courses, j'aime autant avoir mon stock'", a essayé de justifier le PDG du groupe Leclerc, Michel-Édouard Leclerc, hier matin sur RMC. Le président de Système U, Dominique Schelcher, a lui aussi mis en cause le "sur-stockage". Mais les deux patrons ont assuré qu'il n'y "aurait pas de pénurie". "On a de la bouffe en France jusqu'à l'été", a même lancé Michel-Édouard Leclerc.

Pas le souvenir de telles razzias 'sauf peut-être en mai 68'

Cette semaine, les industriels de l'agroalimentaire, les distributeurs et les transporteurs se sont pourtant réunis autour du ministre de l'Agriculture et de l'alimentation, Didier Guillaume, et de la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, Agnès Pannier-Runacher. Le but était "d'anticiper" les problèmes de la chaîne logistique alimentaire si "la frénésie d'achats se poursuivait dans les prochains mois", a indiqué Richard Girardot, président de l'Association des industries agroalimentaires, qui ne se souvient pas de razzias similaires, "sauf peut-être en mai 68". Et d'établir un plan de continuation de la fabrication.

"En cas de confinements, nous avons obtenu de l'État qu'il y ait une réponse uniforme sur tout le territoire pour les autorisations de transport", a-t-il affirmé. L'incendie de l'usine Lubrizol en septembre 2019 à Rouen a laissé de mauvais souvenirs, avec le préfet d'un département qui "bloquait le transport du lait", alors que celui du département voisin "le laissait circuler", souligne-t-il. L'ANIA a également demandé à ses adhérents de se concentrer sur la fabrication de produits de première nécessité, les 20% qui font 80% du volume, et de laisser tomber les lots promotionnels.

Le secteur de l'agroalimentaire 'prioritaire pour l'attribution de masques de protection'

Elle souhaite éviter les rationnements, comme au Royaume-Uni, où Tesco, le numéro un du secteur, limite depuis ce week-end les achats à cinq produits pour les pâtes, les lingettes antibactériennes, les gels et le lait à longue conservation. Pour certains légumes en conserves, quelques rationnements pourraient néanmoins intervenir s'ils sont hors saison, a d'ores et déjà prévenu Richard Girardot. Le secteur réfléchit aussi à la façon d'augmenter les livraisons aux hôpitaux où il y aura plus d'activité dans les semaines à venir. Une réorientation des chaînes logistiques qui pourrait être facilitée si dans le même temps des écoles sont fermées.

Enfin, "nous avons obtenu du ministère de l'Économie que le secteur agroalimentaire soit considéré comme prioritaire pour l'attribution de masques de protection aux salariés" a précisé Richard Girardot. Sur les lignes de production de produits frais ou de pâtisseries, des masques sanitaires anti-projections sont déjà utilisés par les opérateurs. Mais ce secteur doit protéger ses salariés pour assurer la continuité des fabrications, cruciales pour le reste de la population.

En attendant, l'effet coronavirus semble soutenir les circuits courts de distribution : Aurore Market, une société de produits bio et français sur internet, née en 2018 et basée dans l'Aveyron, dit avoir vu son nombre d'adhérents s'envoler de 38% en dix jours. "Du jamais vu".

Business Insider
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