Elections anticipées et abaissement de sa note: voici ce qui pourrait se passer en Italie alors que la crise de la dette s'aggrave

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte à Rome, 24 septembre 2018. REUTERS/Alessandro Bianchi

  • La banque Barclays pense que la crise de la dette en Italie sera réglée d'ici la fin de l'année sans avoir déclenché de catastrophe immédiate.
  • Cependant, dans un contexte d'alliance politique intérieure fragile et de confrontation imminente avec l'UE, la situation reste très tendue.
  • Les analystes de Barclays n'excluent pas une nouvelle flambée des taux obligataires italiens et la possibilité d'élections anticipées au début de l'année prochaine.

Les recherches menées par Barclays montrent qu'il n'y aura pas de solution facile à la crise de la dette de l'Italie — l'un des nombreux facteurs qui maintiennent les marchés mondiaux en alerte ces jours-ci.

La semaine dernière, les actions et les obligations italiennes ont connu une période de grande volatilité, le gouvernement italien ayant refusé de céder sur ses projets de dépenses pour 2019.

Le scénario de base de Barclays est qu'il n'y aura pas de catastrophe immédiate, et le budget devrait être adopté par le parlement italien d'ici la fin de l'année.

Mais si l'on considère deux facteurs de risque clés — la politique intérieure et le marché obligataire — il est clair que la situation est encore très tendue.

Risque politique

Le Conseil européen souhaite que l'Italie réduise ses dépenses afin de maîtriser son niveau d'endettement. Mais d'après les prévisions budgétaires du gouvernement, il n'y a aucune chance que cela se produise. En fait, la situation ne fait qu'empirer.

En conséquence, "nous nous attendons à ce que les tensions entre l'Italie et le CE s'intensifient dans les semaines à venir", estime Barclays.

L'analyste Fabio Fois n'exclut pas que le CE rejette en partie ou en totalité le budget de l'Italie et demande des modifications pour le rendre conforme aux plafonds de dépenses de l'UE.

Toutefois, il a déclaré que le CE est susceptible de donner à l'Italie le temps de répondre à toute demande d'amendement, et qu'elle reportera la prise de nouvelles mesures jusqu'au printemps 2019.

Mais il y a un autre problème: la coalition au pouvoir en Italie — la Ligue du nord et le Mouvement des cinq étoiles— n'est au pouvoir que d'une très faible majorité.

Il est possible que le nouveau budget ne soit pas adopté par le Sénat si la crise de la dette commence à user les électeurs, en particulier auprès des soutiens de la Ligue qui remonte dans les sondages ces derniers mois.

Ainsi, dans un contexte politique extrêmement complexe, Barclays évoque la perspective d'élections anticipées dès le premier trimestre de l'année prochaine si la situation continue à se détériorer.

Écarts de taux sur les obligations

Un facteur qui pourrait accélérer cette détérioration est le marché obligataire italien. Actuellement, l'écart entre les rendements obligataires italiens et allemands est d'environ 300-350 points de base.

Et Barclays dit que c'est une situation gérable — pour l'instant.

"Toutefois, le risque de voir l'Italie sombrer dans une spirale instable de la dette s'est accru. Cela pourrait être dû à un affrontement important avec le CE dans les mois à venir, conduisant à un scénario d'élections anticipées début 2019."

Bien que ce ne soit pas le scénario de référence de la banque, un tel événement pourrait faire passer les écarts entre les obligations italo-allemandes au-dessus de 400 points de base et exercer des pressions supplémentaires sur le système bancaire national.

Barclays note aussi qu'il existe un risque important que les agences de notation abaissent la note de crédit de la dette publique italienne.

Actuellement, l'Italie est notée Baa2 (surveillance négative du crédit) par Moody's, et BBBB (perspective stable) par S&P.

Les deux agences de notation doivent mettre à jour leurs notes à la fin du mois, et toute révision à la baisse "pourrait influencer de nouveau négativement l'appréciation du marché", indique Barclays.

Entre la situation politique intérieure, l'affrontement imminent avec l'UE et les marchés obligataires nerveux, la crise de la dette italienne reste l'un des facteurs de risque les plus périlleux sur le radar des marchés mondiaux.

Version originale: Sam Jacobs/Business Insider Australia

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