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Des modérateurs de YouTube auraient été forcés de signer un document les alertant sur leur santé mentale

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Des modérateurs de YouTube auraient été forcés de signer un document les alertant sur leur santé mentale
© REUTERS/Lucy Nicholson

Certains modérateurs de YouTube auraient été menacés de licenciement s'ils ne signaient pas un document reconnaissant que leur travail — qui consiste à passer en revue des vidéos dont le contenu est souvent macabre et dérangeant — pourrait entraîner un syndrome de stress post-traumatique et de graves problèmes de santé mentale. Le média américain The Verge rapporte que des modérateurs de contenu basés à Austin, au Texas, ont reçu des déclarations à signer concernant l'impact de leur emploi sur leur bien-être personnel.

Le document a été distribué aux employés quelques jours seulement après la publication d'un article de The Verge, révélant que plusieurs modérateurs de Youtube et Google souffraient d'un trouble de stress post-traumatique et d'un choc psychologique à cause de leur travail. A ce jour, ce document pourrait être l'un des signes de reconnaissance les plus concrets des effets de la modération de contenu sur la santé mentale des employés. Cependant, il soulève des inquiétudes : le but du document serait-il de faire assumer la charge et la responsabilité de la gestion de la santé mentale des employés aux employés eux-mêmes, plutôt qu'à l'entreprise ?

"Il est possible que le visionnage de ce contenu ait un impact sur ma santé mentale, et cela pourrait même provoquer un syndrome de stress post-traumatique", est-il écrit sur la déclaration, selon The Verge. "J'en parlerai à mon superviseur ou à mon conseiller en ressources humaines si je pense que mon travail a un impact négatif sur ma santé mentale."

Les modérateurs cités dans l'article de The Verge sont en fait employés par Accenture, l'une des nombreuses sociétés qui payent des contractuels pour analyser et modérer le contenu de Google, Facebook, Twitter et d'autres entreprises de la tech, dans des locaux externes à ces entreprises. Il existe de grands sites de modération de contenus dans des villes américaines comme Phoenix, Arizona et Tampa, en Floride, ainsi qu'en Inde, aux Philippines et à Dublin.

Le salaire minimum pour regarder des décapitations ou des suicides

Au cours des dernières années, de plus en plus d'articles rendent compte de ce qui se passe sur ces sites, et s'inquiètent des contenus macabres et dérangeants que ces employés sont chargés de visionner, notamment des décapitations, de la zoophilie et des suicides. D'autres articles ont mis en lumière les conditions horribles dans lesquelles ces contractuels travaillent, dans ces locaux de modération hors site, où ils gagnent le salaire minimum et ont peu de possibilités de se libérer de la charge émotionnelle de leur travail.

En outre, certains modérateurs de contenu ont évoqué le traumatisme psychique qu'ils ont subis à cause de leur travail. En février, un article de The Verge a détaillé des histoires d'employés qui surmontent ce trauma en faisant de l'humour noir sur le suicide, en ayant des relations sexuelles avec des collègues au bureau et en fumant de l'herbe pendant la journée. D'autres ont raconté qu'on leur a diagnostiqué des troubles de stress post-traumatique, et ont évoqué l'incapacité de leur employeur à s'occuper de leur santé mentale.

D'anciens modérateurs ont décidé de poursuivre en justice les entreprises qui les employaient, ainsi que les grandes entreprises de la tech pour lesquelles ils examinaient le contenu, pour le traumatisme psychologique qu'ils ont subi à cause de leur travail.

Le document distribué par Accenture à ses modérateurs ne dit pas clairement s'il s'agit d'une tentative de transférer la responsabilité de la prise en charge de la santé mentale sur les employés eux-mêmes, et donc de protéger l'entreprise des poursuites judiciaires des anciens modérateurs qui continuent d'apparaître.

"Je comprends l'importance de surveiller ma propre santé mentale, d'autant plus que je suis la première personne à pouvoir détecter mes propres symptômes psychologiques", est-il écrit dans le document. "Le strict respect de toutes les exigences de ce document est obligatoire... Le non-respect de ces exigences constituerait une faute grave et, pour les employés d'Accenture, pourrait justifier des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu'au licenciement".

Des menaces de licenciement à l'encontre d'employés qui ne voulaient pas signer

Un porte-parole d'Accenture a déclaré à Business Insider US que le bien-être de ses employés est la "première priorité de l'entreprise".

"Nous mettons régulièrement à jour les informations que nous donnons à nos employés pour nous assurer qu'ils ont une compréhension claire du travail qu'ils font — et du programme de bien-être que nous menons ains que des services de soutien complets que nous fournissons", a déclaré Accenture dans le communiqué.

Accenture a également déclaré à Business Insider US que la signature de ce document se faisait sur la base du volontariat, et qu'il n'y avait aucune conséquence si on ne le signait pas. Cependant, deux employés ont dit à The Verge qu'ils avaient été menacés de licenciement s'ils ne signaient pas.

Dans une déclaration à Business Insider US, YouTube a déclaré que la plateforme n'avait joué aucun rôle auprès d'Accenture dans la distribution de ce document, et a défendu l'utilisation de sociétés externes à Google pour engager des modérateurs de contenu.

"Les modérateurs font un travail vital et nécessaire pour que les plateformes numériques soient plus sûres pour tout le monde", a déclaré le porte-parole de YouTube. "Nous choisissons soigneusement les entreprises avec lesquelles nous nous associons et nous exigeons d'elles qu'elles fournissent des ressources complètes pour soutenir le bien-être et la santé mentale des modérateurs".

Version originale : Paige Leskin/Business Insider.

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