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Voici à quoi ressemblait la vie au bureau dans les années 1970

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Voici à quoi ressemblait la vie au bureau dans les années 1970
Intérieur d'une agence de la MAAF, salle des dactylos, le 15 juin 1972. © Créations Artistiques Heurtier, Musée de Bretagne.

Pas de smartphones sur les tables, ni de rangées d'ordinateurs. Et encore moins de jeans et de baskets aux pieds. Dans les années 1970, les bureaux n'arboraient pas les technologies d'aujourd'hui. Mais les premiers ordinateurs voyaient le jour, aux côtés des machines à écrire et des téléphones à cadran. Les jupes étaient de rigueur pour les femmes dans une organisation du travail très genrée. L'aménagement de l'espace répondait à une rationalisation des tâches et une répartition des rôles de chacun.

Aux hommes, plutôt les fonctions de contrôle et de conception. Aux femmes, plutôt des "métiers de rendement", des travaux répétitifs, sédentaires, sans prise d'initiative. Les photos du fonds Heurtier, mises à disposition par le Musée de Bretagne, permettent de se faire une idée plus précise de l'atmosphère qui pouvait régner à l'époque dans les bureaux. Certaines d'entre elles sont actuellement exposées à la biennale de la photographie du patrimoine industriel Usimages, organisée jusqu'au 20 juin par la communauté d'agglomération Creil Sud Oise (ACSO), dans les Hauts-de-France.

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Bernard Heurtier, comptable de profession aujourd'hui décédé, fonde en 1961 une agence de photographie. Ses techniciens parcourent alors le grand ouest de la France pour illustrer l'essor du secteur tertiaire et les chantiers industriels. Le tout sans ambition artistique, le nom des photographes restant dans l'ombre pour répondre aux commandes des grandes entreprises désireuses de montrer la modernité de leurs locaux.

Les agences Maaf et Crédit Agricole de l'époque

Parmi les photos sélectionnées par Business Insider France, vous pourrez découvrir l'intérieur d'une agence Maaf en 1974, l'agence régionale du Crédit Agricole à Rennes et le nouveau bureau des impôts de la ville en 1972. Plusieurs clichés montrent des open spaces peuplés presque uniquement de femmes. "Une évolution qui s'est dessinée avant les années 1970", selon Cédric Neumann, historien spécialisé en histoire du travail et du management, rattaché au laboratoire Histoire des techno-sciences en société du Cnam (Conservatoire nationale des arts et métiers).

"À partir du moment où le secrétaire n'a plus été l'adjoint du patron, la fonction s'est féminisée pour devenir une fonction d'exécutante", ajoute-t-il. L'ergonomie devient un instrument de rationalisation du travail, pour les hommes et plus encore les femmes dans les bureaux. Loin du télétravail en vogue aujourd'hui.

Des opérations au guichet avant le déploiement des automates

Accueil de l'agence régionale du Crédit Agricole, située à Rennes, le 25 avril 1974. Fonds Heurtier.

L'accueil de l'agence régionale du Crédit Agricole de Rennes, en 1974, est spacieuse et épurée. Les hôtesses, bien coiffées et grand sourire, réceptionnent les clients.

Les distributeurs de billets font leur apparition à la fin des années 1960. Mais les retraits restent fastidieux, billet par billet, à l'aide d'une carte perforée à usage unique, sans autre opération possible au distributeur, relate Les Echos.

À chacun son poste, sans se laisser distraire

Intérieur d'une agence de la MAAF, le 15 juin 1972. Fonds Heutier.

"L'atmosphère apparaît tout sauf convivial, chacun voit le dos de l'autre au poste devant lui", relève Laurence Prod'homme, conservatrice au Musée de Bretagne.

Avant le tout informatisé, l'obsession du fichier et du classement est déjà là. "Tout ce qui n'entre pas dans la logique de rendement est considéré comme quelque chose qui doit être annihilé", pointe Cédric Neumann. "L'objectif peut être aussi de créer de la concurrence entre les salariés, avec des primes de rendement. Les postes sont standardisés pour individualiser la performance."

Les femmes revêtent presque un uniforme

Intérieur d'une agence de la MAAF, le 15 juin 1972. Fonds Heurtier.

C'est presque un bleu de travail dont sont couvertes les femmes de l'agence de la Maaf, comme si elles effectuaient des tâches salissantes dans une usine. "Des blouses qui renvoient à l'aspect industriel dans ce monde tertiaire", note Cédric Neumann. Une sorte d'uniforme pour séparer celles chargées de tâches répétitives, effectuées de manière mécanique, du reste de l'entreprise.

Les hommes bénéficient globalement d'un travail moins répétitif

Intérieur d'une agence de la MAAF, le 15 juin 1972. Fonds Heutier.

Les hommes se voient plutôt attribuer des fonctions de surveillance des flux, moins soumises à des cadences à tenir.

