La première image d'un trou noir prise en utilisant un réseau de télescopes du projet international Event Horizon Telescope (EHT) et dévoilée le 10 avril 2019. Event Horizon Telescope (EHT)/National Science Foundation/via REUTERS

Les trous noirs sont trop lointains pour représenter un réel danger pour la Terre. Mais en savoir plus sur ces masses mortelles représenterait un grand pas vers la compréhension de la nature de notre univers. C'est pourquoi la communauté scientifique attendait avec impatience depuis deux ans de voir la première photo d'un trou noir ce mercredi 10 avril 2019. Malgré l'effervescence, rien n'a filtré avant la conférence de presse organisée simultanément dans six villes dans le monde dont Bruxelles, Washington et Tokyo. A cette occasion, un groupe de scientifiques du projet international Event Horizon Telescope (EHT) a dévoilé au public — pour la première fois — la photographie d'un trou noir supermassif. Prendre en photo un trou noir n'est pas une chose facile en raison de sa nature même : le trou noir ne permet pas à la lumière de s'échapper, ce qui rend cette masse presque invisible. L'image présentée est donc l'ombre ou la silhouette d'un trou noir.

L'image, qui représente un halo de couleur jaune orangé, flou et avec une distribution du rayonnement asymétrique — on voit plus de lumière en bas qu'en haut — avec une zone sombre au centre, est "en accord avec ce qu'on s'attendait à voir. Ce qui est surprenant, c'est finalement que cette image soit si proche des simulations faites auparavant", a commenté Frédéric Vincent, chercheur CNRS à l'Observatoire de Paris, à Business Insider France. Le spécialiste des trous noirs a ajouté que "c'est impressionnant d'avoir des détails aussi fins", car "ce qu'on voit sur l'image a la taille occupée par un pamplemousse vu sur la Lune depuis la Terre et la zone sombre au centre équivaut à la taille de l'étiquette collée au pamplemousse."

La photo montre le trou noir M87, situé au centre de la galaxie Vierge A, dont la masse représente 6,5 milliards fois celle du Soleil et qui est située à 53 millions d'années-lumière de la Terre. Les trous noirs — dont la taille varie — se forment lorsque des étoiles massives s'effondrent à la fin de leur cycle de vie. Les trous noirs appelés "supermassifs" sont les plus grands, grandissant en masse à mesure qu'ils dévorent la matière et le rayonnement et peuvent fusionner avec d'autres trous noirs.

Cette image a été réalisée à l'aide de données d'observation capturées depuis avril 2017 par un réseau mondial de télescopes constituant le plus grand télescope au monde virtuel. Ce réseau comporte des télescopes dans l'Arizona et à Hawaï, au Mexique, au Chili, en Espagne, en Antarctique, ainsi qu'en France et au Groenland. "C'est un grand jour pour l'astrophysique. Nous sommes en train de voir ce qui n'est pas visible", a indiqué France Córdova, directrice de la National Science Foundation, rapporte Reuters.

Concernant l'autre trou noir "Sagittarius A*" — situé au centre de notre galaxie de la Voie Lactée, ayant 4 millions de fois la masse du Soleil et situé à 26 000 années-lumière de la Terre —, les scientifiques ont indiqué qu'ils devaient encore travailler dessus avant de dévoiler une image, car "sa rotation est des milliers de fois plus rapide" que celle de M87.

Selon la théorie de la relativité générale d'Einstein, un trou noir est si massif et tourne si vite qu'il déforme l'espace-temps, ce qui fait que rien ne peut se libérer de son attraction gravitationnelle. La théorie dit aussi que ces forces créent une ombre unique sous la forme d'un cercle parfait, c'est-à-dire la sphère noire qui se trouve au centre. Les observations de l'équipe du projet EHT semblent conforter cette théorie datant de 1915. L'astrophysicien Dimitrios Psaltis de l'Université de l'Arizona, l'un des scientifiques du projet EHT, a ainsi déclaré : "La taille et la forme de l'ombre correspondent aux prédictions précises de la théorie générale de la relativité d'Einstein, ce qui conforte notre confiance en cette théorie vieille d'un siècle".

Cette image du trou noir M87 n'est que la première parmi d'autres, a avancé Frédéric Vincent, spécialiste du trou noir Sagittarius A*. "Il y aura sûrement d'autres images de plus en plus nettes à l'avenir. Cette image de trou noir ne constitue qu'une première étape."

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