Derrière le piratage du téléphone de Jeff Bezos, il existe une véritable économie de l’espionnage

Le DG d'Amazon, Jeff Bezos, aurait été victime d'une technologie de spyware avancée. Joshua Roberts / Reuters

Une startup israélienne de service de renseignement accusée d'avoir aidé l'Arabie saoudite à traquer ses adversaires, pourrait être la clé des nouvelles affirmations de Gavin de Becker, le consultant en sécurité du DG d'Amazon, Jeff Bezos. Dans une tribune publiée samedi sur le site The Daily Beast, Gavin de Becker a déclaré que son équipe était arrivée à la conclusion que l'Arabie saoudite "avait eu accès au téléphone de Jeff Bezos et avait obtenu des informations confidentielles", à la suite de son enquête sur la manière dont les textos de Jeff Bezos échangés avec sa petite amie Lauren Sanchez se sont retrouvés entre les mains de l'hebdomadaire américain The National Enquirer.

Un gouvernement étranger qui surveille un puissant DG américain en utilisant des technologies de pointe ? On dirait presque un roman d'espionnage. Mais il s'avère que le piratage des téléphones portables est une pratique bien établie et que la technologie sous-jacente — connue sous le nom de "spyware d'interception licite" — représente une industrie à 12 milliards de dollars (10,7 milliards d'euros).

Le logiciel peut hacker des textos, des emails et des applications

Même si Gavin de Becker a omis d'affirmer que l'Arabie saoudite avait eu accès au téléphone de Jeff Bezos, sa tribune libre fait le lien avec un article du New York Times sur les "mercenaires sur Internet", notamment le groupe NSO, DarkMatter et Black Cube — des entreprises qui utilisent des prouesses techniques d'espionnage avancées pour les mettre dans les mains des gouvernements du monde entier.

Le groupe le plus établi est le groupe israélien NSO, une startup israélienne à 1 milliard de dollars, qui a pour mission d'aider les "agences gouvernementales à prévenir et à enquêter sur le terrorisme et le crime afin de sauver des milliers de vies dans le monde entier".

Le groupe NSO a été fondé en 2008 par Shalev Hulio et Omri Lavie pour aider les fournisseurs de téléphonie mobile à accéder aux téléphones de leurs clients afin d'effectuer des opérations de maintenance.

Depuis lors, la société a aidé l'Arabie saoudite à "repérer ses adversaires", puis le Mexique à faire la "chasse aux barons de la drogue", et a gagné des millions de dollars en effectuant un travail similaire pour des dizaines de gouvernements, selon une enquête du New York Times.

La technologie principale du groupe NSO, Pegasus, est sortie en 2011. Pegasus permet à ses utilisateurs de collecter des données à distance à partir d'applications pour smartphone telles que Facebook, WhatsApp et Skype, ainsi que des textos, des emails, des appels et des données de localisation, "dans les airs sans laisser de trace", selon l'enquête du New York Times. 

Même si aider le Mexique à attraper des barons de la drogue relève d'une mission déclarée du groupe NSO, la société est au centre d'une action en justice. En effet, sa technologie aurait été utilisée par l'Arabie saoudite pour espionner le journaliste Jamal Khashoggi, assassiné au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul en octobre 2018.

Le groupe NSO a également travaillé avec les Émirats arabes unis, qui ont été surpris en train d'installer le logiciel de NSO sur le téléphone portable du militant des droits de l'homme Ahmed Mansoor, selon le New York Times.

Une porte-parole de la NSO a déclaré que sa technologie n'avait pas été utilisée sur Jeff Bezos.

"Nous pouvons affirmer sans équivoque que notre technologie n'a pas été utilisée dans ce cas. Nous en sommes sûrs car notre logiciel ne peut pas être utilisé sur des numéros de téléphone américains", a déclaré la porte-parole. "Notre technologie, concédée sous licence uniquement pour prévenir ou enquêter sur les crimes et le terrorisme, n'a été utilisée par aucun de nos clients pour cibler le téléphone de M. Bezos."

NSO face à une forte concurrence

NSO Group n'est pas le seul acteur de l'espionnage international.

Le New York Times a découvert une vive concurrence entre le groupe NSO et la société émiratie DarkMatter, qui aurait été formée après le refus de la société américaine CyberPoint de violer la loi américaine à la demande des Émirats arabes unis en piratant des codes de cryptage et des sites Web hébergés sur des serveurs américains.

La mission de DarkMatter est de créer un monde "où les entreprises et les gouvernements exploitent et maximisent les avantages de l'environnement numérique de manière efficace et en toute sécurité".

Mais ses techniques vont au-delà du piratage des téléphones portables. La firme aurait piraté un moniteur pour bébé dans la maison d'Ahmed Mansoor afin d'écouter ses conversations.

Version originale : Becky Peterson/Business Insider

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