Voici 9 raisons qui expliquent pourquoi il est de plus en plus difficile de recruter des vendangeurs

Voici 9 raisons qui expliquent pourquoi il est de plus en plus difficile de recruter des vendangeurs

Vendanges à Loerzweiler en Allemagne, le 6 août 2018, où comme dans de nombreux autres pays européens, la coupe a commencé plus tôt que d'habitude en raison de la météo. REUTERS/Ralph Orlowski

Urgent! Cherche coupeurs et porteurs pour les vendanges, fin août. Non logé, non nourri. 

Les annonces fleurissent ces derniers jours sur les sites de recrutement et les réseaux sociaux et de nombreux domaines viticoles peinent à compléter leurs équipes. Chaque année, les vignerons indiquent qu'ils ont des difficultés à recruter, mais il semble que ce soit particulièrement compliqué cette saison.

"Nous constatons une baisse du nombre de candidats cette année et en parallèle une hausse des offres d'emploi pour les vendanges", confirme Guillaume Aubin, responsable du site d'emploi spécialisé vitijob.com. "Le nombre d'annonces pour les vendanges a augmenté de 21 % en juin et de 50 % en juillet par à l'an dernier".

La pénibilité de la tâche nuit à l'attractivité du job, mais ce n'est pas tout. 

Voici neuf raisons qui expliquent pourquoi il est de plus en plus difficile de recruter des vendangeurs:

1. Le calendrier

Vignoble à Loerzweiler, en Allemagne, où les vendanges ont commencé début août. REUTERS/Ralph Orlowski

La date du début et de la fin des vendanges varie selon les régions, la météo et le domaine viticole. Elle n'est donc précisée que quelques jours avant. "C'est une forte contrainte, car cela demande beaucoup de souplesse aux saisonniers", constate l'œnologue Amélie Chatin.

Cette année, en raison des grosses pluies de cet hiver et des chaleurs de la fin du printemps, les raisins vont arriver à maturité avec près de 15 jours d'avance dans la plupart des régions. Dans l'Aude, la récolte a commencé le 7 août, ce qui est précoce, mais pas surprenant. Cela l'est plus en Champagne où la date du début des vendanges ne sera fixée que lors d'une réunion prévue le 22 août, mais devrait se situer autour du 25 août. 

Sauf que psychologiquement, "les vendanges sont surtout en septembre dans l'esprit des gens et comme beaucoup sont actuellement en vacances, ils ne sont pas disponibles pour guetter les offres d'embauche", précise Amélie Chatin. 

2. La rentrée universitaire

Les rentrées à l'université sont de plus en plus tôt. A la Sorbonne à Paris, elles s'échelonnent selon les matières à partir du 6 septembre. Sorbonne Université/Facebook

Les rentrées universitaires, qui jadis avaient plutôt lieu en octobre et novembre,  sont organisées de plus en plus dès septembre, privant les viticulteurs d'un vivier de vendangeurs étudiants. A l'université de Strasbourg par exemple, une cérémonie de rentrée est prévue le 6 septembre, tandis qu'à Bordeaux, de nombreuses filières commencent dès le 3 septembre. En raison de cela, les vendanges disparaissent peu à peu des "job d'été" prisés par les étudiants. 

3. Le logement

Camping sous les bois. Pixabay/heye

Les critères de logement mis à disposition des saisonniers se sont durcis il y a quelques années. Pour éviter d'investir dans de coûteux travaux de rénovation et d'agrandissement pour seulement 15 jours de vendanges par an, de nombreux domaines ont pris le parti de ne plus proposer d'hébergement à leurs saisonniers ou de réduire leur capacité d'accueil. Beaucoup doivent donc se débrouiller pour dormir chez des amis, dans leur famille, en caravane ou en camping... ce qui restreint les possibilités et accroît la problématique du transport. 

En Champagne, à Epernay, le camping municipal a mis en place une procédure spéciale de réservation pour les vendanges et tout est plein depuis le début de l'été. 

"Je réserve un tiers des capacités d'accueil du camping aux vendangeurs", a expliqué Fabrice Halet directeur du camping municipal d'Epernay à Business Insider. "Cette année, j'ai ouvert les inscriptions le 1er juillet et le 7 j'étais complet. Je refuse des gens tous les jours".

4. Le transport

Autostoppeur. Pixabay/cocoparisienne

Faute de pouvoir être hébergé sur place et vu que les vignes sont rarement bien desservies en transport en commun, les candidats vendangeurs doivent s'arranger pour être véhiculés ou faire du covoiturage pour se rendre au domaine. Cela complique également les transferts des vendangeurs vers les différentes parcelles à vendanger. 

