Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Des mots-clés liés au coronavirus ont émergé sur le réseau chinois WeChat bien avant que les premiers cas soient confirmés

Des mots-clés liés au coronavirus ont émergé sur le réseau chinois WeChat bien avant que les premiers cas soient confirmés
Un homme portant un masque en se promenant dans la rue à Wuhan, dans la province de Hubei, en Chine. © Getty

Une étude menée par cinq chercheurs sur les maladies infectieuses en Chine décrit une tendance surprenante sur le réseau social chinois WeChat : l'utilisation de mots-clés liés au nouveau coronavirus a augmenté de façon spectaculaire plus de deux semaines avant que les autorités chinoises ne confirment les premiers cas. L'étude, publié en février dernier, analyse la prévalence des termes "SRAS", son équivalent chinois "Feidian", "coronavirus", "essoufflement", "dyspnée" (une difficulté respiratoire qui peut être d'origine cardiaque) et "diarrhée" dans les messages et les recherches sur WeChat, du 17 novembre 2019 au 31 décembre 2019. Leurs résultats suggèrent des "pics et des augmentations anormales" dans l'utilisation de tous les mots-clés pendant cette période.

L'article est toujours en cours d'examen par les pairs, mais si ces conclusions sont confirmées, elles apporteront une preuve supplémentaire que le coronavirus a commencé à circuler des semaines avant que les premiers cas ne soient officiellement diagnostiqués et signalés par les autorités chinoises. D'autres études préliminaires ont également fait remonter la date probable de la première infection à début décembre ou mi-novembre.

L'incohérente chronologie des cas de coronavirus

Les premiers cas de ce nouveau coronavirus ont été signalés à Wuhan, en Chine, à la fin du mois de décembre. Le coronavirus est une maladie de type zoonotique, ce qui signifie qu'il est transmis de l'animal à l'homme. Les chercheurs pensent que le virus est originaire des chauves-souris et que sa propagation a été liée à un marché alimentaire à Wuhan.

Mais le calendrier précis n'est toujours pas clair. Un article publié par des chercheurs chinois dans The Lancet a analysé les 41 premiers cas cliniques et a constaté que le premier patient a présenté des symptômes de type grippal le 1er décembre 2019. Selon les données du gouvernement chinois examinées par le South China Morning Post, les autorités ont retracé le premier cas connu du nouveau coronavirus jusqu'à un homme de la province de Hubei, âgé de 55 ans, qui l'a contracté le 17 novembre 2019. Les données ne sont toutefois pas encore publiques.

Un centre d'exposition transformé en hôpital à Wuhan, le 5 février 2020. STR/AFP/Getty Images

L'analyse concernant WeChat s'est appuyée sur un répertoire en open-source des posts de la plateforme, et a également utilisé un répertoire des recherches du principal moteur de recherche chinois, Baidu. Les données ont montré que l'utilisation des termes "essoufflement" et "dyspnée" a atteint son paroxysme le 22 décembre 2019. Le terme "diarrhée" a atteint son apogée le 18 décembre 2019 (les problèmes gastro-intestinaux sont un signe précoce du coronavirus chez certains patients)."L'indice du SRAS s'est comporté de manière anormale au cours des trois premiers jours de décembre, avec un pic le 1er décembre 2019", indique le document.

Entre temps, l'utilisation de "Feidian" a commencé à augmenter le 15 décembre 2019 et est restée à des niveaux relativement élevés jusqu'au 29 décembre 2019, "avec un pic le 30 décembre 2019", écrivent les chercheurs. Cette date correspond au jour où le Dr Li Wenliang, ophtalmologue dans un hôpital de Wuhan, a partagé une note avec d'autres anciens élèves de l'école de médecine au sujet d'une maladie semblable au SRAS qui avait frappé plusieurs patients. La police a ensuite fait signer au Dr Li une lettre dans laquelle il reconnaissait avoir fait de "faux commentaires". Il a ensuite contracté le coronavirus et en est mort environ un mois plus tard.

