Et si vous deviez bientôt quitter plus tôt les restaurants le soir ?

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Et si vous deviez bientôt quitter plus tôt les restaurants le soir ?
Mi-juin, le chef Éric Guérin a décidé de fermer les portes de son restaurant étoilé à minuit pour le bien-être de ses équipes. © Unsplash/Michael Browning

"Le monde bouge (...) alors pourquoi la restauration reste-t-elle ancrée sur ses vieux principes ?". C'est par ces mots que commence un billet posté sur Instagram le 17 juin dernier par le chef Éric Guérin, propriétaire du restaurant une étoile la Mare aux Oiseaux, situé en Loire-Atlantique. Il annonce à ce moment-là de nouveaux horaires pour son établissement, et notamment la fermeture le soir à minuit de son restaurant. La raison invoquée ? "Respecter le bien-être de nos équipes".

Le cuisinier l'explique ainsi sur le réseau social: "Ma décision est active et ce n'est pas la seule que nous avons mis en place pour vivre ensemble une restauration bienveillante et accueillante pour tous". Dans le même message, Éric Guérin explique que, avant même la crise liée à la pandémie de Covid-19, les restaurateurs avaient souvent du mal à recruter du personnel. Les choses ont depuis empiré: certains salariés ont goûté à la liberté en bénéficiant du chômage partiel ; d'autres ont testé un autre métier pendant les longs mois de fermeture des restaurants.

À lire aussi — Tout savoir sur les dark kitchen, ces restaurants 'fantôme' qui font polémique

"Nous n'étions pas très bien lotis question personnel avant la crise; aujourd'hui la recherche de collaborateurs est devenue la zone rouge du chef d'entreprise", confirme ainsi le chef.

L'initiative du chef Éric Guérin reprise par d'autres restaurateurs

Depuis, son initiative a fait des émules. Le chef étoilé du restaurant Le Saint Placide, situé à Saint-Malo, a répondu à l'appel. Dans un message posté sur Instagram, il déclare: "Suite à l'annonce du chef Éric Guérin, je pense que pour le bien-être de nos équipes, nous fermerons nous aussi le St Placide tous les soirs à minuit !". Il en va de même à l'hôtel-restaurant Le Radio, à Chamalières, près de Clermont-Ferrand.

Même son de cloche encore pour le chef nordiste Florent Layden qui explique son point de vue dans une vidéo pour le média Brut. "L'idée finalement chez moi, c'est d'améliorer le bonheur au travail. (...) Et ça va passer, par exemple, par raccourcir le temps de travail sur une semaine, en heures peut-être, mais surtout en temps de travail".

À lire aussi — Ces 39 restaurants Flunch vont mettre la clé sous la porte définitivement

Reste à voir si cette idée va essaimer chez les autres restaurateurs. Et si quitter le restaurant plus tôt va devenir une habitude pour les clients, contraints par les douze coups de minuit comme Cendrillon dans le conte pour enfants. Selon Franck Trouet, porte-parole du Groupement National des Indépendants (GNI), syndicat pour les secteurs de l'hôtellerie et de la restauration, "il faut saluer cette initiative". Et de préciser : "Ce que fait Éric Guérin, ça me plaît beaucoup, cela peut montrer à un grand nombre de professionnels du secteur qu'il existe des pistes pour s'adapter".

'Nos salariés, ce ne sont pas des fainéants'

Avant la pandémie de Covid-19, 100 000 postes étaient déjà vacants dans le secteur de la restauration. Horaires décalés, difficulté du métier, travail les soirs et les week-ends, journée fragmentée... les raisons de la désertion du secteur sont nombreuses. Avec la fermeture des établissements pendant de nombreux mois, certains sont partis vers d'autres métiers et ne sont jamais revenus en cuisine ou en salle.

"La question que se pose les restaurateurs maintenant c'est : moi, professionnel, avec des équipes à flux tendu et des conditions d'emploi difficiles, qu'est-ce que je peux faire pour améliorer cela", explique Franck Trouet. Augmenter les salaires pour compenser la pénibilité du travail semble compliqué dans une période financière incertaine où les restaurateurs commencent à rembourser les loyers reportés, voir les Prêts Garantis par l'État.

"On doit réfléchir aux horaires, oui. Il y a d'autres pistes, ce ne sont pas des sujets nouveaux mais ils sont plus importants que jamais", confirme le porte-parole du GNI. Outre les horaires et les salaires, il pense également aux transports pour se rendre sur son lieu de travail, mais aussi aux logements. "Il y a un moment, nous gérions un fonds national du logement qui nous permettait de proposer des appartements 20% moins chers que le prix du marché, en région parisienne notamment", explique Franck Trouet.

Et de conclure : "Nos salariés, ce ne sont pas des fainéants. Mais ce n'est pas non plus parce que ce sont des hommes et des femmes courageux qu'ils doivent avoir des conditions de travail difficile". La route est encore longue.

À lire aussi — McDonald's teste de la vaisselle réutilisable dans certains restaurants en France

Découvrir plus d'articles sur :