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Des Français bloqués à l'étranger sont contraints de payer des sommes folles pour un billet d'avion retour

Des Français bloqués à l'étranger sont contraints de payer des sommes folles pour un billet d'avion retour
S'ils veulent rentrer en France depuis la NouvelleZélande, des Français devront payer 1800 euros par personne leur billet sur Qatar Airways. © Paul Yeung/Bloomberg via Getty Images

C'est une députée qui le dit : le rapatriement des Français actuellement à l'étranger est "une terrible galère", juge Anne Genetet, députée LREM des Français de l'étranger, au micro d'Europe 1. Vols commerciaux annulés, frontières qui se ferment, perte de titres de séjours à cause d'un licenciement, motifs de santé et familiaux... les raisons sont multiples pour expliquer le retour de compatriotes dans l'Hexagone. Il s'agit surtout d'expatriés et d'étudiants en échange mais aussi de touristes qui ne veulent pas rester coincés à l'autre bout du monde. C'est le cas de Mathieu et Amélie*, qui doivent écourter au bout d'un mois, "le voyage d'une vie" qui devait les amener en Nouvelle-Zélande, aux Fidji et en Nouvelle-Calédonie. Depuis Auckland, ils sont confinés, avec un autre couple rencontré lors de leur périple, dans une petite maison avec jardin, louée sur Airbnb. Ils ont prévu de rentrer le 11 avril.

Mais de toute façon, l'Ambassade ne leur a pas laissé le choix. "Ils nous ont dit qu'il fallait partir avant le 17 avril au risque d'être bloqués sur place jusqu'au 31 mai puisqu'il n'y aura plus de vol régulier", confient-ils au téléphone à Business Insider France. En revanche, le rapatriement sera à leurs frais : 3600 euros à deux en voyageant avec Qatar Airways pour Paris via Doha. "Nous travaillons activement pour que les compagnies offrent des solutions commerciales proposées aux ressortissants français. Celles-ci seront toujours payantes", a écrit l'Ambassade aux milliers de Français qui ont sollicité un retour. "C'est une somme conséquente mais il n'y a rien de grave pour nous. Notre budget voyage est de toute façon perdu. On pense surtout aux familles. Pour un couple, avec deux enfants, ça fait plus de 7 000 euros ! Comment font-ils s'ils ne peuvent pas payer cette somme ?", s'interrogent Mathieu et Amélie.

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'Emmanuel Macron fait croire à la télévision qu'il gère. Mais il ne gère rien du tout.'

Les déclarations de l'Exécutif ont créé un certain émoi chez ces Français de l'étranger. Notamment celle d'Emmanuel Macron, le 16 mars dernier, qui assurait "que nous organiserons, pour celles et ceux qui le souhaitent et là où c'est nécessaire, leur rapatriement." "Tout le monde avait compris que la France se portait garant du retour. Mais il n'en a rien été. Je suis en colère. Il fait croire à la télévision qu’il gère mais il gère rien du tout", répond Michael, revenu du Vietnam le 22 mars dernier. Il assure qu'il y a encore plusieurs centaines de Français sur place. "Certains n'ont pas pris les vols Air France affrétés, mais payants, car ils étaient persuadés que la France les rapatrierait gratuitement".

Michael a dû payer 700 euros pour rentrer avec Emirates alors que son vol d'origine, le même jour, a été supprimé par Vietnam Airlines. "Ils nous ont convoqués dans une agence à Hanoi qui était bondée, nous invitant à racheter des billets avec d'autres compagnies. Ils m'ont remboursé les taxes d'aéroports : 76 euros..." Comme en Nouvelle-Zélande, les services diplomatiques lui ont proposé de passer par Qatar Airways. "C’est horrible. L'Etat n’honore pas sa parole et en plus engraisse des compagnies étrangères", fulmine le Lyonnais.

Pourtant, ce jeudi 26 mars, le secrétaire d’État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari a confirmé que des vols seraient affrétés par le gouvernement, en coordination avec d’autres pays comme l’Allemagne, pour faire rentrer des Français d'ici quelques jours. Il y en aurait 10 000 à 15 000 qui rentrent chaque jour selon le ministre. Une prise de parole qui contraste avec ce que vivent les Français en transit à 18 000 kilomètres de Paris. Si Mathieu et Amélie trouvent "normal que les gens paient pour rentrer", ils ne comprennent pas ces prix. "C'est fou que cela soit aussi cher pour rentrer. L'Etat aurait pu négocier un tarif raisonnable. J'ai regardé, un vol sec (sans retour), avec une ou deux escales, c'est autour de 800 euros par personne. C'est plus raisonnable. Ce n’est pas la faute de la France mais il faut pouvoir se les payer."

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Des jours, des semaines pour rentrer

L’éloignement de la France, l’absence de vols directs et de desserte Air France compliquent le rapatriement depuis Auckland. Selon la diplomatie française, il a fallu que le ministère des Affaires étrangères négocie avec le Qatar pour maintenir ouverte une voie de transit pour les vols vers la France ainsi que pour obtenir le maintien de la desserte de la Nouvelle-Zélande par Qatar Airways et obtenir des vols supplémentaires. "Ce matin, plus de 2 000 places supplémentaires ont été mises en ligne sur le site de la compagnie avec des vols s’échelonnant jusqu’au 17 avril", soulignent les services de l'Ambassade dans un mail que nous avons pu obtenir.

Au Niger, la situation est aussi floue mais un rapatriement serait possible cette fois. Les services consulaires organiseraient des vols de rapatriement. L'Ambassade de France serait en train d'organiser un premier vol, selon la directrice pays d'une ONG sur place. Mais il faudra s'armer de patience : il faudra probablement compter plusieurs jours, voire semaines avant de pouvoir rentrer, selon des informations diffusées sur place.

Contactés, ni le ministère de la Transition écologique et solidaire ni celui de l'Europe et des Affaires Etrangères ne nous ont encore répondu.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.

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