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Coronavirus : et si la Bourse de Paris fermait pour stopper la dégringolade des cours ?

Coronavirus : et si la Bourse de Paris fermait pour stopper la dégringolade des cours ?
© Bloomberg/Getty Images

La Bourse de Paris n'en finit plus de chuter. Le CAC 40 a perdu plus de 35% depuis la mi-février, pour retomber sous les 4 000 points, quand il s'affichait encore au-dessus des 6 000 le 21 février. Le marché a plongé notamment à trois reprises : le lundi 9 mars, son indice phare clôturant en baisse de 8,39%, le jeudi 12 mars, le CAC 40 enregistrant une dégringolade historique de 12,28%, et ce lundi 16 mars, l'indice dévissant de plus de 9% dans la matinée pour terminer la journée en repli de 5,75%. Les banques centrales et les gouvernements ont beau multiplié les annonces de soutiens budgétaires et monétaires face aux conséquences économiques du coronavirus, l'inquiétude plane toujours sur les marchés.

"Pour le moment les annonces ne parviennent pas à endiguer la panique totale, souligne Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés chez le courtier Binck. Nous n'avons jamais eu dans l'histoire une baisse de la capitalisation mondiale aussi puissante." Plus de 25 000 milliards de dollars ont ainsi été effacés sur les marchés des actions depuis mi-février. Face à une telle débâcle boursière, des voix s'élèvent pour demander une fermeture des marchés, comme celle du président de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs d'investissements, Charles-Henri d'Auvigny.

Risque d'envoyer un mauvais signal

"Fermer la Bourse permettrait de laisser le temps aux autorités d'annoncer des mesures pour endiguer la crise", explique Nicolas Chéron. "Mais s'il n'y a pas un flux de bonnes nouvelles pendant ce temps-là, le risque est que les marchés rouvrent en chutant de -15%", prévient-il. La réponse des Etats et des institutions monétaires doit être "historique et collégiale" selon l'économiste, pour être à la hauteur d'un contexte inédit et pour espérer parvenir à rassurer les investisseurs. Valentin Bissat, économiste et stratégiste chez la banque privée Mirabaud, se montre guère optimiste quant à une éventuelle fermeture de la Bourse. "Quel message fait-on passer si on ferme les Bourses?", s'interroge-t-il. Le risque est d'envoyer un mauvais signal et de renforcer encore la panique sur les marchés dès leur réouverture.

Euronext, l'opérateur de la Bourse de Paris, n'entend de toute façon pas procéder à une quelconque fermeture pour le moment. "Il n'est pas question à ce stade de fermeture des marchés. Une telle décision doit être prise par les autorités de régulation et suppose une coordination pan-européenne, si ce n'est plus large", précise Pauline Bucaille, directrice de la communication du groupe Euronext. Depuis la Seconde guerre mondiale, la Bourse de Paris n'a quasiment jamais fermé. Le Palais Brogniart, où s'effectuaient les échanges avant l'informatisation de tout le système, avait exceptionnellement clos ses portes pendant la crise sociale en 1968, du 21 mai au 8 juin.

Interdire la vente à découvert

Aux Etats-Unis, la Bourse de New York avait notamment fermé pendant quatre jours dans la foulée des attaques du 11 septembre. Outre-Atlantique, un mécanisme a été mis en place pour éviter des chutes trop fortes des cours, après le krach de 1987, rappelle BFM Bourse. Les échanges sont ainsi suspendus pendant 15 minutes dès lors qu'un plongeon de 7% est constaté, puis encore d'un quart d'heure si la baisse atteint 13% après reprises des cotations. Si les cours dévissent jusqu'à 20%, le marché est tout simplement fermé.

Ce système permet de freiner la chute mais pas forcément de l'arrêter. Il n'existe pas sur les Bourses européennes un mécanisme aussi drastique. Mais pour tenter de limiter la dégringolade des actions, les places de Milan et de Madrid ont décidé vendredi d'interdire la vente à découvert sur certains titres, après avoir enregistré les pires séances de leur histoire jeudi. La vente à découvert consiste à vendre des actions qu'on ne possède pas encore, dans l'espoir de les racheter à un meilleur prix ultérieurement. Cette pratique, utilisée bien souvent pour spéculer, revient à parier sur la baisse d'une action.

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À Milan, la vente à découvert a ainsi été interdite sur 85 titres, tandis que Madrid l'a prohibé pour tous les titres liquides ayant subi une chute de plus de 10% et toutes les actions non-liquides — que personne ne souhaitait plus acheter — dont le cours a dévissé de plus de 20%. En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) et Euronext n'ont pour le moment rien annoncé concernant la Bourse de Paris, mais la crise actuelle pourrait les faire bouger. À défaut d'envisager une fermeture du marché, l'AMF pourrait de nouveau interdire cette pratique sur certains titres, comme en 2011, pendant la crise de la dette en zone euro.

Business Insider
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