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Des chauffeurs routiers racontent les avantages et les aspects méconnus de leur métier

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Le métier de chauffeur routier n'est pas fait pout tout le monde, mais ses avantages sont nombreux. © Mak/Unsplash

Préjugés tenaces, stricte réglementation, inconfort... Alors que pendant longtemps, le métier de chauffeur routier a attiré de nombreux jeunes ayant soif de voyage, la profession ne fait plus rêver, et la relève peine à se constituer parmi des conducteurs poids lourds vieillissants. En effet, les réglementations successives ont progressivement entamé la liberté dont les routiers bénéficient. Et la pandémie de Covid-19 n'a rien arrangé, révélant le manque de considération dont pâtit la profession, pourtant essentielle.

Toujours est-il qu'en 2017, l'Insee dénombrait encore 308 000 routiers en France. Preuve que, si l'intérêt porté à la profession est en recul, de nombreux chauffeurs tiennent à ce mode de vie si particulier. Car il comprend toujours des avantages : autonomie, voyage, solitude... Après avoir interrogé des conducteurs sur les désagréments qu'ils rencontrent dans leur métier, Business Insider France s'est penché sur les atouts et les aspects méconnus qu'il présente. Voici ce que les conducteurs ont répondu :

Routier, 'un métier idéal pour les solitaires'...

"Traverser l'Europe, voir les villes défiler, les paysages se succéder, seul au volant... C'est pour ces moments-là qu'on fait ce métier", raconte Blaise. Han Chenxu/Unsplash

Quand on lui demande quels sont les avantages du métier de routier, Philippe, qui travaille à l'international et gère le site "Fier d'être routier", n'hésite pas : "C'est un métier idéal pour les solitaires", estime-t-il. "Traverser l'Europe, voir les villes défiler, les paysages se succéder, seul au volant... C'est pour ces moments-là qu'on fait ce métier", confirme Blaise, employé d'une petite entreprise de transport basée près de Lyon. "C'est comme une addiction. Je ne pourrais pas vivre autrement".

... et les voyageurs

"On y traverse également de grands espaces. Une fois sorti des villes, c'est très dépaysant. En plus tout y est très bien organisé", raconte Philippe au sujet de la Suède. Seb Creativo/Unsplash

"On est libres, on voyage...", raconte Philippe. Ses destinations préférées ? L'Espagne, "pour ses grands espaces et le peu de circulation." "J'aime aussi l'Italie.", poursuit-il. "Les gens y sont sympas, même si les infrastructures ne sont pas au top. C'est un peu la 'dolce vita'." Il apprécie aussi travailler en Suède : "On y traverse également de grands espaces. Une fois sorti des villes, c'est très dépaysant. En plus tout y est très bien organisé". Samuel, artisan routier (indépendant), part moins loin. Mais il affectionne tout de même les escapades dans les pays limitrophes. Notamment en Allemagne et en Angleterre où "les comportements sont meilleurs sur la route".

L'autonomie, l'essence de la profession

"Ma journée de travail, je la gère comme je veux", raconte Julien. Bruno/Pixabay

"On a une capacité à s'organiser tout seul", apprécie Julien, qui roule à la semaine à l'international. "Bien sûr, on a aussi des comptes à rendre, comme tous les salariés", tempère-t-il. "Mais ma journée de travail, je la gère comme je veux. Si j'ai envie de m'arrêter, je m'arrête." Une autonomie de plus en plus menacée par la loi et par certains employeurs. "Certains conducteurs sont géolocalisés et suivis par leurs patrons", révèle-t-il.

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L'absence de routine

"Cela reste un métier où l'on a des décisions à prendre. On choisit quel itinéraire prendre, quelle route emprunter", rapporte Samuel. ALE SAT/Unsplash

Malgré les restrictions, Samuel apprécie également la liberté dont bénéficient les conducteurs : "Cela reste un métier où l'on a des décisions à prendre. On choisit quel itinéraire prendre, quelle route emprunter..." Pierre, qui livre des piscines à des particuliers, confirme : "Je ne fais jamais la même chose ! C'est un métier où il n'y a pas de routine et beaucoup d'autonomie : je suis tout seul et j'organise ma journée comme je le souhaite. Tant que le boulot est fait. Il admet que cette autonomie est en recul, notamment à cause du "fichage et de la géolocalisation, de plus en plus présents".

Une rémunération convenable pour un métier accessible

Pierre est satisfait du "salaire de technicien supérieur" qu'il perçoit sans avoir fait d'études. Jahongir Ismoilov/Unsplash

Pour Pierre, le métier de conducteur routier est une "passion". Mais c'est aussi une profession à laquelle il a pu accéder "sans avoir fait d'études". Il raconte avoir été en échec scolaire durant sa jeunesse, et se réjouit de bénéficier aujourd'hui d'un "salaire de technicien supérieur". Idem pour Blaise : s'il affirme qu'il continuerait à exercer le métier de chauffeur routier "même payé au Smic", il peut compter sur une relative aisance financière, qui lui permet de subvenir aux besoins de son fils étudiant et de s'adonner sans inquiétude pécuniaire à ses loisirs lorsqu'il rentre le week-end.

Très peu de chauffeurs routiers travaillent avec un GPS...

"Beaucoup de chauffeurs travaillent, comme moi, sans GPS", révèle Julien.  Julentto Photography/Unsplash

"C'est frappant comme la plupart des gens s'imaginent qu'on a tous un un GPS installé d'office dans les camions. Ce n'est pas du tout la réalité. Beaucoup de chauffeurs travaillent, comme moi, sans GPS. C'est tout à fait faisable avec des cartes et les outils comme Google Maps et Google Earth", explique Julien. C'est également le cas de Blaise. Il prend le temps, chaque jour, d'étudier la carte afin de définir les grandes lignes de son itinéraire. "Avant de partir, j'anticipe tout mon trajet. Il faut garder en tête les temps de pause imposés par la réglementation, pour ne pas être obligé de s'arrêter dans un endroit que l'on n'aime pas".

Plus surprenant encore, les conducteurs poids lourds qui utilisent un GPS le financent bien souvent eux-mêmes. "Très peu de chef d'entreprise payent un GPS aux conducteurs", rapporte Julien. "La majorité le payent de leur poche, alors même qu'un vrai GPS professionnel vaut plusieurs centaines d'euros." "Ni moi ni mes collègues n'avons de GPS", appuie Blaise. "Jamais notre employeur ne nous en fournirait un. De toute façon, on n'en a pas besoin : on se débrouille très bien sans."

Une communauté soudée de solitaires

Un restaurant routier dans l'Oise. François GOGLINS/ Wikimedia Commons

C'est le paradoxe heureux de la profession : les chauffeurs routiers forment une communauté soudée de solitaires. "On aime la solitude, et c'est ce qui nous unit", analyse Blaise, habitué des restaurants routiers où il retrouve souvent "des connaissances, devenues des amis au fil des ans". "On n'est jamais totalement isolé sur les routes. On trouve souvent de la camaraderie entre les conducteurs, même lorsqu'on ne parle pas la même langue", se réjouit-il.

Vous êtes vous-même chauffeur routier, vous voulez nous parler de votre métier ou nous divulguer une information ? Ecrivez-nous à mgabriel@prismamedia.com.

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