Un astéroïde baptisé 2006 QQ23 passera, ce samedi 10 août 2019, à une distance de 7,4 millions de kilomètres de la Terre. Mesurant entre 250 et 570 mètres de large, il fait partie des 1999 astéroïdes géocroiseurs — autrement dit, ceux croisant l'orbite de la Terre — répertoriés à ce jour comme "astéroïdes potentiellement dangereux (les PHA pour "potentially hazardous asteroids" en anglais), suivis par les agences spatiales, la NASA et l'Agence spatiale européenne (ESA) notamment. Ce nom, un peu trompeur, ne signifie pas que l'objet 2006 QQ23 risque de s'écraser sur notre planète bleue.

"Cet astéroïde ne présente absolument aucun danger", a insisté Patrick Michel, directeur de recherches au CNRS et responsable du groupe de planétologie du laboratoire Lagrange à l'Observatoire de la Côte d'Azur à Business Insider France. "Il est impossible de dire que le risque est nul en général, il est très très faible, et c'est d'ailleurs le risque naturel le plus faible par rapport à celui que pose par exemple, les tremblements de terre. Mais on ne peut pas totalement l'écarter et les conséquences peuvent être importantes, sachant que l'on ne connaît que 30% des objets de plus de 140 mètres qui croisent la trajectoire de la Terre". Et d'ajouter : "et puis, c'est le seul risque naturel que l'on peut prédire et éviter ou grandement minimiser avec des moyens réalisables et qui nécessitent seulement d'être mis en œuvre."

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Par définition, cette catégorie englobe les astéroïdes dont le diamètre moyen est supérieur à 140 mètres et/ou qui ont une distance minimale à l'orbite de la Terre en-dessous de 0,05 unité astronomique — une unité astronomique équivaut à la distance entre la Terre et le Soleil (150 millions de kilomètres) —, soit 7,5 millions de kilomètres. Si, d'après les calculs des scientifiques, cet astéroïde était condamné à entrer en collision avec la Terre, que pourrait-on faire pour l'éviter ?

AIDA, une mission test pour dévier un astéroïde en 2022

En étant optimiste, il faudrait le savoir "au moins cinq ans" avant la date de l'impact, a estimé Patrick Michel, car "il va falloir se concerter entre les agences spatiales, savoir si l'objet est difficile d'accès, son orbite etc. Et pour l'instant, nous serions contraints d'envoyer une mission qui effectuerait une déviation avec une technique qui n'a jamais été testée". Il existe trois pistes sérieuses pour pouvoir éviter la catastrophe, et l'une d'elles va être lancée pour la première fois dans deux ans.

Le premier test de déviation d'astéroïde en utilisant la technique de l'impacteur cinétique s'appelle AIDA et combine la mission DART de la NASA et la mission Hera de l'ESA. L'agence spatiale américaine va envoyer un projectile artificiel, équipé d'une caméra embarquée et d'un logiciel de navigation autonome sophistiqué, à une vitesse d'environ 6,6 km/s, s'écraser dans la petite lune (160 mètres) de l'astéroïde double Didymos en 2022 afin de perturber sa trajectoire autour de son corps principal. La NASA a obtenu le financement de la mission DART qui sera lancée en 2021 pour atteindre son objectif en 2022. 

La mission Hera de l'ESA viendra ensuite constater le résultat de l'impact en termes de déviation produite, taille du cratère et structure interne de la petite lune. "Les observations rapprochées effectuées par Hera nous donneront la masse de Didymoon, la forme du cratère ainsi que des propriétés physiques et dynamiques de Didymoon. [...] Ces données clefs collectées par Hera permettront de transformer une expérience grandiose mais unique en une technique de défense planétaire bien maîtrisée, qui pourrait en théorie être répliquée si nous devions un jour stopper un astéroïde qui se dirigerait vers nous", indique l'ESA.

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L'Agence spatiale européenne, qui a initié cette étude il y a 15 ans, attend l'approbation de ses États Membres lors du Conseil Ministériel de novembre prochain pour poursuivre le développement de la mission Hera qui permettra de valider complètement la technique.

Une solution extrême de dernier recours existe mais... 

Deux autres techniques ont déjà été évoquées par les experts du domaine. La première fait appel à la force de gravitation et consiste à envoyer un satellite artificiel près de l'astéroïde en question pour l'attirer vers lui et ainsi changer son orbite. "Cette technique, appelée tracteur gravitationnel, n'a pas été testée et ça ne pourrait fonctionner que pour des petits objets, en supposant qu'on sache se positionner suffisamment longtemps à proximité d'un astéroïde dont la forme peut être très allongée et qui tourne sur lui-même avec une vitesse pouvant aussi être élevée", a estimé Patrick Michel, responsable de l'équipe scientifique de la mission Hera de l'ESA en coopération avec la mission spatiale DART de la NASA.

Enfin, il existe une solution extrême de dernier recours : lancer un missile nucléaire dans l'espace en direction de l'astéroïde pour dévier sa trajectoire. "Ce serait une solution de dernier recours pour sauver l'humanité, s'il est trop tard pour envisager autre chose. Mais on ne testera heureusement jamais cette technique, ce qui est interdit par les traités internationaux. Mais on sait qu'elle est réalisable."

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Le spécialiste des astéroïdes Patrick Michel a ajouté : "l'objectif aujourd'hui est d'une part de compléter l'inventaire des astéroïdes plus grands que 140 mètres afin de savoir suffisamment à l'avance si un risque peut se concrétiser, et en parallèle de valider et de mettre en place des techniques qui ne font pas appel au nucléaire. Ainsi, nous aurons le temps de nous préparer avec une technique déjà validée et pourrons éviter l'utilisation de la solution extrême en dernier recours."

Si un astéroïde s'écrasait réellement sur Terre, les dégâts seraient quasi similaires à ceux causés par l'explosion de plusieurs centaines, milliers voire centaines de milliers de bombes nucléaires, mais sans les conséquences liées au nucléaire. Tout dépendra également de la taille de l'astéroïde en question. 

Il y a 66 millions d'années, un astéroïde géant de 12 kilomètres de diamètre s'est écrasé sur Terre, près de la ville actuelle de Chicxulub sur la péninsule Yucatan du Mexique et a provoqué l'extinction soudaine des dinosaures et de 75 % de toute forme de vie terrestre. Mais un astéroïde n'a pas besoin d'être aussi grand pour causer d'importants dégâts. En 1908, un astéroïde dont la taille était comprise entre 50 et 80 mètres de diamètre s'était écrasé dans la région de la Toungouska, en Sibérie, déployant une énergie similaire à 1000 fois celle engendrée par les bombes nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki en 1945, décimant au passage la forêt sur un rayon de 20 kilomètres.

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