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Dans les coulisses du laboratoire de Moderna où est élaboré l'un des vaccins anti-Covid-19

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Dans les coulisses du laboratoire de Moderna où est élaboré l'un des vaccins anti-Covid-19
Des scientifiques du laboratoire de recherche de Moderna travaillent sur l'ARN messager dans le campus de Norwood, Massachussetts. © Franco Sacchi/Insider
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NORWOOD, Massachusetts, États-Unis. Le sens du style de Moderna se détecte dès l'entrée de son laboratoire. Dans le hall principal de son campus tentaculaire banlieue sud de Boston, des paniers sont remplis de pin's à l'effigie de la société. Ces petites broches rappellent les étapes-clés de l'élaboration du vaccin : la livraison de 100 millions, puis de 200 millions de doses de son sérum contre le coronavirus.

Moderna ayant pour objectif de livrer jusqu'à 1 milliard de doses d'ici la fin de l'année, il semble inévitable que les pin's se transforment assez rapidement en une série de badges de scout. Certains employés se promènent avec des T-shirts ressemblant à ceux de la série "Friends", avec un titre d'épisode centré sur l'entreprise : "Celui où Moderna a livré 100 millions de doses."

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Moderna a conçu cette série de pins pour marquer les étapes-clés de l'élaboration de son vaccin. Allison DeAngelis/Insider

On comprend assez vite pourquoi la biotech a autant d'assurance. Avant la pandémie, l'entreprise n'avait jamais conçu de médicament certifié. Puis, le laboratoire a tout laissé tomber pour mettre au point un vaccin expérimental contre le Covid-19 en utilisant une technologie novatrice et l'a réussi en un temps record. Plus de 60 millions de personnes aux États-Unis ont maintenant reçu les vaccins de Moderna et la société a contribué à sauver des centaines de milliers de vies.

"Je crois sincèrement que Moderna a rendu l'impossible possible", a déclaré Huijuan Li, vice-présidente du développement analytique de Moderna, en résumant la manière dont la biotech a accéléré la fabrication pour produire des centaines de millions de doses.

Huijuan Li, vice présidente du développement de Moderna.  Franco Sacchi/Insider

Pourtant, le prochain chapitre de Moderna fait l'objet d'un débat, d'autant que la valorisation de la société approche les 100 milliards de dollars. Moderna est-elle à l'avant-garde d'une révolution médicale de plus grande ampleur ou la biotech aura-t-elle du mal à trouver des succès au-delà de son vaccin contre le coronavirus ?

Développement de médicaments "prêts à l'emploi" ?

Les dirigeants de Moderna ont affirmé que le succès de sa technologie centrale, l'ARN messager, signifie que la biotechnologie est désormais prête à se lancer dans la fabrication de dizaines de nouveaux médicaments dans les années à venir.

"Il serait absurde de penser que Moderna ne peut produire qu'un seul médicament", a déclaré le PDG Stéphane Bancel à Insider. "C'est soit rien, soit plusieurs dizaines de traitements".

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Stéphane Bancel, PDG de Moderna, prend la parole lors d'un débat sur les soins.   Steven Ferdman/Getty Images

Mais contrairement à d'autres sociétés pharmaceutiques dont les valorisations sont similaires, comme GlaxoSmithKline, Gilead Sciences et Regeneron, le résultat net de Moderna est presque entièrement tiré par un seul produit : son vaccin contre le coronavirus, comme l'a récemment noté Max Nisen, chroniqueur d'opinion chez Bloomberg.

Certains analystes de Wall Street se sont mis sur la touche alors que la valeur de la biotechnologie a plus que décuplé au cours de l'année écoulée. Les analystes de Morgan Stanley et de JPMorgan ont rétrogradé le titre d'"acheter" à "conserver", tandis que Mani Foroohar de SVB Leerink s'attend à ce que le titre sous-performe.

Bien sûr, le vaccin contre le coronavirus est désormais une source d'argent considérable, Moderna prévoyant des revenus de 18,4 milliards de dollars en 2021. L'hésitation vient d'une baisse attendue des ventes qui "est inévitable, et qui pourrait être brutale", écrit Max Nisen.

Pourtant, la transformation que Moderna a entreprise sur son campus de Norwood, en banlieue de Boston, pourrait permettre à la biotech de tirer parti de l'étonnant succès de son vaccin contre le coronavirus, tout en cherchant à s'attaquer à diverses maladies, dont la grippe, le cytomégalovirus (de la famille des herpèsvirus) et le virus respiratoire syncytial (cause des infections respiratoires chez les jeunes enfants). Mais aussi à mettre au point des traitements à base d'ARN messager pour des maladies cardiaques et contre le cancer.