À lire aussi —Les réseaux sociaux chinois auraient censuré les contenus sur le coronavirus dès le 31 décembre

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies ont confirmé pour la première fois des cas de ce nouveau coronavirus à Wuhan, le 31 décembre 2019.

Les médecins chinois sont vigilants face au SRAS

La population chinoise est particulièrement attentive aux maladies qui ressemblent au SRAS, racontent les chercheurs. "Parmi ces mots-clés, Feidian est particulièrement digne d'attention", indique l'enquête. "En 2003, l'épidémie de SRAS a provoqué une panique générale parmi la population chinoise et environ la moitié des victimes étaient des travailleurs de la santé. Depuis lors, les médecins chinois sont attentifs au SRAS et aux maladies similaires". Les chercheurs ont ajouté que si les médecins chinois voyaient un groupe de patients présentant des symptômes de pneumonie virale, il serait naturel qu'ils pensent au SRAS et qu'ils mentionnent Feidian sur WeChat.

Ils ont toutefois souligné que la corrélation n'est pas une cause. "On ne sait pas s'il y avait un véritable lien entre l'activité du mot sur WeChat et les premiers patients", ont écrit les auteurs de l'enquête.

De plus, toute analyse des termes qui se retrouvent en tendance en Chine est compliquée par le fait que le gouvernement chinois censure les plateformes internet et les réseaux sociaux du pays pour des "raisons de sécurité". Selon une étude du groupe de recherche Citizen Lab de l'Université de Toronto, le gouvernement chinois a commencé à censurer des mots tels que "Pneumonie inconnue de Wuhan" et "Marché de fruits de mer de Wuhan" sur YY, une plateforme chinoise de streaming en direct, dès le 31 décembre 2019.

Un nouveau type de surveillance médicale

Malgré les questions persistantes sur les tendances observées sur WeChat, les chercheurs suggèrent que leur étude démontre une façon dont l'utilisation des mots-clés des réseaux sociaux pourrait être un outil de surveillance médicale. "Les études futures pourront recueillir et analyser de manière prospective les données de WeChat afin de détecter rapidement les épidémies de type SRAS-CoV-2 ainsi que les épidémies d'autres maladies en Chine", ont-ils écrit. SARS-CoV-2 est le nom clinique du coronavirus. "Retracer la source des mots-clés qui se comportent anormalement dans WeChat, pourrait devenir une approche prometteuse pour contrôler une épidémie à son tout premier stade".

À lire aussi — La Chine lance une appli qui avertit les gens s'ils sont entrés en contact avec une personne infectée par le coronavirus

Actuellement, le gouvernement chinois s'appuie sur un système de surveillance médicale à l'échelle nationale créé après l'épidémie de SRAS pour détecter les maladies émergentes. Lorsqu'un groupe de patients présentant les mêmes symptômes de type pneumonie est arrivé dans les hôpitaux de Wuhan en décembre dernier, les médecins ont saisi dans cette base de données leur localisation, leurs informations démographiques et leur statut d'infection. Lorsque le système trouve un taux de maladie plus élevé que la normale dans une région donnée, cela indique aux analystes et aux fonctionnaires du gouvernement qu'il est nécessaire d'y regarder de plus près et peut-être de commander des tests supplémentaires.

Feature China/Barcroft Media/Getty Images

Raina MacIntyre, responsable du programme de recherche sur la biosécurité à l'Institut Kirby de Sydney, a déclaré à Business Insider US que de nombreux pays disposent cependant de systèmes de surveillance médicale moins robustes. "Certains pays ont moins de ressources et des systèmes plus rudimentaires, ce qui peut entraîner des retards et des épidémies manquées", a-t-elle déclaré. "Pour surmonter cela il faudrait utiliser des renseignements rapides sur les épidémies à partir de données open-source telles que les réseaux sociaux et les flux d'informations".

Version originale : Holly Secon / Business Insider US. Traduit de l'anglais par Mégan Bourdon.

À lire aussi — Cette carte permet de suivre en temps réel la propagation du coronavirus de Wuhan à travers le monde

Découvrir plus d'articles sur :