EPR : le coût astronomique des retards des chantiers pour EDF

Le site de l'EPR de Flamanville, en Normandie, le 16 juillet 2013. Desfoux/ANDBZ/AbacaPress 

Nouveau rebondissement dans la construction de l'EPR  de Flamanville. Des travaux sur les soudures défectueuses de ce réacteur nucléaire de troisième génération vont encore alourdir la note, déjà très élevée. Le groupe EDF a annoncé mercredi 9 octobre 2019, via un communiqué, des surcoûts pour un montant de 1,5 milliard d'euros, portant le budget total de ce chantier à 12,4 milliards d'euros. Ce qui devait devenir la vitrine commerciale de la filière nucléaire française s'apparente de plus en plus à un fiasco.

Lancée en décembre 2007, la construction de l'EPR (réacteur européen à eau pressurisée) dans le département de la Manche a connu de nombreux contretemps. Il devait initialement être connecté au réseau électrique en 2012, pour un coût de moins de 3,5 milliards d'euros. La mise en service de l'EPR est finalement prévue fin 2022, au plus tôt. Le nouveau retard annoncé aujourd'hui est lié à des défauts sur une soixantaine de soudures repérés l'an dernier. Parmi elles, huit traversent l'enceinte de confinement du réacteur et doivent à présent être refaites à la demande de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Un audit et un plan B à 400 M€

Pour effectuer ces travaux complexes, EDF compte recourir à des robots. "Le scénario de reprise des soudures de traversées privilégié par EDF est l'utilisation de robots télé-opérés, conçus pour mener des opérations de grande précision à l'intérieur des tuyauteries concernées", explique l'électricien. Toutefois, si cette solution n'était pas validée par l'ASN, un second scénario est prévu par l'opérateur public, "fondé sur l'extraction et la remise à niveau dans les bâtiments auxiliaires de sauvegarde".

Ce plan B occasionnerait un coût supplémentaire "de l'ordre de 400 millions d'euros", a précisé lors d'une conférence téléphonique Xavier Ursat, directeur de l'ingénierie et des projets "nouveau nucléaire" d'EDF, rapporte l'AFP. Les difficultés de l'électricien à Flamanville ont conduit l'exécutif à demander un audit sur la filière nucléaire et le choix de l'EPR à l'ancien président de PSA, Jean-Martin Folz, qui doit rendre ses conclusions fin octobre.

"Le gouvernement ne peut pas se satisfaire de cette situation et attend des explications", a réagi mercredi le ministère de la Transition écologique, soulignant que l'audit "devrait faire toute la lumière sur les causes des retards et écarts de coûts", précise l'AFP.

Les chantiers britanniques et finlandais aussi en difficulté

Depuis le feu vert en 2004 du gouvernement français à la construction d'un réacteur nucléaire de troisième génération, les problèmes se sont accumulés sur le site de Flamanville : fissures dans le béton, anomalies dans la composition du couvercle et sur la cuve fabriqués par Areva, chutes mortelles sur le chantier en 2011, défauts de soudure sur le réacteur, recours devant le Conseil d'Etat déposé par l'ONG Greenpeace et trois autres associations contre un avis de l'ASN... Dans le même temps, la facture de l'EPR n'a cessé de gonfler.

Mais les soucis d'EDF ne se limitent pas à Flamanville. Outre-Manche, le groupe public a également annoncé fin septembre un nouveau surcoût, de 1,15 et 3,3 milliards d'euros, pour les deux réacteurs du chantier d'Hinkley Point. Là aussi, le budget s'envole puisqu'il estime désormais "entre 21,5 et 22,5 milliards de livres sterling 2015" (jusqu'à plus de 25 milliards d'euros, ndlr) le coût total de ce projet au sud de l'Angleterre. Et le risque de retard "s'est accentué", a prévenu EDF, alors que le groupe avait déjà prévu en 2017 un retard de 15 mois pour le premier réacteur, censé entrer en service en 2025, et de neuf mois pour le second. 

En Finlande, si c'est Areva et Siemens qui sont aux manettes et non EDF, le projet d'EPR, devant assurer 15% des besoins en électricité du pays, a aussi connu des problèmes à répétition. Sa mise en service est maintenant attendue en 2020, avec dix ans de retard sur le calendrier initial et un coût total estimé à 8,5 milliards d'euros, contre un budget de 3 milliards prévu à l'origine. 

Deux réacteurs déjà en marche en Chine

Deux EPR sont toutefois déjà en marche en Chine. Bien que le chantier ait commencé en 2009, après celui de Flamanville, Taishan 1 a été le premier réacteur de troisième génération au monde à entrer en fonction en décembre dernier. Il est exploité par TNPJVC, une coentreprise créée conjointement par China General Nuclear Power Corporation (51%), EDF (30%) et l'électricien chinois provincial Yuedian (19%). Le deuxième réacteur de Taishan est lui aussi entré en service depuis. 

Conçu pour fonctionner pendant 60 ans, l'EPR offre une puissance très élevée, de 1 650 mégawatts. Il doit offrir plus de sécurité que les précédentes générations de réacteur nucléaire grâce à une multiplication des systèmes de sauvegarde pour refroidir le cœur du réacteur en cas de défaillance, mais aussi une coque de protection en béton et en acier, ainsi qu'un récupérateur de corium réduisant les conséquences en cas d'accident.

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