Magasin à Paris au début des soldes d'hiver, le 9 janvier 2019. REUTERS/Christian Hartmann

L'année 2018 aura été une véritable annus horibilis pour le secteur de la distribution spécialisée. Météo contraire, grèves SNCF du printemps et mouvement des "gilets jaunes" ont considérablement réduit l'attractivité des commerces. 

D'après le bilan publié le 18 janvier par la Fédération pour la promotion du commerce spécialisé, Procos — qui représente 60 000 points de vente —l'activité des magasins a reculé de 2,6% au quatrième trimestre 2018 et en baisse de 3,3% sur l'ensemble de l'année. 

"Seuls, deux mois, avril et surtout octobre, auront été dynamiques", note Procos.

Tous les autres mois se sont avérés négatifs. Parmi les plus gros écarts sur un an, le mois de février a enregistré un recul de 5,2%. Mai a également été en nette baisse de 4,8%. Et sur les derniers mois de l'année, septembre a dégringolé de 11%, novembre de 6,8% et les ventes de décembre ont reculé de 3,9%.

Procos relève également "que l’impact sur le chiffre d’affaires a été réduit par la mise en place de ventes privées très dynamiques avec de fortes baisses de prix dès le lendemain de Noël. De ce fait, à cette baisse de chiffre d'affaires s'ajoute une dégradation des marges."

Au delà du chiffre d'affaires, la fréquentation des magasins a chuté de 6,7%, recul qui fait déjà suite à celui de 2,5% en 2017. 

Malgré cette mauvaise année pour le commerce, le secteur garde espoir pour 2019 et mise sur les hausses annoncées du pouvoir d'achat pour relancer les ventes. 

Procos souhaite que "les soldes permettent de reconstituer les trésoreries des commerçants, de réduire les stocks et que les Français choisissent de consacrer une partie des hausses du pouvoir d’achat à la consommation".  

De nombreux chantiers seront également à l'agenda de cette année 2019. Procos a identifié trois dossiers prioritaires : la fiscalité, la modernisation du commerce de périphérie, l'établissement d'une charte de relation avec les bailleurs.

La réforme de la fiscalité du commerce

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, avec Julien Denormandie, secrétaire d'Etat à la Cohésion des territoires et Gerald Darmanin, ministre de l'Action et des comptes publics, arrivant à l'Elysée le 4 janvier Paris. REUTERS/Charles Platiau

"C’est le dossier 'Priorité numéro 1' pour le modèle économique et social du retail de demain", écrit Procos qui réclame une équité entre les canaux de vente. Pour cela, la Fédération estime que la fiscalité ne doit pas prendre son assiette principale sur le foncier, le local ou le magasin, ce qui a pour conséquence de privilégier les acteurs du e-commerce et nuit à la concurrence.

"La taxe GAFA appliquée en France à compter du 1er janvier 2019 ne porte que sur les revenus et les recettes publicitaires", déplore par ailleurs Procos. "De quel montant parle-t-on ? 500 millions d’euros. Les Gafa seraient trop contents que la mise à plat s'arrête là ! Un acteur tel qu'Amazon, en tant que plateforme de vente, n'est pas concerné par cette taxe."

Procos demande qu'une discussion sérieuse sur la fiscalité s'ouvre avant la future réforme de la fiscalité locale (projet de loi prévu au premier semestre 2019) et veut s'assurer également que le grand débat national n'entraîne aucune augmentation de pression fiscale supplémentaire sur le commerce.

La moderniser du commerce de périphérie

Zone commerciale de La Croix Blanche, à Sainte-Geneviève des Bois dans l'Essonne. Wikimedia commons/Lionel Allorge

Centre ville (-3,9%) et périphérie (-2,9%), toutes les zones de commerce sont affectés par la baisse de la fréquentation ce qui induit une indispensable réinvention du modèle retail et des lieux de commerce, notamment des centres commerciaux. Parmi les chantiers, Procos veut particulièrement réfléchir aux commerces de périphérie, de plus en plus délaissés par les urbains et concurrencés par les ventes en ligne.

"Il faut réfléchir à la modernisation de ces zones et à leur adaptation au commerce de demain : créer des outils adaptés, mobiliser les acteurs publics et privés, développer des tests pour faire émerger de nouvelles pratiques. Après les centres-villes, c'est un dossier majeur auquel il va falloir se consacrer sérieusement."

Pour rester le canal de vente leader face au e-commerce — qui représente 22,9% de la distribution retail en intégrant les livraisons, le click and collect et le drive —, le commerce physique (magasins et centres commerciaux) doit se réinventer, réfléchir à son offre, ses prix, et l'expérience proposée aux clients. 

Etablir une charte avec les bailleurs 

Centre commercial Colombia à Rennes. Flickr/Frédéric Bisson

Procos a l'ambition de réinventer les lieux de commerce et la relation entre les acteurs via une "charte des relations bailleurs-preneurs en centre commercial". Dans le viseur notamment, la lenteur des adaptations dans les centres commerciaux.

"Il faut travailler sur de nouvelles répartitions de la valeur adaptées aux nouveaux contextes. Le poids de l'immobilier doit décroître alors qu'actuellement, il continue de croître. Laisser les choses perdurer ainsi n'aboutira sur aucune issue." 

Procos proposera aux bailleurs un document de travail dans les tous prochains mois.

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