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Des recherches suggèrent un moyen de neutraliser le coronavirus, dont le code génétique est à 80% similaire à celui du SRAS

Des recherches suggèrent un moyen de neutraliser le coronavirus, dont le code génétique est à 80% similaire à celui du SRAS
© Ravikumar/Reuters

Le nouveau coronavirus qui se propage en Chine et dans le monde semble être similaire au SRAS à deux égards importants : ils partagent 80 % de leur code génétique, et tous deux proviennent de chauves-souris. Ce sont les conclusions de deux études publiées lundi 3 février dans la revue Nature, qui approfondissent le génome du coronavirus de Wuhan, qui a infecté plus de 20 400 personnes et en a tué plus de 425 depuis décembre.

"En substance, c'est une version du SRAS qui se propage plus facilement mais cause moins de dégâts", a déclaré Ian Jones, un virologue de l'Université de Reading au Royaume-Uni qui n'était pas affilié à l'étude, dans un communiqué. Ces similitudes offrent un point positif. "Cela indique que les traitements et les vaccins mis au point pour le SRAS devraient fonctionner pour le virus de Wuhan", a ajouté le virologue.

'Une version du SRAS'

De nombreux coronavirus sont des zoonoses, ce qui signifie qu'ils peuvent se propager à l'homme à partir des animaux. Dans le cas du SRAS et du nouveau coronavirus (officiellement nommé 2019-nCoV), les chauves-souris étaient les hôtes d'origine. Elles ont ensuite infecté d'autres animaux par leurs selles ou leur salive, et les intermédiaires involontaires ont transmis le virus à l'homme. "Le 2019-nCoV est un virus de chauve-souris, et le SRAS-CoV, qui a provoqué une épidémie en 2002 et 2003, est le parent le plus proche que l'on ait jamais vu chez l'homme", a estimé Ian Jones.

Entre novembre 2002 et juillet 2003, le SRAS a tué 774 personnes et en a infecté 8 098 dans 29 pays. Pour déterminer l'origine du nouveau coronavirus, les scientifiques ont examiné les génomes complets d'échantillons de coronavirus prélevés sur des patients au début de l'épidémie.

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Dans la première étude, une équipe dirigée par des scientifiques de l'Institut de virologie de Wuhan a examiné des échantillons de virus provenant de sept patients ayant initialement déclaré des cas de pneumonie grave. Six de ces patients travaillaient au marché de gros des fruits de mer de Huanan à Wuhan, en Chine, où l'épidémie aurait débuté en décembre. Environ 70 % des échantillons étaient presque identiques les uns aux autres, et leur séquence génétique était similaire à celle du SRAS dans 79,5 % des cas.

NOEL CELIS/AFP via Getty Images

Les chercheurs à l'origine de cette étude ont également découvert que le 2019-nCoV est presque identique aux autres coronavirus circulant dans les populations de chauves-souris chinoises — 96% des codes génétiques correspondent. Une deuxième étude, menée par des scientifiques de l'université Fudan de Shanghai et du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, a examiné un homme de 41 ans qui travaillait également au marché.

Il est entré dans un hôpital de Wuhan le 26 décembre avec des symptômes de maladie respiratoire et de la fièvre. Une analyse du virus qui l'a infecté a montré qu'il est similaire à 89% à un groupe de coronavirus de type SRAS appelés bêtacoronavirus qui avaient été trouvés auparavant chez les chauves-souris chinoises.

Comment le coronavirus infecte les humains

Vincent Munster, virologiste aux laboratoires Rocky Mountain, a précédemment déclaré à Business Insider US que seuls les bêtacoronavirus peuvent être transmis à l'homme et se nicher dans nos voies respiratoires.

C'est parce que tous les coronavirus n'ont pas la même forme. L'enveloppe circulaire du virus est parsemée de protéines en forme de pics qui l'aident à se fixer à la cellule de l'hôte. Si la forme des pics ne correspond pas aux récepteurs des cellules d'un hôte potentiel, le virus ne peut pas se répandre. Mais lorsqu'un coronavirus mute, la forme de ces protéines est altérée, ce qui permet parfois au virus de s'arrimer à un nouvel hôte.