"Ce processus a vraiment renforcé notre compréhension de la technologie de l'ARN messager et de son application dans les vaccins", a déclaré Huijuan Li à propos du vaccin. "Et il est certain que nous allons également appliquer cette technologie à d'autres traitements".

La transformation du campus de Norwood dans la lutte contre le COVID-19

Le principal centre de recherche de Moderna à Norwood, Massachusetts, était autrefois une usine Polaroid.  Franco Sacchi/Insider

En 2018, Moderna a ouvert son centre de recherche de Norwood en reconvertissant ce qui était autrefois une usine Polaroid de 18 580 m2. En pleine pandémie, Moderna s'est encore agrandie, en déplaçant certaines de ses équipes de recherche de Cambridge, dans le Massachusetts, dans un deuxième bâtiment à Norwood, désormais baptisé Moderna Technology Center, North. La construction d'un troisième bâtiment, baptisé East, est en cours, ce qui fera de Norwood un nouveau campus Moderna.

Pour accompagner son expansion immobilière, Moderna a embauché à tour de bras, doublant presque ses effectifs pendant la pandémie pour atteindre environ 1 500 employés. Environ 800 d'entre eux travaillent à Norwood et Moderna prévoit d'y employer environ 1 200 personnes d'ici la fin de l'année, selon un porte-parole de la société.

Le moteur évident de cette croissance a été le vaccin contre le coronavirus de Moderna. La plupart de ses employés ont contribué au développement du vaccin, puis à sa production à grande échelle.

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Un scientifique travaillant dans le centre de recherche de Moderna.  Franco Sacchi/Insider

L'usine produit les principaux composants du vaccin : la molécule d'ARN messager qui indique aux cellules comment fabriquer la protéine spike contenue dans une goutte microscopique de graisse appelée nanoparticule lipidique, qui elle transmet l'ARN aux cellules. Les fabricants sous-traitants se chargent des étapes finales consistant à remplir des flacons avec ce sérum et à les sceller.

Les vaccins développés par Moderna et Pfizer-BioNTech contre le coronavirus sont les premiers vaccins à ARN messagers à être commercialisés. Le fait de produire le médicament localement et de disposer de cette expertise sur place constitueront un avantage clé pour l'avenir, selon les dirigeants de l'entreprise.

Nedim Altaras, premier vice-président du développement technique de Moderna Franco Sacchi/Insider

Moderna cherche à appliquer ses recherches pour le vaccin à d'autres traitements

Nedim Altaras, premier vice-président du développement technique de Moderna, a déclaré que la mise à l'échelle de Covid-19 aiderait la biotech à s'attaquer plus rapidement à d'autres maladies, en réduisant le délai entre les résultats positifs de la recherche et la production de médicaments. "Nous sommes bien préparés pour être en mesure de faire avancer ces projets rapidement lorsque nous aurons obtenu des résultats cliniques positifs", a déclaré Nedim Altaras.

L'une des principales inconnues scientifiques qui déterminera l'avenir de Moderna concerne les limites de la technologie ARN. Cette approche sera-t-elle la plus efficace pour les maladies virales qui nécessitent une réponse rapide, ou les médicaments à ARN messager peuvent-ils traiter avec succès le cancer, les maladies rares et même les maladies cardiaques ?

Moderna mène actuellement des essais cliniques pour un certain nombre de médicaments, notamment des vaccins contre le cytomégalovirus, la grippe saisonnière et le Zika virus (sorte de grippe transmise par une piqûre de moustique), ainsi que des traitements contre le cancer et les maladies cardiaques.

Amy Rabideau, directrice adjointe de Moderna.  Franco Sacchi/Insider

L'avenir de l'ARN messager dépendra également de l'endroit où ces médicaments pourront être administrés dans l'organisme, explique Amy Rabideau, directrice adjointe de Moderna. La biotech a entrepris des recherches préliminaires pour explorer les limites des nanoparticules lipidiques, ces petites boules de graisse chargées de faire pénétrer les charges utiles des vaccins et des traitements à ARN messager dans les cellules. "Il y a là un potentiel vraiment passionnant et qui vaut la peine d'être exploité pour la recherche", ajoute Amy Rabideau.

Version originale : Andrew Dunn/Insider

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