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Des investisseurs américains prédisent un krach boursier historique, faut-il les croire ?

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Les traders à la Bourse de New York vont-ils assister à une chute des marchés ces prochains mois ? © Michael Nagle/Bloomberg via Getty Images
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Outre-Atlantique, plusieurs économistes et gérants de fonds réputés ont tiré la sonnette d'alarme ces derniers mois. Nouriel Roubini, qui avait prédit la crise des subprimes de 2007, alerte sur des prises de risque excessives sur les marchés. La combinaison de taux très faibles et de mesures budgétaires incitent les investisseurs à se lancer dans des paris audacieux, selon le professeur à la Stern School of Business de l'université de New York. Michael Burry, l'investisseur star du livre et du film "The Big Short", qui avait aussi anticipé la crise financière, évoque de son côté un krach imminent, soulignant l'engouement irrationnel pour les cryptomonnaies et des actions d'entreprises devenues des mèmes internet.

Même son de cloche du côté de Jeremy Grantham, vétéran de la finance et cofondateur de la société d'investissement GMO, qui parlait il y a quelques mois de "bulle épique" sur les marchés. L'indice S&P 500, qui regroupe les 500 plus grandes entreprises américaines en Bourse, a touché un nouveau plus haut mercredi 14 juillet. En France, le CAC 40 évolue toujours près du sommet atteint au tout début des années 2000, avant l'éclatement de la bulle internet.

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"Les cours des actions ne reflètent pas la valeur intrinsèque des entreprises", estime Georges Ugeux, patron de la banque d'affaires Galileo Global Advisors et professeur à l'université de Columbia. "La correction n'est donc qu'une question de temps. Elle sera d'au moins 20-25%, peut-être même davantage", annonce-t-il au quotidien belge L'Echo.

Les banques centrales soutiennent toujours les marchés

Mais Christophe Barraud, chef économiste chez le courtier Market Securities, ne croît pas à une nouvelle crise financière à court terme, "car il y a énormément de liquidités sur les marchés". Les banques centrales des pays riches (Fed, Banque centrale européenne, Banque du Japon...) ont acheté plus de 10 000 milliards de dollars d'actifs depuis le début de la pandémie, précise Le Nouvel Economiste. Des injections massives de liquidités qui ont porté les marchés et continuent de les soutenir. Sans parler des plans de relance des gouvernements.

"Pour l'instant, il y a plutôt eu un assainissement, notamment sur la situation financière des ménages aux Etats-Unis", estime Christophe Barraud. "L'argent distribué par l'État a été épargné ou servi à rembourser des échéances de prêt", relève celui qui est sacré chaque année depuis 2012 meilleur prévisionniste au monde sur les statistiques américaines par Bloomberg. Le seul risque éventuel se trouve du côté des loyers américains, "qui progressent vite", pointe Christophe Barraud. Ils affichent une croissance de 9,2% depuis le début de l'année, contre 2 à 3% les années précédentes, selon la place de marché américaine Apartment List.

L'inflation sous surveillance

L'inflation des prix est surveillé de près par les investisseurs. "Sur un horizon de deux-trois ans, elle sera sûrement supérieure à sa moyenne d'avant-crise, en raison des disruptions sur le commerce international, de la pénurie sur le marché du travail lié à une moindre migration et des départs anticipés à la retraite dans les pays développés, ou encore des tensions sur le logement", prévient Christopher Dembik. Mais l'économiste français, directeur chez Saxo Bank, ne perçoit pas un "cercle inflationniste" périlleux sur le long terme.

Une forte inflation peut conduire la Réserve fédérale (Fed) à infléchir sa politique monétaire outre-Atlantique plus rapidement que prévu. La banque centrale américaine pourrait alors réduire ses achats d'actifs, notamment de crédits hypothécaires en cas de hausse nette et prolongée des loyers.

Ce type de scénario est susceptible d'inquiéter les marchés. En 2018, quand la Fed avait annoncé une remontée de ses taux directeurs, après la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d'arrêter son programme de rachats d'actifs — le "quantitative easing" (assouplissement quantitatif) — les Bourses avaient brusquement chuté. Le Nasdaq, indice américain regroupant la plupart des grandes entreprises tech, avait perdu plus de 17,5% au dernier trimestre 2018. Le CAC 40 avait plongé de 10,95% sur l'ensemble de l'année.

Pas d'actifs financiers toxiques comme les subprimes

Christopher Dembik se montre toutefois rassurant. "Si les banques centrales opèrent demain un réinvestissement des dettes publiques (acquises dans le cadre de leurs achats d'actifs, ndlr), ce sera extrêmement lent et conditionné au fait qu'il y ait une croissance suffisamment importante", souligne-t-il.

Autrement dit, les banques centrales ne retireront pas leur soutien à l'économie du jour au lendemain. Et les montagnes de dettes des États, gonflées par les plans de relance, restent peu préoccupantes aujourd'hui, dans la mesure où elles sont en grande partie détenues par ces institutions. "La dette française est possédée à hauteur d'environ 30% par la BCE", rappelle l'économiste.

De plus, il ne voit pas d'actifs financiers ni de titrisation (actifs peu liquides transformés en titres financiers pour les revendre plus facilement à un ou plusieurs investisseurs) qui risquent de provoquer un risque systémique, comme les subprimes en 2007.

Que se passera-t-il quand les aides d'Etat cesseront?

Les entreprises zombies, ces sociétés qui feraient faillite sans les faibles taux d'intérêt et le soutien de l'État, ne représentent pas non plus un sujet de préoccupation majeure. "La plupart des États ont fait le choix politique de soutenir autant que possibles ces entreprises. Ils peuvent se le permettre grâce à des taux d'intérêt très bas pour s'endetter", explique Christopher Dembik. Les aides publiques ne devraient que lentement se dégonfler.

"Ces entreprises sont généralement non cotées", relève en outre Christophe Barraud. Si elles devaient faire faillite, il faudrait voir "s'il y a un effet de contagion" sur les grands groupes en Bourse, ajoute-t-il.

Mais les mesures d'exception mises en place pendant la crise sanitaire finiront bien par s'estomper. "On devrait assister à une normalisation de la macroéconomie au deuxième semestre", précise Nicolas Chéron, stratégiste marchés chez Zonebourse. "On assiste aujourd'hui à un rebond exceptionnel en Europe et aux États-Unis, mais en Chine, la croissance ralentit déjà", souligne l'analyste financier.

Les marchés continueront-ils de grimper le reste de l'année ou connaîtront-ils une nette baisse, voire une chute vertigineuse ? Toujours est-il que des figures de Wall Street comme Michael Burry, Jeremy Grantham ou Nouriel Roubini sont réputés pour leurs prédictions alarmistes, devenues presque leur fonds de commerce depuis qu'ils ont vu juste en 2007. Se trompent-ils cette fois-ci ou sommes-nous à l'aube d'une nouvelle crise financière, qui succèderait à la plus grave crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale provoquée par la pandémie?

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