L'entrée dans le monde moderne passe par les ordinateurs avec bobines

Salle d'ordinateur, intérieur d'une agence de la mutuelle agricole, le 31 janvier 1973. Fonds Heurtier.

L'objectif de ces photos commandées par les entreprises est de montrer leur belle organisation, mais aussi leur modernité, présentée ici par trois hommes en costume-cravate. La salle d'ordinateur comprend des dérouleurs de bandes magnétiques, des périphériques permettant d'écrire et lire les données de la machine.

C'est alors que naît le métier de pupitreur, un technicien étant chargé de suivre au pupitre le fonctionnement de l'ordinateur, de saisir du code ou des données depuis un terminal.

Peu de place laissée à la personnalisation de son espace de travail

Intérieur d'une agence de la MAAF, le 15 juin 1972. Fonds Heurtier.

Les bureaux des standardistes voient les dossiers s'entasser, à côté du téléphone à cadran et d'un bouquet de fleurs pour agrémenter le quotidien de chacune des travailleuses. Rien ne vient personnaliser l'espace de travail, "pas de photos de la famille ni des enfants par exemple", souligne Laurence Prod'homme.

Des open spaces colorés à des fins ergonomiques

Intérieur d'une agence de la MAAF, salle des dactylos, le 15 juin 1972. Fonds Heurtier.

Plusieurs clichés exposent des bureaux ouverts aux couleurs chatoyantes. "Cela renvoie à une préoccupation ergonomique", explique Cédric Neumann. Les employeurs souhaitent rendre le cadre de travail agréable pour éviter les contestations dans les services productivistes, où le rendement exigé peut poser des problèmes de santé aux travailleurs.

Des sièges pour lutter contre les troubles musculo-squelettiques

Intérieur d'une agence de la MAAF, le 15 juin 1972. Fonds Heurtier.

Les postes sont équipés de chaises de bureau pivotantes, "pour éviter les troubles musculo-squelettiques, dus à la répétition des tâches, au rendement et à l'aspect sédentaire du travail", constate Cédric Neumann. "Dans l'esprit patronal, c'est une façon de donner moins de raisons de se plaindre aux salariés", ajoute-t-il.

Des bureaux semi-cloisonnés pour limiter les échanges entre collègues

Intérieur d'une agence de la MAAF, le 15 juin 1972. Fonds Heurtier.

S'il n'y avait pas à l'époque de pandémie, comme celle liée au Covid-19, les cloisons existaient déjà dans les bureaux pour séparer et isoler les postes de travail. "Un des buts possibles du semi-cloisonnement était de limiter les communications entre employées", analyse Cédric Neumann. C'était peut-être aussi une manière de limiter le bruit entourant chaque travailleuse, à une époque où l'amiante servait d'isolant phonique dans les murs.

Les travailleuses paraissent dociles, chacune dans un rôle bien défini

Intérieur du nouveau bureau des impôts à Rennes, le 26 mai 1972. Fonds Heurtier.

Les photos du fonds Heurtier montrent des espaces de travail très ordonnés, où les employées en jupe remplissent chacune leur rôle sans mot dire. Ces clichés tendent à livrer une vision conforme à l'image que les entreprises veulent alors donner d'elles-mêmes.

"On ne perçoit jamais la fatigue, chacun semble à sa place et il n'y a pas non plus d'espace de contestation sociale", résume Cédric Neumann. Or, l'organisation rigide du travail génère des mécontentements et les bureaux sont aussi des lieux où s'exprime la conflictualité sociale. Des demandes sont notamment portées par les femmes, comme la fin des primes de rendement et de productivité pour les dactylos, rappelle l'historien, afin qu'elles soient directement intégrées aux salaires.

Une organisation technocratique dominée par les hommes

Bureau du directeur de la Caisse Régionale du Crédit Agricole, 15 juillet 1961. Fonds Heurtier.

"Le bureau du directeur traduit l'organisation du travail", estime Laurence Prod'homme. "Du bois assez précieux, une sculpture animalière, de beaux rideaux... le patron à beau être absent, on sent malgré tout sa présence sur cette photo." Si le cliché date des années 1960, il retranscrit bien les rapports hiérarchiques très verticaux qui perdurent dans les années 70.

Des années où "les mouvements sociaux sont forts dans les banques", raconte Cédric Neumann. Les conventions collectives évoluent alors qu'une ségrégation entre hommes et femmes peut s'observer, avec des statuts différents selon le genre. Mais les banques trouvent la parade en opérant un mouvement de filialisation.

Dès lors, certaines fonctions se retrouvent hors de la convention collective des banques, en dépit de la contestation des syndicats. "De plus petits centres sont créés en périphérie des villes, pour isoler et limiter la contestation sociale." Des évolutions que les photos épurées du fonds Heurtier ne montrent pas, ou en creux seulement.

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