Donald Trump

Donald Trump à un meeting à Prescott Valley dans l'Arizona, le 4 octobre 2016. REUTERS/Mike Segar /File Photo

Le caractère inédit de la campagne de Donald Trump a poussé des chercheurs en sciences politiques à sortir de leur neutralité habituelle. 

En principe, les chercheurs en sciences politiques restent objectifs. Mais des centaines de professeurs de quelques unes des meilleurs universités du pays ont signé une lettre pour montrer combien le candidat républicain à la présidentielle américaine a méprisé la démocratie en Amérique.

Ils reconnaissent que leur devoir est de rester impartiaux pour le bien de la démocratie, mais ils se sont sentis obligés d'exprimer leurs opinions sur l'élection car ils sont "profondément inquiets à l'idée que Trump puisse devenir président". 

"Tout au long de la campagne présidentielle américaine, Trump a remis en cause et a attaqué à plusieurs reprises les principales institutions et normes qui font fonctionner la démocratie. De telles attaques de la part d'un candidat majeur à la présidentielle sont du jamais-vu dans l'histoire américaine mais elles sont tout à fait connues par ceux qui ont étudié d'autres régions du globe", dit la lettre. 

La lettre se poursuit en donnant un aperçu de plusieurs des déclarations controversées de Trump au cours de la campagne, preuve qu'il met en péril la trame politique sur laquelle les Etats-Unis fonctionnent. 

Voici 9 façons dont Donald Trump met en péril la démocratie américaine, selon les politologues :  

1. Il a jeté le doute sur l'élection présidentielle en déclarant sans fondement que le scrutin était "truqué". 

Donald Trump

Donald Trump pendant sa campagne présidentielle, le 29 octobre 2016, à Golden dans le Colorado. REUTERS/Carlo Allegri

Trump a déclaré à plusieurs reprises qu'il y aurait une fraude électorale généralisée le jour du scrutin, qui pourrait finalement lui coûter l'élection. En plus, il a accusé Hillary Clinton et les "médias traditionnels" de comploter contre sa campagne dans le but de "truquer" l'élection. 

"Je vous le dis, le 8 novembre, nous ferions bien d'être prudents, car l'élection va être truquée", a dit le candidat républicain au présentateur de Fox News Sean Hannity dans une interview. "Et j'espère que les Républicains sont en train de regarder attentivement, sinon ce scrutin nous sera enlevé". 

Les déclarations du candidat républicain ne sont pas uniquement sans fondement. Elles ont été largement critiquées car considérées comme "irresponsables" et "dangereuses", parce qu'elles ont le potentiel de saper la confiance des Américains dans le processus démocratique. D'autres ont remarqué que ses allégations peuvent en fait dissuader les électeurs d'aller voter pour le candidat républicain, s'ils ne croient plus au pouvoir de leurs votes. 

2. Il n'a pas dit s'il accepterait les résultats officiels de l'élection. 

Trump

Donald Trump lors du dernier débat présidentiel, le 19 octobre 2016, à Las Vegas. REUTERS/Rick Wilking

Donald Trump a stupéfait les observateurs lors du dernier débat présidentiel quand il a refusé de dire s'il accepterait les résultats de l'élection s'il venait à la perdre. 

"Je verrai à ce moment-là. Je n'envisage rien maintenant. Je verrai à ce moment-là", a dit Trump à Chris Wallace de Fox News qui modérait le dernier débat à Las Vegas. 

La suggestion de Trump supposant qu'il n'accepterait pas une défaite face à sa rivale démocrate, Hillary Clinton, le jour de l'élection alimente une spéculation : le scrutin pourrait devenir chaotique si Trump refusait d'admettre qu'il a perdu.

Trump a plus tard clarifié ses propos en précisant qu'il accepterait les résultats de l'élection, "s'il l'emportait"

3. Il encourage ses partisans à intimider des électeurs dans les bureaux de vote le jour du scrutin. 

Trump

Partisans de Donald Trump à Golden dans le Colorado, le 29 octobre 2016. REUTERS/Carlo Allegri

Pour remédier à la fraude électorale envahissante qui truquerait l'élection selon ses dires, Trump a encouragé les électeurs à surveiller les bureaux de vote dans des villes comme Philadelphie, St. Louis et Chicago le jour du scrutin, et à observer les électeurs pour s'assurer que l'élection n'est pas compromise. 

Dans un article du Boston Globe, Steve Webb, un partisan de Trump, a confié qu'il aurait recours au "profilage racial", pour défier les électeurs suspectés de frauder. 

"Je regarderai... ça s'appelle le profilage racial. Les Mexicains, les Syriens... Les gens qui ne parlent pas anglais... Je vais les suivre. Je ferai tout de façon légale. Je veux voir s'ils sont responsables. Je ne ferai rien d'illégal. Je vais les rendre un peu nerveux", dit Webb. 

Le mois dernier, les Démocrates ont engagé des poursuites judiciaires contre le parti républicain pour avoir coordonné "une campagne d'intimidation des électeurs".

4. Il a menacé d'envoyer sa rivale démocrate Hillary Clinton en prison. 

Hillary Clinton répond aux questions pendant le débat à Washington University à St. Louis, Missouri, le 9 octobre 2016. REUTERS/Rick Wilking

Hillary Clinton répond aux questions pendant le débat à Washington University à St. Louis, Missouri, le 9 octobre 2016. REUTERS/Rick Wilking

Pendant le deuxième débat présidentiel, Trump a menacé d'envoyer Hillary Clinton en prison, parce qu'elle avait utilisé sa boîte email personnelle alors qu'elle était secrétaire d'Etat. 

"Si je gagne, je vais demander au ministère de la Justice de nommer un procureur spécial pour examiner votre situation", a dit Trump à Clinton. 

