Face à la Chine et la Russie, les Navy SEALs s'adaptent aux nouvelles menaces

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Une équipe de Navy SEALs effectue un exercice de descente rapide depuis un hélicoptère MH-60S Seahawk sur le sous-marin d'attaque rapide de classe Los Angeles USS Toledo, en 2005. © US Navy/Journalist 3rd Class Davis J. Anderson

Au début de l'année, les membres des Navy SEALs et des forces spéciales de la marine américaine ont travaillé avec des troupes maritimes conventionnelles lors du dernier exercice mené par le groupe d'attaque du porte-avions USS Eisenhower avant son déploiement.

Au cours de l'exercice, les commandos de la marine américaine étaient les yeux et les oreilles du groupe d'attaque du porte-avions, contribuant au ciblage au-delà de l'horizon, à la reconnaissance stratégique et au soutien aérien rapproché. Alors que la concurrence avec les grandes puissances chinoise et russe s'intensifie, les forces spéciales de l'US Navy cherchent des moyens de rester pertinentes après deux décennies d'opérations antiterroristes.

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"Il s'agit d'une course à la pertinence et d'un moyen de rendre la flotte plus apte à la survie et plus meurtrière", a déclaré l'amiral Hugh Howard, commandant du Naval Special Warfare Command, lors de la conférence Ouest 2021, fin juin. Celui-ci a donné un aperçu de la façon dont les SEALs et les équipes des opérations spéciales cherchent à être un atout à la fois dans la compétition en "zone grise" et dans un conflit potentiel.

"Nous sommes les commandos navals de la marine. C'est ce que nous sommes, et nous comprenons nos racines" et sommes capables "d'élaborer de nouveaux concepts sur la façon dont nous pouvons contribuer", a affirmé l'amiral.

Retour vers le futur

Un SEAL de la marine américaine s'élance d'un hélicoptère HH-60H Sea Hawk sur une plateforme gazière et pétrolière en 2011.  US Navy/PO3 Adam Henderson

Avant les guerres d'Afghanistan et d'Irak, les pelotons de Navy SEALs se déployaient régulièrement à bord des navires de la marine conventionnelle, généralement des porte-avions, pour des missions de six mois. Si une crise éclatait quelque part dans le monde, le porte-avions et son contingent de SEALs s'y déployaient.

Bien que difficiles pour le moral des troupes, ces déploiements permettaient aux commandos d'être utiles à la marine dans les opérations du quotidien. Alors que la lutte contre le terrorisme ralentit, les Navy SEALs cherchent à être à nouveau utile à l'US Navy en excellant dans les missions qui la distinguent du reste de la communauté des opérations spéciales américaines, à savoir les opérations spéciales maritimes sous-marines et en surface, explique Hugh Howard.

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"Il s'agit de compliquer le ciblage de nos adversaires, de saper leur confiance, de mettre en place les conditions nécessaires à l'intérieur des zones interdites ... afin d'affaiblir l'ennemi", a affirmé l'amiral. "C'est vraiment un retour vers le futur". Lorsqu'il s'agit du domaine sous-marin, les équipes des SEALs disposent d'un atout crucial : le SEAL Delivery Vehicle.

Ces mini-sous-marins sont difficiles à détecter, ce qui permet aux forces spéciales de s'approcher clandestinement des ports et des côtes pour attaquer les navires ennemis, insérer et extraire une petite équipe pour effectuer une reconnaissance, ou encore mener des embuscades ou des raids. Ces véhicules peuvent être lancés à partir de sous-marins conventionnels, de navires de surface et même d'hélicoptères.

Une équipe de Navy SEALs se prépare à lancer un Delivery Vehicle depuis le sous-marin d'attaque de classe Los Angeles, l'USS Philadelphia.  US Navy photo by Chief Photographer's Mate Andrew McKaskle

Ces commandos sont tout aussi redoutables en surface. Les équipes d'embarcations spéciales exploitent une flotte de petits navires de surface spécialisés dans les opérations qui peuvent manœuvrer furtivement près des côtes ennemies, insérer ou extraire des commandos, mener des reconnaissances stratégiques ou des raids et embuscades à action directe.

'Miner la confiance de l'adversaire'

Les combattants du Navy Special Warfare — entité qui chapeaute les SEALs — doivent "créer les conditions pour miner la confiance de l'adversaire" et fournir aux dirigeants civils un levier diplomatique et des options de réponse flexibles en cas de crise ou de conflit, a déclaré Hugh Howard le mois dernier. "Nous devons être à l'intérieur du territoire adverse d'une manière qui complique leur ciblage et étend la portée des feux conjoints à longue portée."