5. La pénibilité

Vendangeur à Loerzweiler en Allemagne. REUTERS/Ralph Orlowski

Les vendanges à la main sont une activité très physique et même si l'âge des vendangeurs varie de 16 à 70 ans, il est nécessaire d'être en bonne forme. Les vignes ne sont pas à hauteur d'homme (même si elles sont un peu plus hautes en Alsace par rapport aux autres régions viticoles) alors il faut fatalement se plier, s'accroupir et se relever sans cesse. Les vignobles peuvent également être plantés sur des coteaux et la pente, qui parfois peut être un atout, est quand même souvent un élément de fatigue supplémentaire. 

"Les gens ne sont plus habitués à faire des efforts", explique l'œnologue Amélie Chatin. "Il y a un changement de mentalité. Autrefois, les vendangeurs étaient plus durs à la tâche. Aujourd'hui, il arrive que des gens abandonnent en cours de contrat."

6. Les horaires

L'activité étant resserrée sur quelques jours, les horaires de travail sont par ailleurs très étendus jusqu'à 12h par jour pour un maximum de 60 heures par semaine. Durant la période des vendanges, les entreprises viticoles bénéficient en effet d'une dérogation par rapport à la durée légale du travail, comme l'indique Pôle Emploi dans un document dédié au contrat de travail des vendangeurs.

7. La cuisine

Julien Lefebvre, chef du Château de Cordeillan-Bages (Pauillac), dans sa cuisine. Facebook/Château de Cordeillan-Bages

De nombreux recruteurs précisent désormais "non nourri" dans leurs annonces. Si certains domaines maintiennent la tradition des repas conviviaux de vendangeurs,  d'autres ont jeté l'éponge face aux besoins de mises aux normes des cuisines et salles à manger. 

8. La rémunération

Jim Carrey dans le film The Mask, 1994. YouTube/Matt McAlinden

Le plus souvent, la rémunération d'un coupeur de grappes est égale au Smic horaire brut (soit 9,88 € au 1er janvier 2018), les porteurs, eux, sont souvent légèrement au-dessus (environ 10,23 €). 

Il est également possible d'être payé à la tâche, selon le nombre de kilos de raisins. Dans ce cas, il faut compter en général entre 0,15 € et 0,25 € par kilo. 

"L'intérêt économique prime dans le choix de la destination. Par conséquent, les maisons qui payent mieux que les autres recrutent plus facilement", confirme Amélie Chatin.  

9. La reprise économique

Touristes asiatiques devant le musée du Louvre à Paris, le 26 juillet 2018. REUTERS/Philippe Wojazer

Avec la reprise économique, les besoins en main d'œuvre augmentent dans de multiples secteurs, et particulièrement l'hôtellerie-restauration confrontée à de fortes difficultés de recrutement avec des dizaines de milliers d'offres non pourvues. Les saisonniers voulant travailler tout l'été peuvent ainsi aisément le faire et se détournent des vendanges pour choisir une activité plus étendue dans le temps. 


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  1. Louis Nicole

    Les gens sont de plus en plus fainéants ,
    On pleure qu'il y a beaucoup trop de chômage ....mais les chômeurs de viennent pas en vendange....
    Où ils touche trop au chômage ou sont de gros branleures

    • laverge

      Heu je ne pense pas que les chômeurs soient des feneants sinon ils n auraient pas de chômage par contre les patrons de maisons de champagne sont des voleurs je viens pour la 26 e année de finir la saison des vendanges en champagne et pour 143 heures travailler même le Web end j ai reçu un chèque avec presque 15 jours de retard de 1037 e pour 15 jours merci patron de merde

  2. henriette

    mal payés , pas nourris, pas logés , travail difficile ........ et on se plaint de ne pas trouver de candidats ????

    • Lili

      Vs avez raison j'ai travaillé pendant lontemp dans une maison de champagne ou les vendangeurs étaient logés nourris, ns en avions une cinquantaine ns étions 4 en cuisine et le jour où ils ont pris un traiteur et tirer sur les prix les choses ont changés changement de propriétaire grosse maison ensuite et vus les normes ils non plus logés ,pourtant c'était une très bonne maison

  3. Merci pour vos éclairages.
    Pour info, j'ai cité votre article sur mon dernier post https://www.resovino.fr/vendanges-manuelles-ou-a-la-machine-pourquoi-pas-les-2/ qui traite de l'alternative entre les vendanges manuelles et à la machine.

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