CDC via AP

Zheng-Li Shi, l'auteur principal de l'étude qui a examiné sept échantillons de virus, a montré que le SRAS et le nouveau coronavirus peuvent tous deux s'arrimer au même récepteur, appelé ACE2, situé au plus profond des poumons des gens. Cela pourrait expliquer les symptômes de pneumonie des patients.

Comme le SRAS et le coronavirus de Wuhan se lient aux cellules humaines de la même manière, les auteurs des nouvelles études affirment que les traitements potentiels du premier pourraient également fonctionner pour le second. Aucun traitement ou vaccin spécifique n'a été développé pour le SRAS ou ce coronavirus, mais les chercheurs ont travaillé sur certains médicaments et vaccins pour le SRAS.

Ces travaux pourraient probablement être appliqués à ce virus, ont écrit Zheng-Li Shi et ses co-auteurs. Ils ont toutefois ont déclaré que la capacité à utiliser les anticorps du SRAS pour traiter le 2019-nCoV doit encore être confirmée — pour l'instant, ce n'est qu'une hypothèse.

Cnsphoto/Reuters

Les auteurs de l'étude ont également suggéré deux autres moyens potentiels de traiter le nouveau coronavirus. Les patients qui ont déjà été infectés par le 2019-nCoV ont produit des anticorps — des protéines utilisées par notre système immunitaire pour combattre les bactéries et les virus — qui "ont le potentiel de neutraliser le virus", ont-ils écrit. Un autre type d'anticorps contre le coronavirus produit chez les chevaux s'est également révélé capable de neutraliser le 2019-nCoV, ont ajouté les auteurs. Cet anticorps équin a également été utilisé autrefois pour combattre le virus du SRAS.

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L'unique menace des chauve-souris

Les coronavirus ne sont pas tous mortels — ceux qui sont endémiques chez l'homme, comme le rhume, sont souvent considérés comme sans importance. Les coronavirus qui présentent un risque de pandémie sont cependant ceux qui se trouvent chez les animaux. "Comme ces virus ne circulent pas encore chez l'homme, celui-ci n'a pas pu développer une immunité spécifique pour les contrer", a déclaré précédemment Bart Haagmans, virologue au Centre médical Erasmus de Rotterdam, aux Pays-Bas, à Business Insider US.

Les chauves-souris, en particulier, ont été les premiers hôtes du virus Ebola, du SRAS et du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), entre autres. "Cette épidémie met en évidence la capacité permanente des retombées virales des animaux à provoquer des maladies graves chez l'homme", ont écrit les auteurs de la deuxième étude.

Une mystérieuse espèce intermédiaire

Cependant, les experts n'ont pas encore confirmé si une autre espèce animale avait permis au nouveau coronavirus de se propager des chauves-souris à l'homme. "Nous ne savons toujours pas si une autre espèce a servi d'hôte intermédiaire pour amplifier le virus (et peut-être même pour le mettre sur le marché), ni quelle espèce cet hôte aurait pu être", a déclaré dans un communiqué Michael Skinner, un virologiste de l'Imperial College de Londres qui n'était affilié à aucune des deux études publiées dans Nature. Mais la nouvelle étude de Zheng-Li Shi et de ses collègues offre quelques indices.

De Agostini/Getty

L'information génétique du nouveau coronavirus indique qu'il peut se lier au récepteur ACE2 chez l'homme, ainsi qu'à ce même récepteur chez les chauves-souris, les porcs et les civettes — un mammifère ressemblant à une belette qui a servi d'espèce intermédiaire pour le SRAS. Cette information, associée à la similarité du virus avec d'autres coronavirus de chauve-souris, pointe ces trois espèces comme de possibles intermédiaires. "La transmission directe des CoV des chauves-souris aux humains est également possible en théorie", selon le Centre de sécurité sanitaire de l'université Johns Hopkins.

Chinatopix/AP

Le 22 janvier, un groupe de scientifiques publiant le Journal of Medical Virology a suggéré que l'espèce intermédiaire dans l'épidémie de coronavirus pourrait être le cobra chinois. Mais selon Michael Skinner, ces nouvelles informations sur son génome indiquent que ce virus n'est "pas vraiment compatible avec certains des hôtes plus exotiques auxquels nous avons pensé plus tôt dans l'épidémie". La seule façon de vérifier l'origine du virus reste de prélever des échantillons d'ADN sur les animaux vendus au marché de Huanan et sur les chauves-souris de la région.

Version originale : Aylin Woodward/Business Insider

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