Cette remarque a été interprétée par les observateurs comme une forme de punition politique, souvent pratiquée par les dictateurs envers leurs opposants. 

Selon des anciens Républicains nommés au ministère de la Justice, la menace proférée par Trump d'utiliser le système législative pour poursuivre en justice Clinton est tout simplement "odieuse" et "terrifiante"

5. Il doute que les juges peuvent rester impartiaux à cause de leur race, origine ethnique et religion. 

En juin, le candidat républicain s'en est pris au juge de district Gonzalo Curiel, en l'accusant de ne pouvoir rester impartial dans un procès impliquant la Trump University en raison de ses origines mexicaines. Trump a continué en affirmant que les origines ethniques de Curiel représentaient un conflit d'intérêt dans ce procès qui concerne une proposition de Trump d'ériger un mur le long de la frontière américo-mexicaine. 

Des représentants républicains ont rapidement désavoué la remarque de Trump teintée de racisme. 

"Déclarer qu'une personne ne peut pas faire son travail à cause de son appartenance raciale, c'est la définition typique d'un commentaire raciste", dit Paul Ryan, président de la Chambre des représentants. 

6. Il a remis en cause la loyauté des citoyens américains à cause de leur race, origine ethnique, religion et pays de naissance. 

islamophobie

Manifestation contre l'islamophobie et le racisme à Minneapolis, le 17 septembre 2016. Flickr.com/Fibonacci Blue

L'une des propositions du candidat républicain pour garantir la sécurité nationale est de soumettre les immigrants à une mise à l'épreuve idéologique, ou à ce qu'il appelle "des enquêtes extrêmes", pour prouver qu'ils ne soutiennent pas des organisations terroristes comme le Groupe Etat Islamique. 

"Pendant la Guerre Froide, nous avions des tests de dépistage idéologique. Il est grand temps de mettre au point un nouveau type de test pour affronter les menaces d'aujourd'hui', a dit Trump. "On devrait seulement laisser entrer dans ce pays ceux qui partagent nos valeurs et respectent notre peuple." 

Plus tôt dans la campagne, Trump a demandé l'interdiction totale aux Musulmans d'entrer dans le pays, une proposition que certains ont considéré comme une violation directe de la liberté de religion aux Etats-Unis. 

7. Il a menacé la liberté de la presse en triant les journalistes, en interdisant certains médias de ses meetings, et il a juré de changer les lois de diffamation pour attaquer en justice plus facilement la presse. 

Presse, Trump

REUTERS/Jonathan Ernst

En réponse à la couverture médiatique défavorable qu'il reçoit, Trump a pesté contre les médias qui, selon lui, prennent parti contre sa campagne et en faveur de Clinton. 

Les affirmations de Trump ont provoqué l'hostilité des partisans de Trump envers la presse lors des meetings. Ils ont accusé les médias de donner une fausse image du mouvement républicain dans la presse.

Lors d'un meeting à Miami en Floride, Trump a réprimandé la journaliste de NBC Katy Tur pour ne pas avoir correctement couvert sa campagne. Cela a provoqué une vague de huées et moqueries de la part des partisans de Trump à l'encontre de la journaliste pendant le meeting. 

Le mépris de Trump envers la presse l'a aussi amené à révoquer de manière temporelle les accréditations des médias comme le Washington Post, BuzzFeed et Politico, empêchant leurs journalistes à assister à ses meetings. Le candidat républicain a aussi menacé d'intenter un procès contre le New York Times pour avoir écrit des articles concernant les femmes qui avaient accusé Trump d'agression sexuelle. 

Sa querelle avec les journalistes l'a également conduit à promettre d'assouplir les lois de diffamation protégeant légalement les journalistes. Une déclaration que certains considèrent comme une attaque contre le premier amendement. 

8. Il a appelé à la prolifération des armes nucléaires.

Trump a ouvertement critiqué l'alliance militaire entre les Etats-Unis et le Japon. Dans une interview accordée à CBS, il a suggéré que les Etats-Unis devraient mettre fin à leur relation avec le Japon, même si cela signifiait que ces derniers pourraient acquérir des armes nucléaires, en disant "peut-être qu'ils feraient mieux de le faire". 

L'intérêt du candidat républicain pour l'utilisation des armes nucléaires lors d'une rencontre avec un expert des affaires étrangères a aussi suscité des préoccupations au sujet de l'attitude cavalière de Trump à propos des armes nucléaires. 

9. Il a menacé l'OTAN en remettant en cause l'un des engagements fondamentaux de ce traité : le soutien mutuel en cas d'attaque. 

OTAN

REUTERS/Francois Lenoir

Dans une interview avec le New York Times, Trump a dit qu'il considérerait seulement de venir en aide à un allié selon l'OTAN s'ils "ont respecté leurs obligations" vis-à-vis des Etats-Unis. 

D'après l'accord, qui a été mis en place par mesure de securité contre l'Union Soviétique, une attaque contre une nation devrait être interprétée comme une attaque envers tous les alliés et devrait ainsi déclencher des représailles de la part des 28 Etats membres. 

L'OTAN est largement considéré comme l'une des plus importantes alliances de sécurité qui ont permis de maintenir la paix durant ces dernières décennies. 

Jake Sullivan, conseiller politique de Clinton, a condamné Trump à propos de cette suggestion qui supposait que les Etats-Unis se retiraient de l'OTAN. 

"Les Républicains, les Démocrates et les Indépendants qui ont aidé à faire de l'OTAN l'une des alliances militaires les plus réussites de l'histoire devraient tous aboutir à la même conclusion : Donald Trump a une personnalité inapte et est fondamentalement mal préparé pour être commandant en chef". 

Version originale : Chris Sanchez/Business Insider

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