Ce qu'on sait de l'état de certains trésors sacrés de Notre-Dame de Paris après l'incendie

La piéta de Notre-Dame de Paris, par Nicolas Coustou (début XVIIe siècle). Wikimedia commons/Lionel Allorge

La Couronne d'épines est-elle sauve ? Quid du Saint-Sacrement ? De la relique de Saint-Louis ? Les catholiques étaient nombreux hier soir à s'inquiéter de leur sort lors de l'incendie de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Sur les réseaux sociaux, les messages demandant de leurs nouvelles étaient légions et, sur place, dans la foule amassée aux abords de l'île de la Cité, l'annonce de leur mise à l'abri, à l'Hôtel de Ville de Paris, a été saluée. 

Au delà de ces trois trésors religieux, particulièrement inestimables, Notre-Dame abrite ou abritait moult autres trésors. Reliques et reliquaires, vases sacrés et autres objets d'orfèvreries, vêtements sacerdotaux, sculptures, tableaux, vitraux, cloches et bourdons, petites et grandes orgues, mobilier... à Notre-Dame, comme dans beaucoup d'églises, les objets liturgiques employés lors des cérémonies côtoient des oeuvres d'art, offertes au fil des siècles par les fidèles pour rendre gloire à Dieu. 

Notre-Dame ayant été en très grande partie ravagée et pillée lors de la Révolution Française, la plupart des oeuvres que l'on peut admirer n'y sont arrivées qu'après. Il peut s'agir soit d'oeuvres réalisées au cours du XIXe, XXe et XXIe siècles, soit d'oeuvres réalisées avant mais offertes (ou réinstallées) après. 

Si certaines oeuvres étaient visibles de tous, comme les tableaux des chapelles, faisant de Notre-Dame une sorte de galerie d'art, d'autres étaient conservées dans ce qu'on appelle le trésor : un espace de la sacristie, qui se visitait. Elles y étaient rangées dans des vitrines, des placards, des tiroirs, et sorties lorsque les cérémonies le nécessitaient.

Le ministre de la Culture, Franck Riester, a déclaré mardi que "les plus précieuses" oeuvres du trésor, dont la couronne d'épines et la tunique de Saint-Louis, "ont été mises en sécurité à l'Hôtel de ville de Paris" dès lundi soir. "Le reste du trésor sera mis en sécurité au Louvre aujourd'hui et demain", a-t-il ajouté.

Voici quelqu'uns de trésors de Notre-Dame :

Le Saint-Sacrement

Ostensoir de Sainte Geneviève, cathédrale Notre-Dame de Paris. Wikimedia commons/Alexander Baranov

C'est ainsi que l'on appelle les hosties (petites galettes de pain sans levain) une fois qu'elles sont consacrées lors d'une messe. Les catholiques croient alors qu'elles sont le Corps de Jésus-Christ. Les hosties consacrées, et non mangées, sont conservées dans un tabernacle, sorte de petit placard dédié. Lors des cérémonies dites "d'adoration", l'une d'elle est placée dans un ostensoir et présenté à l'adoration des fidèles. Pour les catholiques, le Saint-Sacrement est ce qui est de plus important.

Il a été mis à l'abri à l'Hôtel de Ville.

La Couronne d'épines

La Couronne d'épines et son reliquaire en cristal, Cathédrale Notre-Dame de Paris. Wikimedia commons/Gavigan

C'est l'une des plus importantes reliques de la Chrétienté. Elle est considérée comme étant la couronne tressée de végétaux épineux qui a été posée par dérision sur la tête du Christ par les soldats romains lors de sa Passion (mot qui désigne la torture du Christ avant sa mort sur la Croix). Gardée dans le trésor des empereurs byzantins jusqu'au XIIIe siècle, elle a ensuite été mise en gage à Venise avant d'être rachetée par le roi de France Louis IX (qui deviendra Saint Louis). C'est pour l'y conserver que le roi a fait construire la Sainte-Chapelle que l'on peut admirer encore aujourd'hui au coeur de l'ancien Palais de Justice de Paris. Préservée pendant la Révolution Française (considérée comme une curiosité), elle a ensuite été confiée à Notre-Dame en 1806 par Napoléon Ier. 

