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Des centaines de milliers d'espèces sont menacées d'extinction, mais les méduses prospèrent dans les eaux chaudes et polluées

Des centaines de milliers d'espèces sont menacées d'extinction, mais les méduses prospèrent dans les eaux chaudes et polluées
© Lizzie Daly, biologiste et présentatrice sur une chaîne de télévision orientée vers la faune sauvage, nage près d'une méduse géante dans la Manche, en juillet 2019. Dan Abbott, underwater cinematographer with Wild Ocean Week

Des éléments de plus en plus nombreux suggèrent que la planète est au beau milieu d'une sixième extinction de masse. Selon un rapport de l'ONU, entre 500 000 et un million d'espèces végétales et animales seraient menacées d'extinction dans les décennies à venir. La pollution, la disparition des habitats naturels, le réchauffement des océans cumulés à d'autres conséquences du changement climatique entraînent une baisse des populations animales à un rythme sans précédent.

Mais un groupe de créatures tire paradoxalement avantage de cette situation plus qu'inquiétante : les méduses. Elles parcourent la Terre depuis 500 millions d'années. Selon le Smithsonian Institute, on dénombre environ 4 000 espèces de ces résidents sous-marins en forme de clochette. Au cours des deux dernières décennies, les populations mondiales des nombreuses espèces de méduses n'ont fait qu'augmenter. Des essaims, connus sous le nom de "floraisons de méduses", sont devenus plus fréquents à travers le monde, entraînant la fermeture de plages, des pannes d'électricité et la mort d'autres poissons.

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Des recherches récentes ont révélé que l'augmentation des populations de méduses peut également être liée à l'activité humaine. Alors que les gaz à effet de serre emprisonnent la chaleur sur la planète, les océans — qui absorbent 93 % de cet excès de chaleur — se réchauffent. Contrairement à de nombreuses espèces marines, les méduses peuvent prospérer dans des eaux plus chaudes avec moins d'oxygène. Leurs prédateurs naturels, comme les tortues et les requins, sont eux surpêchés par l'homme.

Voici les raisons pour lesquelles les méduses pullulent, et pourquoi leur explosion démographique pourrait s'avérer dangereuse.

Les méduses se composent à 95% d'eau. Elles n'ont pas de cerveau, d'estomac, d'intestin ni de poumons.

Flickr/brianandjaclyn

À la place, l'oxygène et les nutriments pénètrent dans leur organisme à travers leurs couches gélatineuses de peau transparente.

Elles se déplacent en contractant rapidement leur cloche en forme de champignon pour en expulser l'eau, ce qui les propulse vers l'avant.

Port of San Diego

Lorsqu'elles chassent, leurs tentacules arrières se frottent contre leur proie, l'immobilisant grâce à de minuscules dards remplis de venin. Les tentacules remontent ensuite la proie vers la cavité corporelle de la créature, où elle est digérée.

Ces animaux sont des 'mangeurs opportunistes', c'est-à-dire qu'ils ingèrent à peu près n'importe quoi : le plancton microscopique, les crustacés et les larves de poissons sont tous des gibiers potentiels.

Marisa Vega Photographer/Getty Images

Des cas de cannibalisme ont même été observés, selon le Smithsonian Institute.

L'absence d'organes complexes permet aux méduses de s'adapter facilement aux conditions changeantes des océans.

Richard Green/Reuters

Les méduses ne sont pas vulnérables aux fluctuations de température, d'acidité et de salinité contrairement les autres espèces marines, selon JSTOR Daily.

Au cours des cent dernières années, la température moyenne à la surface des océans a augmenté d'environ 0,9°C, selon la National Oceanic and Atmospheric Administration. L'année 2018 a été la plus chaude jamais enregistrée pour les mers.

Vertigo3d/Getty Images

Des eaux plus chaudes renferment moins d'oxygène. La combinaison de ces deux éléments nuit gravement à de nombreuses créatures marines, comme le corail, mais pas aux méduses. Aux latitudes moyennes, la température plus élevée de l'eau provoque en réalité un développement plus rapide des embryons et des larves de méduses, et ces dernières profitent de périodes de reproduction plus longues, selon Inside Climate News.

Les méduses ont toujours été de bonnes reproductrices. Une femelle peut pondre 45 000 œufs par jour, selon le Smithsonian Magazine.

Paradoxalement, le transport maritime et l'industrie du forage sous-marin profitent également aux méduses. L'un de leurs stades de reproduction, celui des polypes, exige qu'elles s'installent sur une surface dure.

