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Electronique, automobile, santé... Comment le coronavirus perturbe les chaînes d'approvisionnement et les fera évoluer

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Electronique, automobile, santé... Comment le coronavirus perturbe les chaînes d'approvisionnement et les fera évoluer
Ligne de production dans une usine exploitée par la coentreprise Dongfeng Peugeot-Citroen, à Wuhan en Chine, en octobre 2013. © Tomohiro Ohsumi / Bloomberg via Getty Images

Le confinement des populations et des travailleurs a un très fort impact sur l'activité économique. Le gouvernement prévoit désormais une chute de 6% du produit intérieur brut (PIB) de la France en 2020. Les chaînes d'approvisionnement se trouvent, elles, complètement chamboulées. L'arrêt de l'économie chinoise, frappée en première par l'épidémie de Covid-19, a entraîné la fermeture de nombreuses usines. La propagation du coronavirus a ensuite paralysé une grande partie des activités dans les pays occidentaux.

La machine productive ne pourra pas redémarrer d'un claquement de doigt. "Une chaîne d'approvisionnement, c'est long à remettre en route", prévient Jean-Charles Deconninck, président de Generix Group, un éditeur de logiciels spécialisé dans la chaîne logistique. Quand les populations sortiront du confinement, il risque d'y avoir un temps de latence pour réapprovisionner l'économie française en certains biens. La forte dépendance à l'Asie et à la Chine dans beaucoup de secteurs complexifie la donne. "Des millions de conteneurs sont en attente dans les ports", alors que plus de 90% des échanges mondiaux en volume sont maritimes, précise Jean-Charles Deconninck.

Les cargos peuvent mettre quatre à six semaines depuis la Chine pour arriver jusqu'en France. "Un phénomène d'engorgement dans les ports est très probable, avec une demande plus importante que la capacité à livrer dans un premier temps."

Une délocalisation en Asie préjudiciable

La fluidité des échanges mettra plus ou moins de temps à revenir, selon le type de produit. "Tout ce qui correspond à des cycles longs, comme l'électronique, dont les composants demandent des processus chimiques assez longs, prendra plus de temps", ajoute le patron de Generix Group. La filière automobile risque aussi d'être mise à mal, car elle est très dépendante des usines asiatiques. "La Chine et l'Asie concentrent 80 à 90% de la production de batteries de voitures électriques. Cette industrie illustre une chaîne d'approvisionnement déterminée en fonction des coûts avec pour vision 'acheter pas cher'", souligne Jérôme Dumas, conseiller en chaîne d'approvisionnement chez le cabinet FCA (Formation Conseil Achats).

De très nombreuses multinationales ont choisi depuis des années de délocaliser une grande partie de leur production dans des pays asiatique où la main-d'oeuvre est bon marché. "Il y a peu de secteurs aujourd'hui pour lesquels on observe une intégration complète au niveau national", rappelle Jérôme Dumas. La crise actuelle pourrait amener à revoir le fonctionnement logistique de certains grands groupes. "Le problème avec la relocalisation, c'est qu'on n'a pas toujours le savoir-faire localement. En France, quelle entreprise sait fabriquer un smartphone, un produit qu'on a tous?", s'interroge le conseiller en approvisionnement.

Vers une relocalisation des productions?

La France et l'Allemagne ont lancé le projet d'un "Airbus des batteries" pour tenter de contrer la mainmise asiatique sur la fabrication de batteries pour les voitures électriques. Fin janvier, les travaux d'un site pilote ont été inauguré. Cette initiative tardive laisse toutefois le secteur sceptique, souligne Challenges. Pour certains secteurs, comme celui de la santé, des évolutions semblent impératives, afin de pallier à toute pénurie, comme celles de masques.

"La disponibilité continue des médicaments, en particulier ceux utilisés pour les patients atteints de Covid-19, est une préoccupation majeure", a déclaré lundi 6 avril l'Agence européenne du médicament (EMA), basée à Amsterdam. Fin mars, neuf grands hôpitaux européens avaient aussi lancé un appel à l'aide, demandant une coopération internationale pour garantir un approvisionnement régulier en produits médicaux, rappelle l'AFP. De très nombreux génériques sont aujourd'hui fabriqués en Chine et en Inde.

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D'une manière générale, "il y aura un avant et un après sur la relocalisation de certaines entreprises", prédit Jean-Charles Deconninck. "Dans des secteurs comme l'automobile et le textile, la recherche permanente des économies dans la production est antinomique avec la diminution du risque de pertes liées aux difficultés d'approvisionnement." La solution pour que la chaîne ne soit pas totalement brisée lors d'événements comme une pandémie, c'est de multiplier les sources d'approvisionnement sur le plan géographique, quitte à employer une main-d'oeuvre un peu plus chère. "On pourrait observer une relocalisation en Europe ou ailleurs dans le bassin méditerranéen, comme dans les pays du Maghreb. L'idée est de réduire le grand import avec un mix comprenant du moyen import et de la relocalisation", esquisse le président de Generix Group.

Pas de réelle pénurie dans l'agroalimentaire

Côté grande distribution, si des images de rayons dévalisés ont beaucoup circulé, il n'y a guère de pénurie à proprement parler. "S'il y a pénurie, elle reste à très court terme et résulte de la peur des gens, qui consomment plus vite certains produits comme les pâtes ou la farine que la grande distribution ne peut réapprovisionner", explique Jérôme Dumas. La plupart des produits s'inscrivent dans une production locale ou tout au moins européenne. "Il n'y a pas de risque sur les produits de base. En revanche, ceux plus exotiques, comme les mangues, manqueront forcément."

"La grande distribution est en train de basculer sur des entrepôts de débordement pour bénéficier de lieux de stockage supplémentaires, pour entreposer et préparer les produits frais notamment", relève de son côté Jean-Charles Deconninck. La difficulté réside plus dans les récoltes, pour lesquelles les agricultures craignent le manque de la main-d'oeuvre saisonnière étrangère habituelle, notamment maghrébine dans le sud de la France, en raison des mesures de confinement et de la restriction des déplacements.

C'est pourquoi un appel national a été lancé pour l'agriculture, l'agroalimentaire et la logistique, auquel plus de 200 000 personnes ont répondu, a précisé le 7 avril le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Didier Guillaume. À l'inverse du secteur automobile, par exemple, l'industrie agroalimentaire, indispensable pour nourrir la population, continue de tourner et parvient à trouver des solutions grâce à des circuits plus courts.

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