La Couronne du Christ est aujourd'hui inestimable mais à l'époque de son rachat, Louis IX avait déboursé 135 000 livres tournois (soit plus de la moitié des revenus annuels du domaine royal).

Elle était présentée à la Vénération des fidèles (catholiques mais aussi protestants et orthodoxes) chaque premier vendredi du mois et chaque vendredi de carême. Au fil des siècles, les épines ont disparu, offertes par les Princes et évêques à d'autres personnalités. Dans sa forme actuelle, la Couronne n'est plus qu'une tresse de joncs, conservée dans un reliquaire en cristal en forme de tube.

La Couronne a été mise à l'abri à l'Hôtel de Ville.

Les autres reliques du Christ

Reliquaire du clou et du bois de la Croix, Cathédrale Notre-Dame de Paris. Wikimedia commons/Tangopaso

Outre la Couronne, la cathédrale possède un morceau d'épine qui était placé dans un reliquaire tout en haut de la flèche, aux côtés de reliques de Saint Denis et Sainte Geneviève (pour "servir de paratonnerre spirituel à Paris", avait dit le Cardinal Verdier qui en était l'instigateur au début de XXe siècle). La flèche a brûlé mais la girouette en forme de coq qui abritait ce reliquaire a été retrouvée mardi après-midi et les reliques qu'elle contenait sont intactes a affirmé Monseigneur Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale.

Notre-Dame conservait aussi dans son trésor un morceau (de la taille d'une allumette) du bois de la Croix du Christ, et un morceau de clou qui a servi à le clouer sur sa Croix. 

La tunique de Saint Louis

La tunique de Saint Louis et sa discipline (fouet en métal utilisé par le roi pour se mortifier), Cathédrale Notre-Dame de Paris. Wikimedia commons/PHGCOM

Il s'agit du vêtement porté par le roi de France Louis IX à l'arrivée à Paris, le 10 août 1239, de la Couronne d'épines et plusieurs autres reliques. Vêtu d'une simple tunique et pieds nus, le roi (et son frère) ont alors accompagné la Couronne jusqu'à Notre-Dame, où elle y est restée pendant les sept ans qu'a duré la construction de la Sainte-Chapelle. La tunique était précieusement conservée dans une vitrine du trésor de Notre-Dame.

Elle a aussi été mise à l'abri à l'Hôtel de Ville.

Les sculptures

La piéta de Notre-Dame de Paris, par Nicolas Coustou (début XVIIe siècle). Wikimedia commons/Lionel Allorge

Les sculptures sont destinées principalement à l'enseignement des fidèles, à une époque où rares sont les lettrés, et racontent la vie du Christ, de ses disciples, ou des Saints de l'Eglise. Les sculptures, qui foisonnent notamment sur la façade, ont été en partie détruites à la Révolution Françaises, puis refaites par l'architecte Eugène Viollet-le-Duc au XIXe siècle. 

A l'intérieur, parmi les plus remarquables, il y a l'ensemble de choeur réalisé au début du XVIIIe sous Louis XIV : une piéta (statue de la Vierge accueillant la dépouille de son fils lors de sa descente de la Croix) en marbre par Nicolas Coustou, entourée à droite par une statue de Louis XIII par Guillaume Coustou et à gauche une de Louis XIV d'Antoine Coysevox. L'ensemble est accompagné d'une série de statues d'anges en bronze portant des instruments de la Passion du Christ (lance, clou, éponge...).

Dans le transept, contre le pilier droit, s'élevait également une élégante statue d'une Vierge à l'Enfant, datée du XIVe siècle.

D'autres statues décoraient les chapelles latérales et les chapelles rayonnantes, notamment des monuments funèbres de prélats du XIXe siècle. 

Les vitraux

Détail des vitraux de la rose sud, Cathédrale de Paris. Wikimedia commons/Carlos Delgado; CC-BY-SA

Seules les trois roses (ou rosaces, c'est pareil) de Notre-Dame sont encore ornées de vitraux médiévaux mais pas à 100%, car au fil du temps il a fallu remplacer des morceaux abîmés. Les autres ne sont pas d'origine. Ils ont été réalisés principalement aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles. Derniers en date, les vitraux des fenêtres hautes et de la tribune ont été réalisés dans les années 60 par le maître verrier Jacques Le Chevallier.

