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Du sexisme chez Uber à #balancetonporc: voici les secteurs où la parole des femmes a révélé harcèlements et abus

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Du sexisme chez Uber à #balancetonporc: voici les secteurs où la parole des femmes a révélé harcèlements et abus
© Rose McGowan à un défilé. Flickr/CC/Dan&Corina Lecca

Avec le mot-clé #balancetonporc, plusieurs centaines de Françaises ont témoigné de faits de harcèlements ou agressions sexuelles sur Twitter depuis ce vendredi 13 octobre 2017. Dans la foulée, l'actrice Alyssa Milano a lancé le hashtag "me too" ("moi aussi"), pour que toutes les femmes qui ont été agressées ou harcelées puissent le faire savoir.

Si certains ont critiqué le mouvement en se demandant à quoi pouvaient servir de tels signalements anonymes, d'autres ont mis en avant la dimension salutaire d'une prise de parole collective comme un électrochoc, une première étape de prise de conscience qui permettrait de passer, dans un second temps, à des évolutions concrètes.

C'est ce schéma qui s'est déjà produit dans plusieurs secteurs, du monde de la tech à Hollywood, où des femmes qui se muraient dans le silence ont commencé à prendre la parole, au point où certains de leurs agresseurs ont été condamnés, et l'industrie concernée a été forcée d'opérer des changements visibles et radicaux.

Voici comment le combat contre l'oppression des femmes est passé par la libération de la parole dans plusieurs secteurs.

Dans la tech: d'Ellen Pao à Susan Fowler, la femme qui a mis au jour la culture sexiste chez Uber

Wikimedia Commons/Christopher Michel

Ellen Pao est une femme d'affaires reconnue du monde de la tech, qui a fait du bruit en mai 2012 lorsqu'elle a poursuivi en justice son employeur, le fonds d'investissements Kleiner Perkins Caufield & Byers. Elle a accusé son ancien employeur de ne pas l'avoir promue car elle est une femme, et a affirmé que l'un des associés lui avait fait des avances et qu'il avait décidé de freiner sa carrière lorsqu'elle les avait refusées.

Bien qu'elle ait perdu son procès en 2015, sa démarche a soulevé pour la première fois les questions de plafond de verre — pourquoi si peu de femmes occupent des postes de pouvoir — ainsi que de sexisme dans la Silicon Valley.

En septembre dernier, Ellen Pao s'est fendue d'une tribune dans le New York Times où elle notait qu'une "douzaine de femmes" avaient publiquement dénoncé des discriminations rien qu'en 2017. Lorsqu'elle s'y demande si "des choses ont changé" depuis sa plainte, elle souligne que le plus important est que "les gens reconnaissent à présent que ce problème existe." Les femmes sont "crues par le public et la presse", ajoute-t-elle.

Ainsi, la tribune de Susan Fowler en février 2017 est souvent citée comme le premier geste qui a fait exploser la culture sexiste et oppressante au sein d'Uber — dont le patron Travis Kalanick a depuis été remplacé. Après ce billet de blog a suivi une enquête interne qui a révélé les problèmes de la startup, sommée aujourd'hui de se réinventer pour partir sur des bases plus saines.

Il y a cinq ans, les géants de la tech ne réagissaient pas aussi rapidement lorsque les femmes osaient prendre la parole. A présent, le patron d'Amazon Studios peut être mis à pied, à peine quelques heures après avoir été accusé de harcèlement et de complaisance envers les harceleurs par plusieurs femmes. Avant lui, le patron de l'accélérateur 500Startups Dave McClure a été forcé de démissionner après une accusation de harcèlement par une employée, tout comme l'un des cofondateurs du fonds d'investissement Binary Capital, qui a démissionné pour des faits similaires.

L'omerta d'Hollywood brisée par la parole collective

En 2005, une journaliste demande à l'actrice Courtney Love si elle a un "conseil pour les jeunes actrices qui débarquent à Hollywood." Elle murmure "je vais être poursuivre pour diffamation si je le dis..." avant de balancer: "Si Harvey Weinstein vous invite à une fête privée au Four Seasons, n'y allez pas."

Il a fallu 12 ans pour que le puissant producteur-distributeur américain ne soit forcé de se mettre en retrait de sa compagnie, après une grande enquête du New York Times puis du New Yorker qui a publié des dizaines de témoignages d'actrices expliquant avoir été harcelées, agressées sexuellement ou violées.

Une décennie plus tôt, la parole publique d'une femme ne suffisait pas à enclencher une plainte, une enquête, ou même des reprises dans les médias. A présent, il ne se passe pas une journée depuis l'explosion du scandale sans qu'une nouvelle actrice ne témoigne d'une agression. L'actrice Rose McGowan multiplie également les appels sur Twitter pour appeler à la fin de l'omerta à Hollywood.

