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Des salariés de La Halle forcés de venir dans leur magasin fermé en attendant de savoir s'ils sont licenciés


Le magasin La Halle avenue de Clichy dans le 17ème à Paris qui a fermé définitivement ses portes, juillet 2020. © Business Insider France/Claire Sicard

Si sur le papier tout semblait clair, la situation que vivent actuellement certains salariés de La Halle est devenue intenable. En redressement judiciaire depuis le 2 juin 2020, l'enseigne cherchait un repreneur depuis quelques semaines et l'inquiétude était de plus en plus grande pour les employés. La bonne nouvelle était pourtant arrivée le 8 juillet dernier. Une partie de l'activité du groupe serait conservée, scindée entre trois repreneurs : le groupe Beaumanoir (repreneur de 366 magasins), le groupe Chaussea (128 magasins) et la société Superchauss'34 (14 magasins). Soit un total de 508 magasins repris sur les 802 points de vente La Halle se situant en France Métropolitaine.

Et pour les 294 magasins restants ? Ils devaient fermer leurs portes le lundi 13 juillet au soir, laissant 1 934 salariés sur le carreau. Mais à l'heure actuelle, tout est loin d'être réglé pour les anciens salariés de La Halle. Une situation dénoncée par les syndicats de l'enseigne : "c'est le bazar total, les salariés sont en plein désarroi", a confirmé à Business Insider France Karim Cheboub, délégué syndical central de La Halle. En effet, la majorité des employés de La Halle est encore en attente des courriers officiels qui devaient leur confirmer leur licenciement, ou leur transfert éventuel de magasin s'ils continuaient à travailler pour les nouveaux repreneurs. Tandis que d'autres attendent toujours une confirmation officielle pour leur demande de départ volontaire. Ces courriers devaient normalement arriver entre le vendredi 10 et le samedi 11 juillet au plus tard, soit quelques jours avant la fermeture définitive des points de vente concernés.

'Les salariés n'ont plus aucune tâche de travail à effectuer' dans certains magasins La Halle déjà fermés

L'intersyndicale regroupant la CGT, SUD, FO, la CFTC et la CFE-CGC a dénoncé cette situation dans un courrier daté du 17 juillet et envoyé aux administrateurs judiciaires de La Halle. "Nous arrivons à des situations complètement ubuesques", précise Karim Cheboub. Dans certains magasins fermés depuis le 15 juillet dernier, les salariés se rendent par exemple chaque jour en boutique de peur d'être en infraction et en attendant de recevoir le fameux courrier. La lettre de l'intersyndicale en rend compte : "Certains de ces magasins ont été vidés et les salariés n’ont plus aucune tâche de travail à effectuer". Des témoignages en ce sens sur les réseaux sociaux, notamment de la CGT, confirment la version des syndicats.

Mais les salariés de La Halle employés dans des magasins fermés ne sont pas les seuls à être dans l'incertitude : les interrogations demeurent aussi pour les employés de magasins repris. Comme ils ne savent pas pour le moment s'ils sont oui ou non concernés par un licenciement, ces salariés continuent de travailler depuis le 15 juillet dernier pour le compte du repreneur de leur magasin. Mais à terme, certains d'entre eux seront finalement licenciés. En effet, des critères donnant des points à chaque salarié (situation familiale, problème de santé etc.) seront appliqués pour classer les employés. Et là où il y aura trop d'effectif, des personnes devraient perdre leur emploi. L'intersyndicale, toujours dans son courrier, demandait à ce que ces salariés soient dispensés d'activité en attendant la réception d'une lettre es informant de leur situation.

Enfin, dernier cas de figure, la majorité des salariés de La Halle ayant fait une demande de départ volontaire attendait toujours un accord ou un refus officiel. Si la réponse est négative, ils peuvent par exemple être reclassés dans des magasins repris. "C'est intolérable de laisser des salariés suspendus comme cela, et ce quelle que soit leur situation", affirme Karim Cheboub. "Chaque salarié aurait dû connaître au plus tard samedi 11 juillet sa situation, son nombre de point pour les critères d'ordre, ainsi que l'éventuel accord ou non pour les demandes de départs volontaires".

'Nous tentons de faire beaucoup mieux' assurent les administrateurs judiciaires

Attaqués à la fois par les salariés et par leurs représentants syndicaux, les administrateurs judiciaires se sont défendus dans un courrier daté du 17 juillet dernier, lui aussi publié sur internet ce week-end par la CGT, adressé aux salariés de La Halle. "Nous comprenons le désarroi de beaucoup et continuons à faire le maximum pour accélérer les traitements", affirme ainsi la lettre signée par Nathalie Leboucher et Hélène Bourbouloux. "Nous tentons de faire beaucoup mieux mais ne pouvons être certains de donner les informations finales avant lundi ou mardi prochain plus vraisemblablement (NDLR : aujourd'hui ou demain)" précise le courrier.

Les signataires précisent néanmoins que les salariés dont le magasin ferme et qui n'ont toujours pas été officiellement informés de leur situation "sont dispensés d'activité dans l'attente soit de leur licenciement soit de leur affectation finale". Il ne serait donc plus nécessaire aux employés en attente de se rendre dans des boutiques dont les portes sont fermées aux clients depuis plusieurs jours maintenant. Et pour les salariés La Halle travaillant dans des magasins repris, le courrier leur demande de "travailler sur le magasin de leur affectation d'origine (...) dans l'attente d'information sur leur magasin de transfert". De quoi clarifier la situation d'aujourd'hui, mais toujours pas lever les incertitudes quant à leur avenir.

Une réunion à 16h ce lundi

Précisant que "le traitement des données pour affecter les collaborateurs (...) est un travail très complexe", les administrateurs judiciaires pointent aussi du doigt le repreneur Beaumanoir et la décision du Tribunal de commerce : "nous militions pour une prise de jouissance plus tardive (20/7) pour permettre de faire ce travail dans des conditions réalistes". Mais, toujours selon ce courrier, le repreneur principal aurait demandé la jouissance des magasins repris à compter du 15 juillet, faisant de cette date une condition essentielle à la reprise. Le tribunal aurait donc validé dans la foulée cette décision.

Contacté par Business Insider France pour savoir comment se passait la reprise des magasins La Halle, le groupe Beaumanoir n'a pour le moment pas répondu à notre demande de sollicitation. De leur côté, les administrateurs judiciaires ont prévu une réunion ce lundi à 16h avec les représentants syndicaux pour essayer de rassurer et donner des garanties rapidement aux salariés de l'enseigne.

À lire aussi — La liste des magasins La Halle qui resteront ouverts

Business Insider
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