Le ministre de la Culture Franck Riester a indiqué mardi que "les grandes roses n'ont apparemment pas subi de dommages catastrophiques".

Le mobilier

L'un des lustres de Notre-Dame. Pxhere/loriheron

Une grande partie du mobilier de Notre-Dame date du XIXe siècle, installé à l'occasion de la rénovation de l'édifice entreprise par Eugène Viollet-le-Duc et son associé Jean-Baptiste Lassus (trop souvent oublié car il est mort avant la fin du chantier). Les lustres par exemple ont été dessinés par Viollet-le-Duc lui-même qui a ensuite confié leur réalisation à des orfèvres reconnus de son époque. 

Les chaises en bois de la nef sont en revanche plus contemporaines. Idem pour l'autel central et l'ensemble qui l'accompagne, ambon, cierges, statues de Saint Denis et de ses deux compagnons sur le pilier gauche, refait pr Jean et Sébastien Touret sous l'épiscopat de Monseigneur Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris de 1981 à 2005. 

Les orgues

Les grandes orgues de Notre-Dame. Wikimedia commons/Frédéric Deschamps

Au nombre de trois à Notre-Dame. Le plus ancien est le grand orgue dont le buffet est situé au-dessus du portail central. Ses cinq claviers et ses huit mille tuyaux accompagnent les grandes cérémonies religieuses. 

Plus petit, l'orgue de choeur (2 000 tuyaux), au dessus des stalles nord du clergé, possède un buffet néogothique du XIXe siècle. 

Enfin un orgue "positif", mobile, est également utilisé pour assurer la continuité entre le soliste et le choeur de la maîtrise (chorale) de Notre-Dame de Paris. 

Philippe Lefèvre, l'un des trois organistes titulaires de la cathédrale, a assuré à l'AFP que le grand orgue n'avait "pas été brûlé". Il "en partie préservé, mais il est recouvert par des gravats, de la poussière et de l'eau", a-t-il ajouté. "Dans les mois qui viennent, tout cela va sécher et risque de provoquer des problèmes de structure." Philippe Lefèvre a aussi affirmé à l'AFP que le petit orgue "a été endommagé".

Les tableaux

La Conversion de Saint Paul, Laurent de La Hyre, may de Notre-Dame. Wikimedia commons

De nombreux tableaux ornent les murs de la cathédrale. Parmi eux, une série de "mays", appelés ainsi car la corporation des orfèvres de Paris en a offert un quasiment chaque année au 1er mai (la graphie n'était pas fixée) à la cathédrale de 1630 à 1707. Le thème de ces tableaux monumentaux, racontant notamment les Actes des Apôtres (l'activité des disciples de Jésus après son Ascension), était choisi en amont avec le clergé de Notre-Dame et sa réalisation confié à des artistes peintres de l'époque. Aubin Vouet, Georges Lallemant, Charles Le Brun, Laurent de La Hyre ou encore Jean-Baptiste de Champaigne ont ainsi oeuvré à ces mays qui étaient accrochés sur les piliers de la nef, la transformant à l'époque en galerie d'art contemporain gratuite.

Confisqués sous la Révolution, seule une partie d'entre eux est revenue à la cathédrale. Certaines toiles sont conservées au musée des Beaux-Arts d'Arras et d'autres sont dans les réserves du musée du Louvre. Ces tableaux n'ont pas pu être décrochés lundi soir, a affirmé le recteur de la cathédrale, Monseigneur Patrick Chauvet. "Les grandes peintures ne pourront être retirées qu'à partir de vendredi matin", a indiqué le ministre de la Culture Franck Riester. "Il n'y a pas de dommage lié à l'incendie mais à la fumée. Elles seront déshumidifiées, protégées et restaurées".

 

Cet article a été mis à jour après la découverte mardi 16 avril après-midi de la girouette de la flèche et la confirmation que ce qu'elle contenait était intact.


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