Ce genre de prise de parole publique a eu l'effet "boule de neige" escompté: rassurer les autres qui pensaient être seules victimes et/ou les convaincre de parler, elles aussi, et les rassurer quant aux conséquences de ces déclarations — à l'heure où 95% des femmes qui dénoncent le harcèlement sexuel en entreprise sont renvoyées.

REUTERS/Brendan McDermid

Le sexisme dans les médias encore sous-estimé

Bill O'Reilly. Wikimedia Commons/CC/World Affairs Council of Philadelphia

Le milieu des médias est un environnement compliqué, notamment parce que les journalistes sont censés mettre en lumière les faits de harcèlements et agressions qui ont lieu dans différents secteurs de la société. Quid des enquêtes lorsque c'est son propre milieu qui est concerné — en plus du fait que les journalistes femmes sont déjà victimes de harcèlement de la part de leurs lecteurs?

A l'heure actuelle, très peu de femmes journalistes ont accepté de prendre la parole — encore moins de porter plainte — contre leurs supérieurs, dans un milieu fermé où les réputations précèdent parfois les plumes.

Aux Etats-Unis, il a fallu que cinq femmes témoignent conjointement pour que le présentateur américain Bill O'Reilly quitte la chaîne Fox News en avril 2017, non sans nier en bloc.

Dans un article intitulé "Voici pourquoi tant de femmes étaient au courant pour Harvey Weinstein", une journaliste américaine de Buzzfeed a mis le doigt sur l'importance de la parole privée :

"Pour les femmes, savoir qui sont les hommes violents (...) n'est ni anodin, ni un bon potin à se mettre sous la dent. C'est un moyen de survie (...)"

Et de souligner pourquoi le changement vient du basculement de la parole privée vers l'espace public:

"Tant que les hommes ne prendront pas leur responsabilité, de ne pas seulement savoir, mais de faire quelque chose concernant ce savoir – c'est-à-dire de dénoncer et de démanteler publiquement les hiérarchies de pouvoir qui protègent ce genre de conduite – cela restera le fardeau des femmes."

Il y a pourtant encore beaucoup de chemin à faire. Invité de la matinale de France Info le lundi 16 octobre, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a affirmé qu'il ne dénoncerait pas un harceleur sexuel s'il en connaissait. Il n'a fallu que trois heures pour qu'il revienne sur ses propos et affirme finalement qu'il faut "libérer la parole, il faut que les femmes victimes puissent s'exprimer avec tout le soutien de toute la société."

En France, le hashtag #balancetonporc — utilisé plus de 60.000 fois en 48 heures selon France Culture — a permis à quelques journalistes de prendre la parole, majoritairement de manière anonyme, depuis le week-end du 14 octobre, a rapporté PureMedias. Ces signalements ont poussé d'autres journalistes à lancer des appels à témoins dans les médias. Faut-il croire en un début de changement?

https://twitter.com/HeleneAssekour/status/919610015002087424

L'impunité des hommes politiques toujours d'actualité

YouTube/BFMTV

"Si nous avions brisé le silence avant, il n’y aurait pas eu d’affaire Baupin", a asséné Sandrine Rousseau dans une interview à 20 Minutes. La secrétaire nationale adjointe d’EELV fait partie des femmes ayant dénoncé puis porté plainte contre Denis Baupin, à l'époque vice-président écolo de l'Assemblée nationale, pour harcèlement et agressions sexuelles, après des révélations de France Inter et Médiapart. Malgré les témoignages, l'enquête contre Denis Baupin a été classée sans suite en mars 2017 pour "prescription".

En mai 2015 déjà, des femmes journalistes politiques s'étaient pourtant déjà fendues d'une tribune pour dénoncer les actions de certains hommes politiques, allant du sexisme à l'agression sexuelle.

Depuis "l'affaire Dominique Strauss-Kahn" en 2011, certains hommes politiques ont été inquiétés, mais aucun n'a été condamné — le tribunal pénal a abandonné les charges contre l'ex-directeur du FMI, qui a ensuite versé une somme d'argent non connue à sa victime présumée Nafissatou Diallo qui le poursuivait également au civil.

Donald Trump, aujourd'hui président des Etats-Unis, a quant à lui été accusé par une dizaine de femmes de harcèlement ou d'agression sexuelle sans être condamné.

"Même si la justice ne peut plus rien pour moi, j’ai le devoir de raconter mon histoire pour toutes celles qui ont encore du mal aujourd’hui à briser la loi du silence", affirme tout de même Sandrine Rousseau.

Certaines rédactions françaises ont également lancé des appels à témoins afin d'encourager les femmes à témoigner de leurs agressions.

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