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Donald Trump aurait changé de ton sur le coronavirus simplement pour assurer sa réélection


Le président Donald Trump fait une pause lors d'un point de presse sur la maladie à coronavirus (COVID-19) à la Maison Blanche, à Washington, DC, le 23 juillet 2020. © Kevin Lamarque/Reuters

Le président américain Donald Trump a semblé saisir mardi la gravité de la pandémie de coronavirus, lors de son premier point de presse sur la crise depuis avril. Les médias et les experts ont loué le président pour son "ton sombre" : s'il a insisté sur la nécessité d'une réouverture (malgré l'avertissement des experts de la santé publique), il a aussi incité le public à porter des masques et à éviter les bars. Le changement de ton de Donald Trump ne semble toutefois pas être un véritable changement d'avis, mais plutôt une prise de conscience que cette négation du risque pourrait lui faire perdre les prochaines élections présidentielles.

Selon CNN, Donald Trump et son équipe avaient discuté des sondages électoraux qui le montrent à la traîne vis-à-vis de l'ancien vice-président Joe Biden avant son briefing de mardi. Des sources proches de l'équipe ont déclaré à CNN que certains collaborateurs lui auraient fait remarqué que de prendre un ton sérieux sur le coronavirus avait par le passé été bénéfique pour Donald Trump. "C'est la dernière ligne droite, c'est la dernière saison de 'The Apprentice', il nous reste 100 jours et la star de la télé-réalité vient d'être agressée par la réalité", ironise Rahm Emanuel, qui a servi au Congrès et en tant que chef de cabinet du président Barack Obama à la Maison Blanche, au New York Times.

"Je pense qu'il commence enfin à comprendre", révélait un conseiller de Donald Trump à CNN au sujet de la compréhension qu'a le président du lien entre sa réélection et la pandémie. "Mais peut-il faire cela pendant les 100 prochains jours ? Je pense que, s'il le fait, il gagne." CNN indique que dans les derniers sondages nationaux, Joe Biden mène en moyenne de 12 points. Joe Biden est également en tête dans plusieurs États clés comme la Pennsylvanie, le Michigan et le Minnesota, comme l'a montré une série de sondages de Fox News de cette semaine.

Le 22 juillet 2020, en Floride, des travailleurs médicaux utilisent un prélèvement nasal pour tester le coronavirus chez une personne.  Joe Raedle/Getty Images

Ses conseillers ont également montré à Donald Trump une série de sondages indiquant que de plus en plus de citoyens désapprouvent sa gestion de la pandémie, rapporte CNN. Un sondage Washington Post-ABC News révèle que 60 % des 1 006 personnes interrogées désapprouvent la manière dont Donald Trump a géré la pandémie de coronavirus.

Toutefois, comme l'ont souligné Sonam Sheth et John Haltiwanger de Business Insider US, si Donald Trump a finalement reconnu que le coronavirus est une menace réelle, il n'a pas assumé la responsabilité et l'impact de ses politiques et de ses actions en tant que président sur le cours de la pandémie aux États-Unis, et il est également très probable qu'il change de ton sur le sujet très rapidement.

À la date de vendredi, les États-Unis comptaient plus de quatre millions de cas de coronavirus et plus de 145 000 décès. L'Organisation mondiale de la santé a fait état de la plus forte augmentation en un jour du nombre de cas dans le monde, avec 284 196 nouveaux cas, dont près de 70 000 rien qu'aux États-Unis.

Si Donald Trump a annulé la Convention nationale républicaine en Floride, il l'a fait parce que des assistants lui ont dit que cette décision serait une preuve de leadership, rapporte CNN, citant deux sources qui connaissent bien le sujet. Le New York Times a par la suite rapporté que l'opération pourrait également avoir été motivée par des raisons financières.

"Je pensais avoir l'obligation de ne pas rassembler un grand nombre de personnes entassées dans une pièce", justifiait Donald Trump lors d'une interview sur Fox News.

Michael Neel, directeur des funérailles de All Veterans Funeral and Cremation, portant un EPI complet, regarde le drapeau américain sur le cercueil de George Trefren, un vétéran de la guerre de Corée âgé de 90 ans qui est mort de la maladie à coronavirus (COVID-19) dans une maison de retraite, à Denver, Colorado, le 23 avril 2020.  Rick Wilking/Reuters

Le mois dernier, malgré les recommandations des experts de santé publique, Donald Trump a organisé un meeting à Tulsa, et plusieurs membres de son service de sécurité ont été mis en quarantaine après les tests positifs au Covid-19 de deux agents du Secret Service. Les experts de la santé ont déclaré que le meeting a très probablement contribué à l'augmentation du nombre de cas dans le pays.

Bien qu'il s'en soit largement tenu au script lors de ses meetings sur le coronavirus cette semaine (sauf quand il a souhaité "bon courage" à Ghislaine Maxwell, associée de Jeffrey Epstein), il est difficile de dire combien de temps cela durera ou s'il pourra effacer les six derniers mois où il a nié la menace de la pandémie.

Donald Trump a déjà suggéré aux gens de i'injecter du désinfectant, a sapé les experts médicaux de son propre groupe de travail sur le coronavirus, a affirmé que la pandémie était une fake news perpétrée par les médias et a vanté des remèdes médicaux non prouvés comme l'hydroxychloroquine.

Jusqu'à cette semaine, le président américain poussait pour une réouverture économique malgré le risque que cela représente pour le public. Le mois dernier, il a déclaré au Wall Street Journal que les personnes portant des masques le font en guise de déclaration politique contre lui, avant d'encourager soudainement le port de masques cette semaine. Et alors que les experts ont déclaré qu'il n'est probablement pas sûr de rouvrir les écoles, Donald Trump a continué à faire pression pour qu'elles rouvrent et a menacé de refuser le financement fédéral aux écoles qui ne rouvriraient pas à l'automne.

Et si Donald Trump a finalement encouragé les mesures préconisées par les experts en santé publique, comme les masques et ne pas aller dans les bars, son administration n'a toujours pas de stratégie nationale de test et a largement abdiqué la responsabilité fédérale au-delà des directives des Centres américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), ce qui a conduit à une réponse inégale des différents États.

Pendant ce temps, les États à travers le pays, en particulier dans le Sud et l'Ouest, luttent pour maîtriser les cas et certaines régions sont confrontées à une pénurie de lits d'hôpitaux pour traiter les cas graves. Le principal modèle utilisé pour estimer l'impact de l'épidémie de coronavirus aux États-Unis prévoit maintenant près de 220 000 décès d'ici le 1er novembre. Les experts n'ont cessé de répéter que des protocoles appropriés, adoptés dès le début, auraient pu éviter la surcharge des systèmes hospitaliers, ce qui aurait entraîné une diminution du nombre de décès.

On ne sait pas très bien combien de temps Donald Trump pourra tenir ce discours, ni si cela aidera sa campagne de réélection, mais la pandémie aux États-Unis ne ralentit pas, et les experts s'inquiètent toujours des conséquences lorsqu'une deuxième vague probable se produira à l'automne.

Version originale : Sarah Al-Arshani/Business Insider

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