La Chine compte 18 des 25 plus grandes mégalopoles — abritant plus de 10 millions d'habitants — du monde, dont plusieurs sont situées près des côtes ou à proximité de voies navigables. Ces zones abritent des nœuds de télécommunications critiques qui pourraient être des cibles pour les commandos de la marine américain. Les côtes russes seraient également des environnements idéaux pour les opérations spéciales.

Les capacités du Naval Special Warfare peuvent également accroître la capacité de survie de la flotte en perturbant ou en repérant les capacités de ciblage de l'ennemi, comme les missiles antinavires et les radars.

"Si nous voulons réussir à nous attaquer aux capacités de déni d'accès et d'interdiction de zone des États-nations, nous devons nous appuyer sur les [forces d'opérations spéciales] et les technologies de pointe pour comprendre où ils se trouvent, ce qu'ils font et comment développer au mieux des techniques d'élimination à proximité et à distance", a affirmé à Insider Herm Hasken, partenaire et consultant principal en opérations chez MarkPoint Technologies, qui possède une vaste expérience des opérations spéciales et des communautés de renseignement.

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De nouvelles technologies pour de nouveaux défis

Des Navy SEALs, l'un avec un désignateur de cible laser AN/PAQ-1, à droite, l'autre avec un fusil M14, prennent une position défensive pendant une démonstration amphibie en 1988.  National Museum of US Navy

La Navy Special Warfare investit également dans de nouvelles technologies et de nouveaux équipements, notamment dans les drones aériens et maritimes, l'intelligence artificielle et la cyberguerre. Ces investissements visent à accroître la capacité de survie des commandos et des plateformes, mais aussi à augmenter leur létalité.

Les SEALs et les équipes de bateaux spéciaux ne sont pas les seuls à rechercher de telles technologies. La National Defense Authorization Act de 2021 a permis au Centre américain des opérations spéciales, dont fait partie le Naval Special Warfare, d'autoriser des activités de guerre électronique et de cyberguerre pour soutenir les missions.

Les unités d'opérations spéciales américaines cherchent donc maintenant à mieux tirer parti de ces nouvelles capacités et autorisations et à les inclure dans leurs missions. L'un de ces efforts est l'initiative HEO (hyper-enabled operator), qui vise à donner aux commandos un meilleur accès à l'analyse des données sur le champ de bataille et à améliorer leur connaissance de la situation pour leur permettre de prendre des décisions plus judicieuses et plus rapides.

L'initiative HEO vise également à accroître la capacité des commandos à comprendre ce qui se passe autour d'eux sans nuire à leur charge cognitive ou à leur profil électronique.

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Un membre du Naval Special Warfare Group 2 effectue des opérations de plongée militaire dans le golfe du Mexique en 2018.  US Navy/Senior Chief Mass Communication Specialist Jayme Pastoric

Les systèmes de reconnaissance passive donneraient également aux commandos la possibilité de mieux opérer dans des environnements contestés et encombrés, tout en maintenant une connaissance tactique de la situation et en recueillant des données sans annoncer leur présence.

Rester un atout face aux nouvelles menaces

"Si je suis un commandant qui reçoit l'ordre d'envoyer une équipe de SEALs pour mener des opérations discrètes dans des zones maritimes, j'enverrai des demandes au centre de commandement pour une combinaison de capacités de reconnaissance passive et de connaissance de la situation qui n'entraîneront pas de surveillance indésirable de l'équipe", a déclaré Herm Hasken, qui a travaillé à la National Security Agency en tant que cryptologue en chef du Centre de commandement des opérations spéciales (SOCOM).

La plupart des grands adversaires de Washington sont des États de surveillance "prolifiques" qui utilisent des navires commerciaux, des bouées ou même des îles artificielles pour surveiller l'intérieur et la proximité de leur territoire, a ajouté le consultant de MarkPoint Technologies.

"À un moment ou à un autre, les équipes des forces spéciales rencontreront le personnel et les capacités de sécurité interne d'une nation adverse, même dans les zones d'eau libre", a affirmé Herm Hasken.

Dans un conflit avec la Russie ou la Chine, l'armée américaine ne bénéficiera pas nécessairement de la supériorité militaire dont elle jouit contre les terroristes et les insurgés. Alors que l'armée américaine se prépare à un tel conflit, les Navy SEALs cherchent des moyens de rester des atouts pour la marine face aux nouvelles menaces. Leurs capacités de reconnaissance stratégique et d'action directe signifient qu'ils seront encore très utiles à l'avenir.

Version originale : Stavros Atlamazoglou/Insider

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