Des modérateurs de Facebook craignent pour leur santé à cause des vidéos horribles qu'ils sont forcés de regarder

Leila Deen, program director at SumOfUs, holds a sign during a protest outside the Facebook 2019 Annual Shareholder Meeting in Menlo Park, California, U.S., May 30, 2019. REUTERS/Stephen Lam

"Je pense que Facebook a besoin d'être fermé." Ses mots sont ceux de Shawn Speagle, un ancien modérateur de contenus violents sur Facebook, employé par l'un des sous-traitants du géant américain, dans les colonnes du site tech américain The Verge. Shawn Speagle a 24 ans. Il est resté moins d'un an à ce poste pour lequel il n'avait pas été au départ recruté. Il craint aujourd'hui pour sa santé, à cause des vidéos horribles que les modérateurs sont forcés de regarder, au moins 15 à 30 secondes. Si Shawn Speagle craint pour santé, c'est qu'en 2018, au sein même du centre de Tampa Bay, en Floride,  un modérateur a eu une crise cardiaque à son bureau avant de décéder peu de temps après, révèle The Verge.

K Utley avait 42 ans. Plusieurs témoignages anonymes rendent compte du stress que cet ancien garde-côté ressentait au travail. "J'ai passé du temps à lui parler de ce qu'il avait du mal à voir. Et il avait toujours peur d'être viré", confie l'un de ses managers. D'ailleurs, le management aurait d'abord découragé les employés de discuter de l'accident, de peur que cela ne nuise à la productivité. Cette pression continue forcerait même les salariés à se retenir d'aller aux toilettes, scrutés de près qu'ils sont par leur manager. Car il faut aller vite. Dix secondes. C'est le temps dont disposeraient les modérateurs de Facebook pour décider de retirer un contenu en s'appuyant parfois sur des informations erronées ou obsolètes, rapportait déjà le New York Times en décembre dernier. 

A lire aussi — Des vidéos en caméra cachée révèlent la formation que suivent les modérateurs de Facebook

Dans une nouvelle enquête regroupant une douzaine de témoignages d'actuels et anciens modérateurs, The Verge décrit avec minutie les conditions de travail stressantes de ces éboueurs du web qui regardent 100 à 200 posts par jour et qui sont chargés de retirer ou non un contenu jugé haineux, violent ou dangereux. Ils seraient 15 000 dans le monde, la majorité des sous-traitants, des Etats-Unis aux Philippines.

Comme ses 800 collègues, K Utley passait son temps à purger le réseau social des pires choses que ses utilisateurs affichent quotidiennement, des meurtres à la pédopornographie. A Tampa Bay, les modérateurs ont droit à une pause déjeuner de 30 minutes et deux pauses de 15 minutes, pour 15 dollars de l'heure. Après une exposition régulière à la violence graphique et à l'exploitation des enfants, de nombreux syndromes de stress post-traumatique et de troubles connexes sont diagnostiqués chez les salariés.

Il faut dire que personne n'est préparé à regarder un iguane torturé par deux jeunes dans la rue ou une série de vidéos de prélèvements d'organes sur des jeunes enfants. "Les gens pleuraient, s'effondraient, vomissaient. C'était comme dans l'un de ces films d'horreur", raconte Shawn Speagle. Pour se détendre lors d'une journée particulièrement compliquée, l'astuce de son manager était de lui remettre un seau de Legos et de l'encourager à jouer avec eux pour soulager le stress pendant son travail...

Vous pouvez retrouver l'intégralité de l'enquête de The Verge ici.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : YouTube va vous permettre de tester du maquillage pendant que vous regardez un tuto grâce à la réalité augmentée

VIDEO: Une entreprise allemande vient de tester le premier ascenseur démuni de câbles et qui se déplace à l'horizontale