Alyssa Janco/Getty Images

Selon le Smithsonian Institute, il est plus facile pour les polypes de méduses de s'attacher à des structures artificielles comme des quais ou des plateformes pétrolières que sur le sable ou les rochers des fonds marins. De nombreux polypes tolèrent également les environnements à faible teneur en oxygène.

Lorsque les engrais issus de l'agriculture se déversent dans les rivières, puis dans les eaux côtières, c'est un véritable festin qui s'offre aux méduses.

Krishan Lad / EyeEm / Getty Images

Lorsque de fortes concentrations d'engrais ruissellent et pénètrent dans l'océan, les populations de plancton et d'algues explosent. Cette prolifération d'algues appauvrit davantage le niveau d'oxygène, provoquant ce que l'on appelle une "zone morte" dans laquelle la vie marine ne peut, en théorie, survivre. Mais certaines méduses y parviennent. Ces créatures se nourrissent sans restriction de plancton, de sorte que les zones mortes leur offrent une variété de victuailles qu'elles sont libres de dévorer sans concurrence. Le nombre de zones côtières mortes a doublé chaque décennie depuis les années 1960 ; il y en a maintenant environ 500, selon le Smithsonian Magazine.

La pêche intensive contribue également à la prolifération globale des méduses.

Reuters

En temps normal, les populations de méduses sont régulées par des prédateurs marins tels que les tortues de mer et les poissons comme le thon. Mais ces populations diminuent en raison de la surpêche : chaque année, au cours des deux dernières décennies, entre 100 millions et 120 millions de créatures marines ont été retirées des océans. Selon le Smithsonian Institute, la pêche élimine également les concurrents des méduses pour la nourriture ; les anchois et les calmars mangent le même type de plancton que les méduses. Plus ces espèces sont pêchées, plus les plancton est accessible pour les méduses.

Une étude réalisée en 2012 par l'Université de Colombie-Britannique, au Canada, a conclu que 'les populations de méduses semblent augmenter dans la majorité des écosystèmes côtiers et des mers du monde'.

L'étude a formellement lié ce phénomène à l'activité humaine.

Les groupes de méduses sont notamment appelés 'floraisons'.

Flickr/Richard Schneider

Ces essaims peuvent provoquer divers problèmes.

Ils empêchent les nageurs et les baigneurs d'entrer dans l'eau. On dénombre quelque 150 millions de piqûres de méduses chaque année dans le monde.

Jayme Godwin / EyeEm / Getty Images

Alors que les piqûres de certaines espèces sont peu douloureuses voire imperceptibles pour l'homme, certaines sont bien plus dangereuses et même mortelles.

Certaines espèces, comme la Chironex fleckeri, peuvent tuer un humain en trois minutes.

~UserGI15667539/Getty Images

Connue sous le nom de "box jellyfish", son venin cible le coeur et le système nerveux. La piqûre est si intense que les nageurs peuvent se noyer ou mourir d'une insuffisance cardiaque avant même d'avoir rejoint le rivage.

En janvier 2019, près de 4 000 personnes ont été piquées en un week-end par des vessies de mer qui ont dérivé vers la côte du Queensland, en Australie.

Kyle Hovey/Flickr

En 2018, plus d'un millier de personnes ont été piquées en une semaine après la prolifération de méduses au large des côtes du comté de Volusia, en Floride.

En grand nombre, les médusent peuvent obstruer les tuyaux des centrales électriques et provoquer leur arrêt.

Alyssa Janco/Getty Images

Le 10 décembre 1999, 40 millions de personnes vivant sur l'île philippine de Luzon ont été privées d'électricité après que des milliers de méduses ont été aspirées dans les tuyaux de refroidissement d'une centrale à charbon locale.

En 2011, des méduses ont pris d'assaut le système de refroidissement d'une centrale à charbon près de Hadera, en Israël.

Ronen Zvulun/Reuters

Deux ans plus tard, des méduses ont également été aspirées par les tuyaux de refroidissement d'un réacteur nucléaire suédois, entraînant l'arrêt de l'exploitation.

Les essaims de méduses peuvent aussi être mortels pour d'autres créatures marines.

alonsoleon9/Getty Images

En 2007, un essaim de méduses mauves de 25 kilomètres carré a tué 100 000 saumons dans une pisciculture au large des côtes de l'Irlande. Dans l'ensemble, de plus en plus de preuves suggèrent que les océans, à l'origine dominés par les poissons, pourraient être en passe de devenir un écosystème où les méduses règnent en maîtres. Selon une étude de 2009, l'impact de l'activité humaine, comprenant la pêche intensive, les changements climatiques et la modification de l'habitat, "semblent favoriser la prolifération des méduses au détriment d'autres organismes marins".

Version originale : Aylin Woodward/Business Insider US

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