Emmanuel Macron promet un 'dialogue exigeant' pour sa première rencontre avec Vladimir Poutine

Le président de la République Emmanuel Macron au G7 à Taormina, en Italie, le 27 mai 2017. REUTERS/Philippe Wojazer

Emmanuel Macron reçoit ce lundi à Versailles Vladimir Poutine pour l'inauguration d'une exposition marquant les 300 ans des relations franco-russes, l'occasion de redonner souffle au dialogue entre les deux pays après cinq ans de crispations diplomatiques autour des dossiers syrien et ukrainien.

Quatre jours après sa vigoureuse poignée de mains avec son homologue américain Donald Trump, cette première rencontre avec le chef de Kremlin constitue un nouveau test pour le président français, considéré pendant la campagne comme un novice en matière de politique étrangère à l'exception de l'Europe.

Les deux chefs d'Etat s'entretiendront pendant une quarantaine de minutes en début d'après-midi au château de Versailles (Yvelines) avant un déjeuner de travail et une conférence de presse en milieu d'après-midi. Ils visiteront ensuite l'exposition "Pierre Le Grand, un tsar en France, 1717".

"C'est une première prise de contact entre deux dirigeants qui estiment tous les deux que le facteur personnel joue un rôle important dans la politique étrangère", souligne Manuel Lafont Rapnouil, directeur de l'European Council on Foreign Relations (ECFR) à Paris.

"A Versailles, leur objectif est donc avant tout d'apprendre à se connaître, d'établir une relation personnelle, il ne devrait donc pas y avoir, sauf surprise, de percée" dans les dossiers en cours, indique-t-il à Reuters. "C'est le moment où la relation se construit."

A Moscou comme à Paris, le mot d'ordre pour cette rencontre de quelques heures, présentée comme une "visite de travail" par l'Elysée et comme un "échange d'opinions" par le Kremlin, est le même : la franchise.

"C'est l'occasion de parler franchement et d'avoir une meilleure idée l'un de l'autre", a souligné la semaine dernière Youri Ouchakov, conseiller de Vladimir Poutine, précisant qu'il s'agissait avant tout "de faire connaissance".

Emmanuel Macron a prévenu de son côté, dans les colonnes du Journal du Dimanche qu'il ne laisserait "rien passer" dans les dialogues bilatéraux avec ses homologues et annoncé qu'il aurait un "dialogue exigeant" avec la Russie avec laquelle il évoquerait "tous les problèmes".

Au-delà des crises internationales et de la coopération bilatérale, le chef de l'Etat devrait également, selon son entourage, aborder la question des droits de l'homme ainsi que la situation des homosexuels en Tchétchénie, où des cas de torture et d'arrestations ont été rapportés.

Evoquée le 8 mai au téléphone et malgré les signes d'ouverture des deux parties, la rencontre s'annonce délicate au vu des divergences sur les grands dossiers internationaux et de la ligne dure adoptée par Emmanuel Macron pendant la campagne.

"Il n'y a aucune raison de se soumettre à une quelconque domination russe, de se laisser impressionner ou de laisser les Russes agir au mépris du droit international", déclarait en avril le candidat d'En Marche !.

"Contrairement à d'autres, je suis en mesure de me faire respecter par Vladimir Poutine car ne j'ai pas de dette à l'égard de la Russie dans cette campagne où des interférences inacceptables ont d'ailleurs eu lieu", ajoutait-il, en référence aux cyberattaques et aux fuites de données ayant visé son équipe et qui ont été imputées à la Russie.

A 39 ans, le nouveau chef de l'Etat hérite de relations franco-russes qui se sont considérablement dégradées ces dernières années, sous l'effet des sanctions européennes adoptées contre Moscou après l'annexion de la Crimée en 2014, et de l'annulation de vente des deux navires de guerre Mistral.

Le président russe Vladimir Poutine. REUTERS/Yuri Kochetkov

La dernière visite prévue de Vladimir Poutine à Paris en octobre dernier avait dû être annulée à la dernière minute en raison des différends sur le conflit en Syrie, où la Russie bombardait les quartiers rebelles d'Alep, faisant de nombreuses victimes civiles.

L'arrivée d'Emmanuel Macron, dont le "sherpa" Philippe Etienne est considéré comme un fin connaisseur de la Russie, pourrait-elle changer la donne ?

"Lors du précédent quinquennat, il y avait un dialogue, très nourri et portant sur plein de sujets mais il n'a pas permis de déboucher sur quelque chose", souligne Manuel Lafont Rapnouil.

"Là, nous entrons dans un nouveau quinquennat, il y a quelque chose à construire. Les Russes ont besoin d'avoir une bonne relation avec l'Europe, le fait que Vladimir Poutine se déplace montre qu'il est aussi en demande."

Premier pas

A quelques jours de la rencontre, l'ambassadeur de Russie en France Alexandre Orlov a fait savoir que la Russie était prête à "faire le premier pas" avec le nouveau président français.

"Il faut surmonter la méfiance réciproque qui s'est installée ces dernières années", a-t-il dit dans Challenges. "Dans l'immédiat, essayons de réapprendre à travailler ensemble, à dialoguer, à se respecter mutuellement, à rechercher des solutions, au lieu de camper sur des positions intransigeantes."

Parmi les points de crispation entre les deux pays, la question de la Syrie - où Moscou soutient militairement Bachar al Assad dont Paris réclame le départ - et le conflit en Ukraine où Moscou est accusé d'appuyer des combattants séparatistes.

Si Emmanuel Macron s'en tient à la ligne de François Hollande dans le conflit ukrainien - pas de levée des sanctions sans application des accords de Minsk - le chef de l'Etat a pris ses distances pendant la campagne sur le dossier syrien.

"Nous pouvons nous entendre avec le président de la République" sur la Syrie, a estimé Alexandre Orlov. "Il semble plus déterminé que François Hollande et c'est une bonne chose."

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