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Emmanuel Faber évincé de la présidence de Danone après avoir déjà perdu la direction générale

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Emmanuel Faber évincé de la présidence de Danone après avoir déjà perdu la direction générale
Emmanuel Faber détonne parmi les patrons du CAC 40. © Rolf Schulten/Bloomberg via Getty Images
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La situation ne semblait plus tenable. Le conseil d'administration de Danone "a mis fin aux fonctions" de son patron Emmanuel Faber "avec effet immédiat", après plusieurs mois de fronde d'actionnaires qui contestaient sa stratégie, selon un communiqué publié lundi 15 mars par le groupe agroalimentaire. L'ex-patron historique du fabricant de matériel électrique Legrand, Gilles Schnepp, va prendre la tête du conseil d'administration.

En attendant de trouver un nouveau directeur général "d'envergure internationale", un duo intérimaire a été désigné "pour assurer la continuité de l'opérationnel". Il est composé d'une directrice générale, Véronique Penchienati-Bosetta, et d'un directeur général délégué, Shane Grant. Emmanuel Faber, 57 ans, était directeur général depuis 2014 et PDG depuis 2017. Il était sur le grill depuis plusieurs mois, des actionnaires ayant notamment exigé la dissociation des fonctions de président et de directeur général afin de redonner une nouvelle vigueur au groupe, malmené par la pandémie de Covid-19.

Victoire de deux fonds activistes

Danone avait lâché du lest le 1er mars, le conseil d'administration votant le principe de la dissociation des deux postes, le PDG sortant gardant seulement la présidence du conseil. Emmanuel Faber continuait toutefois d'assurer l'intérim à la direction générale. Mais dès le surlendemain, le fonds d'investissement Artisan Parters, qui faisait campagne pour le départ d'Emmanuel Faber, avait dit inciter "vivement le conseil à revoir sa position".

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Ce fonds, troisième actionnaire de Danone avec environ 3% du capital, appelait à nommer "immédiatement" un président "vraiment indépendant". Artisan Partners et un autre fonds actionnaire, Bluebell Capital Partners, voulaient un départ pur et simple d'Emmanuel Faber, jugeant que, sous sa direction, Danone avait décliné par rapport à ses principaux concurrents.

En nommant Gilles Schnepp, le conseil d'administration a donc répondu aux exigences de ces fonds. Ces actionnaires demandaient aussi que le plan de réorganisation et de réduction des coûts lancé par Emmanuel Faber soit au moins suspendu.

Baptisé "Local First", ce plan, en cours de négociations avec les syndicats, vise selon la direction sortante à rendre Danone plus "agile" et générer des économies en supprimant des strates hiérarchiques. Jusqu'à 2 000 suppressions de postes sont prévues.

Un patron atypique

Emmanuel Faber s'était taillé une image atypique au sein du CAC 40, celle d'un patron exigeant tiraillé entre ses plaidoyers pour la justice sociale et les exigences des marchés financiers. "Si vous croyez que c'est moi qui décide chez Danone, vous vous trompez", pouvait-on l'entendre dire ces dernières semaines en interview ou lors de la présentation du nouveau siège de Danone France, fin janvier.

La boutade sonnait étrangement chez ce patron du CAC 40 qui se voyait reprocher d'avoir les pleins pouvoirs à la tête du fleuron français de l'agroalimentaire, sans parvenir à redresser les ventes ni le cours de Bourse. Le dirigeant âgé de 57 ans était précédé d'une image de moine-soldat du capitalisme responsable, brouillée toutefois par l'annonce en novembre d'une cure d'amaigrissement parmi les managers — jusqu'à 2 000 postes concernés dans le monde sur 100 000.

Objectif : redresser la rentabilité malmenée par la pandémie de Covid-19. Comme un retour en force des impératifs du marché, quelques mois après une victoire symbolique, les actionnaires ayant plébiscité la transformation de Danone en "entreprise à mission" en juin, un statut qui l'enjoint à poursuivre des objectifs extra-financiers, notamment en matière de préservation de l'environnement.

Renoncement à sa retraite chapeau

"Vous venez de déboulonner une statue de Milton Friedman [économiste américain considéré comme un des pères du néolibéralisme, NDLR]. Cela peut en inquiéter certains, mais qu'ils se rassurent, il y en a encore beaucoup", avait lancé Emmanuel Faber, peu après avoir rappelé son désir de voir "une finance qui sert l'économie qui sert les Hommes".

Un discours atypique pour le dirigeant d'une des plus grosses entreprises agroalimentaires au monde, avec un chiffre d'affaires de 23,6 milliards d'euros l'an dernier. En 2019, il avait renoncé à sa retraite chapeau et à son indemnité de non-concurrence en cas de départ de Danone.

Il avait aussi marqué les esprits en 2016 en affirmant, sans cravate, que "sans justice sociale, il n'y aurait plus d'économie" devant les diplômés de la prestigieuse école de commerce HEC, dont il est lui-même issu. Il décrivait alors le destin de son frère schizophrène, aujourd'hui décédé : "À cause de lui, j'ai découvert l'amitié de SDF, de temps en temps je vais dormir avec eux. (...) Je suis allé séjourner dans des bidonvilles à Delhi, à Bombay, à Nairobi, à Jakarta. Je suis passé au bidonville d'Aubervilliers, vous savez c'est pas très loin de chez nous, à Paris (...). Je suis allé à la jungle de Calais."

Un dirigeant à deux visages

Né en 1964 à Grenoble, l'homme à l'allure d'ascète, qui dit trouver son "équilibre de vie" dans la montagne et l'escalade, a commencé sa carrière comme banquier d'affaires. Il entre en 1997 à Danone où il devient le lieutenant de Franck Riboud, fils du fondateur Antoine Riboud. Il est nommé directeur général en 2014. Arrivé dans un climat morose, Emmanuel Faber orchestre le rachat du géant du bio WhiteWave (valorisé 12,5 milliards de dollars), la plus grosse acquisition du groupe en dix ans qui le fait entrer de plain-pied sur le marché américain. Puis prend la présidence de Danone fin 2017.

Un haut cadre du groupe le décrit comme "un Janus, un homme qui a deux visages". "Il peut être humaniste, inspirant et pénétré, dans ses discours sur la transformation du monde. C'est aussi un capitaine d'industrie, un financier, ancré dans une culture de banquier d'affaires. Dès qu'on parle de deal ou de pognon, il peut avoir un goût de sang dans la bouche. Il est capable d'être les deux, ça peut être déstabilisant. Mais il n'est pas hypocrite", affirme cette source.

Un syndicaliste loue lui un patron "très accessible auprès des partenaires sociaux", soucieux d'expliquer sa stratégie. Quand un autre tranche : "Quand il y a un choix à faire, c'est l'économie qui l'emporte sur le social." Trois des quatre organisations syndicales du groupe ont défendu sa gouvernance quand les fonds d'investissement ont demandé sa tête.

Quant aux milieux financiers, "il les agace certainement un peu", résume un analyste, pour qui il est perçu "comme étant un peu le Steve Jobs de l'agroalimentaire" : il partage avec le cofondateur d'Apple le goût des cols roulés et l'évocation d'une vision "à très long terme". Il aura fait près de 24 ans de sa carrière chez Danone.

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