En Chine, les opérateurs télécom attribuent une sonnerie spéciale aux mauvais payeurs

Une femme au téléphone, entourée par la police paramilitaire chinoise à Pékin en décembre 2015. Kevin Frayer/Getty

Certaines compagnies de téléphone en Chine attribuent des sonneries spéciales pour les personnes endettées, qui avertissent les appelants qu'ils sont sur le point de contacter quelqu'un qui a des dettes et leur demande de les inciter à payer. La Chine dispose actuellement d'un vaste système de listes noires, et utilise la pratique du "name and shame" à l'encontre des personnes à qui le système judiciaire a ordonné de rembourser leurs prêts. Ils s'appellent les "laolai", ce qui peut être traduit par "mauvais payeurs".

Le pays, qui met traditionnellement l'accent sur l'épargne et considère l'emprunt d'argent comme un tabou, a proposé des mesures inhabituelles pour humilier les laolai afin qu'ils remboursent leur dette. Dans certaines localités, si vous appelez quelqu'un qui doit de l'argent, au lieu du bruit habituel de la tonalité, vous entendez un message vocal enregistré. Il vous indique que vous appelez quelqu'un qui doit de l'argent, et vous demande d'"exhortez la personne" à rembourser ses dettes.

Certains opérateurs locaux ont assigné des sonneries spéciales pour avertir les gens qu'ils appellent un débiteur enregistré au tribunal et leur dire de l'inciter à payer. Reuters/Edgar Su

Ces messages sont en place depuis au moins 2017. Cette année-là, un tribunal du comté de Guanyun, dans l'est de la Chine, a collaboré avec un opérateur de télécommunications local pour concevoir une sonnerie qui informe les appelants. Selon l'agence de presse publique Xinhua, le message dit : "Le titulaire que vous appelez a été mis sur une liste noire par le tribunal du comté de Guanyun pour ne pas avoir remboursé ses dettes. S'il vous plaît, exhortez la personne à remplir ses obligations légales."

Le message se terminait par : "Le tribunal populaire du comté de Guanyun apprécie votre soutien. Merci".

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Tous les numéros de téléphone enregistrés au nom des laolai sont bloqués avec cette caractéristique, que seul le tribunal ou l'opérateur de télécommunication peut annuler lorsque le débiteur a remboursé tous ses prêts, selon Pan Xingjun, un employé judiciaire qui a parlé à Xinhua. Le South China Morning Post a rapporté en mars que plusieurs régions appliquaient des sonneries spéciales comme celle-ci.

Passagers sur le quai de la gare de Pékin en février 2016. Des millions de personnes figurant sur la liste noire des débiteurs de la Chine n'ont pas le droit de réserver des billets de train et d'avion. REUTERS/Damir Sagolj

Au cours des dernières années, la Chine a créé diverses façons de nommer et d'humilier les débiteurs figurant sur la liste noire.

La Cour suprême du pays gère une base de données en ligne, accessible au public et consultable en ligne, qui contient les noms complets et les numéros d'identification gouvernementaux partiellement censurés des laolai de tout le pays. En cliquant sur le nom de la personne, vous pouvez également voir son âge, sa ville d'origine et des détails de sa dette.

La Cour suprême de Chine gère une base de données en ligne, accessible au public et consultable en ligne, qui contient les noms et les renseignements personnels des personnes qui ont des dettes. Cour populaire suprême chinoise

De nombreuses personnes inscrites sur la liste noire ont l'interdiction de réserver des billets de train, d'acheter des biens ou d'occuper des postes de haut rang dans des entreprises publiques, a rapporté The Telegraph.

La province de Hebei, dans le nord de la Chine, a également développé une application pour dire aux gens s'ils habitent près d'un débiteur enregistrée au tribunal, ont rapporté les médias nationaux plus tôt cette année.

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Plus de 17 millions de personnes n'avaient pas le droit d'acheter des billets d'avion et environ 5,5 millions n'avaient pas le droit d'acheter des billets de train à grande vitesse l'année dernière, a rapporté le South China Morning Post en février, citant des statistiques gouvernementales.

Le gouvernement du président chinois Xi Jinping tente de contrôler le comportement des 1,4 milliard de citoyens du pays. EnginKorkmaz/iStock, Etienne Oliveau/Getty Images, Samantha Lee/Business Insider

La liste noire n'est qu'un élément d'une campagne plus vaste menée par la Chine pour surveiller le comportement de ses 1,4 milliard de citoyens. Le pays déploie actuellement son ambitieux "système de crédit social", qui vise à suivre le comportement des gens et à les récompenser ou punir en fonction de leur comportement.

Le système, qui fonctionne séparément du système de liste noire, est partiel et toujours à l'essai dans diverses municipalités, bien que les autorités aient déjà dit vouloir le lancer à l'échelle nationale en 2020. Les systèmes de crédit social à travers le pays ont jusqu'à présent servit contre les propriétaires de chiens, les personnes qui traversent en dehors des passages cloutés et les gens qui se conduisent mal ou flânent en public, parmi d'autres.

Version originale : Alexandra Ma/Business Insider

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