Des pompiers à côté du camion qui a foncé dans un marché de Noël de Berlin le soir du 19 décembre 2016. REUTERS/Hannibal Hanschke

Des pompiers à côté du camion qui a foncé dans un marché de Noël de Berlin le soir du 19 décembre 2016. REUTERS/Hannibal Hanschke

Le groupe djihadiste Etat islamique a revendiqué mardi l'attaque de la veille contre un marché de Noël de Berlin, qui a fait 12 morts, mais le ministre allemand de l'Intérieur a indiqué néanmoins ultérieurement que l'enquête s'orientait vers plusieurs pistes.

La personne qui avait été interpellée dans le cadre de l'enquête peu après l'attaque a été remise en liberté mardi, faute d'éléments pouvant être retenus contre elle, a annoncé le parquet fédéral.

"L'enquête, jusqu'à présent, n'a pas permis de confirmer les soupçons visant l'accusé", a dit le parquet fédéral, ajoutant que ce jeune Pakistanais de 23 ans avait parlé longuement aux policiers et nié avoir joué un rôle dans l'attaque. L'enquête n'a pas permis d'établir que l'homme interpellé se trouvait dans la cabine du camion au moment du drame, a précisé le parquet.

Dès la mi-journée, mardi, le chef de la police de Berlin Klaus Kandt avait reconnu que la police n'était pas certaine que le Pakistanais, arrivé en Allemagne comme demandeur d'asile fin 2015, soit bien l'auteur de l'attaque.

Le véritable auteur de l'attaque serait de ce fait toujours en liberté, et armé, car le pistolet avec lequel a été tué le routier polonais qui avait la charge du poids lourd n'a pas été retrouvée.

"Celui qui a mené à bien l'opération(...)à Berlin est un soldat de l'Etat islamique et il l'a réalisée en réponse aux appels lancés pour soient visés les ressortissants des pays de la coalition", écrit Amaq, l'organe de propagande de l'EI.

Bien qu'ayant connaissance de cette revendication, le ministre de l'Intérieur allemand a parlé mardi soir de plusieurs pistes suivies par les enquêteurs.

"Nous venons de prendre connaissance de la supposée revendication de l'Etat islamique, qui est en fait une bande de terroristes", a dit Thomas de Maizière à la chaîne de télévision publique ARD. "Les enquêteurs suivent actuellement plusieurs pistes", a-t-il ajouté en assurant que "Personne ne relâchera l'effort tant que l'auteur ou les auteurs (de l'attaque) n'auront pas été capturés".

Hommage sur la porte de Brandebourg aux 12 victimes de l'attentat du marché de Noël de Breitscheidplatz à Berlin, le 20 décembre 2016. REUTERS/Reinhard Krause

Hommage sur la porte de Brandebourg aux 12 victimes de l'attentat du marché de Noël de Breitscheidplatz à Berlin, le 20 décembre 2016. REUTERS/Reinhard Krause

Sur son compte Twitter, la police berlinoise a demandé à la population de rester vigilante.

Le camion a foncé lundi soir sur la foule qui se pressait vers 20h00 (19h00 GMT) sur le marché de Noël installé au pied de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche, l'église du Souvenir située au coeur de l'ex-Berlin-Ouest, le long du Kurfürstendamm.

Outre les 12 morts, le drame a fait 45 blessés, dont 30 sont dans un état grave.

"Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas encore avec suffisamment de certitude mais nous devons, en l'état actuel des choses, partir du principe qu'il s'agissait d'une attaque terroriste", a déclaré Angela Merkel mardi matin.

"Je sais qu'il serait particulièrement dur pour nous tous de le supporter s'il était confirmé que la personne qui a commis cet acte était quelqu'un qui a demandé protection et asile", a ajouté la chancelière, critiquée au sein même de son parti conservateur pour sa politique d'accueil des réfugiés.

Le camion appartenait à une société de transport polonaise et le chauffeur attitré du poids lourd, de nationalité polonaise, a été retrouvé mort dans le véhicule.

D'après son cousin et employeur, le conducteur polonais était arrivé à Berlin quelques heures plus tôt et avait parlé à sa femme vers 15h00.

"Vers 15h45, on peut voir un mouvement sur le GPS. Le véhicule avance et recule. Comme si quelqu'un apprenait à le conduire", a déclaré Ariel Zurawski à la télévision publique, en ajoutant: "Je savais que quelque chose ne tournait pas rond".

La carcasse du camion noir accidenté a été retirée lundi matin par les enquêteurs. Des habitants, certains en larmes, ont déposé fleurs et messages sur le site.

Le scénario rappelle l'attentat du 14 juillet dernier à Nice, revendiqué par l'Etat islamique, qui avait fait 86 morts. Un poids lourd conduit par un Tunisien vivant en France, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, avait foncé dans la foule venue assister au feu d'artifice de la fête nationale.

Le maire de Berlin Michael Müller, la chancelière allemande Angela Merkel et le ministre de l'intérieur allemand Thomas de Maiziere rendent hommage aux victimes de l'attentat du marché de Noël à Berlin, le 20 décembre 2016. REUTERS/Hannibal Hanschke

Le maire de Berlin Michael Müller, la chancelière allemande Angela Merkel et le ministre de l'intérieur allemand Thomas de Maiziere rendent hommage aux victimes de l'attentat du marché de Noël à Berlin, le 20 décembre 2016. REUTERS/Hannibal Hanschke

L'attaque de Berlin a relancé le vif débat sur l'immigration qui agite la classe politique allemande depuis des mois.

L'accueil de plus de 900.000 migrants et réfugiés par l'Allemagne en 2015 a suscité des tensions au sein de la coalition au pouvoir et favorisé la percée du parti d'extrême droite AfD à quelques mois des élections législatives, prévues en septembre prochain.

La CSU, le parti bavarois allié de la CDU chrétienne-démocrate d'Angela Merkel, a appelé à un changement dans la politique allemande d'immigration et de sécurité.

"Nous devons aux victimes (...) et à l'ensemble de la population de revoir notre politique d'immigration et de sécurité et de la changer", a déclaré le ministre-président de Bavière et président de la CSU, Horst Seehofer.

Frauke Petry, dirigeante du parti populiste et anti-immigration AfD (Alternative für Deutschland), a estimé que l'Allemagne n'était plus un pays sûr, car "le terrorisme islamiste radical a frappé au coeur de l'Allemagne".

Dans le reste de l'Europe, le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré que l'opinion publique européenne était en droit d'attendre des mesures plus fortes contre l'immigration. L'ex-chef du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip) Nigel Farage a critiqué sur Twitter "l'héritage Merkel".

Angela Merkel s'est entretenue mardi au téléphone avec les dirigeants de plusieurs pays européens - France, Italie, Grèce, Pologne, Suède et Espagne - et de Turquie à propos de l'attaque de Berlin.

Plusieurs pays européens, dont la France, ont annoncé un renforcement des mesures de surveillance pour les fêtes.

Les drapeaux ont été mis en berne en Allemagne et les marchés de Noël de Berlin fermés mardi en hommage aux victimes.

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