Facebook anticipe une amende d'au moins 3 Mds$ pour le scandale Cambridge Analytica

AP Photo/Andrew Harnik

Facebook a mis de côté 3 milliards de dollars en prévision d'une amende record de plusieurs milliards de dollars, qui pourrait lui être infligée par des organismes de réglementation américains. Mercredi 24 avril, le géant des réseaux sociaux a annoncé ses résultats financiers du premier trimestre 2019. L'entreprise a dépassé les prévisions de Wall Street concernant ses revenus pour le trimestre, affichant des résultats de 15,08 milliards de dollars (13,52 milliards d'euros). Elle a également annoncé qu'elle anticipait un règlement avec la Federal Trade Commission, l'agence fédérale américaine de régulation du commerce, de l'ordre de 3 à 5 milliards de dollars (environ 2,5 à 4,5 milliards) au sujet de la protection de la vie privée.

Il s'agirait de la plus lourde amende jamais infligée par la FTC, et elle est liée à son enquête en cours sur Facebook, lancée à la suite du scandale Cambridge Analytica, pour violation alléguée d'un décret de consentement de 2011 sur la vie privée des utilisateurs. L'entreprise de technologie a été confrontée à de multiples scandales au cours des deux dernières années, qu'il s'agisse du détournement par Cambridge Analytica de dizaines de millions de données d'utilisateurs ou du rôle de la plateforme dans la propagation de discours haineux qui ont pu fomenter le génocide au Myanmar.

Cette amende serait la sanction pécuniaire la plus importante à laquelle l'entreprise a dû faire face jusqu'à présent pour ses faux pas, mais elle reste très faible par rapport aux milliards de bénéfices annuels qu'elle génère. Le marché s'est en effet affranchi de ses inquiétudes quant à son impact, l'action Facebook ayant bondi d'environ 8% dans les échanges après Bourse, pour atteindre 197 dollars (176 euros) par action.

Facebook affirme que s'il n'avait pas mis les fonds de côté, son bénéfice par action aurait été de 1,89 dollar (1,70 euro), soit beaucoup plus élevé que ce à quoi s'attendaient les analystes, qui tablaient sur 1,62 dollar (1,45 euro). "Au premier trimestre de 2019, nous avons comptabilisé une provision de 3 milliards de dollars dans le cadre de l'enquête en cours de la FTC ", a déclaré un porte-parole de Facebook dans un communiqué. "Cette question n'est toujours pas résolue, et nous estimons que les pertes se situent entre 3 et 5 milliards de dollars."

Voici les chiffres clés (et ce que les analystes attendaient, via Bloomberg) :

  • chiffre d'affaires : 15,08 milliards de dollars, soit 13,52 milliards d'euros, pour 14,97 milliards attendus (13,43 milliards d'euros), en hausse de 26% sur un an
  • bénéfice par action : 0,85 dollar, soit 0,76 euro. Le bénéfice prévu — sans tenir compte des liquidités mises de côté pour l'amende — était de 1,62 dollar, soit 1,45 euro
  • utilisateurs actifs quotidiens : 1,56 milliard d'utilisateurs (conformément aux attentes)
  • utilisateurs actifs mensuels : 2,38 milliards pour 2,37 milliards attendus

Si on prend en compte l'ensemble des applications proposées par Facebook, le nombre total d'utilisateurs quotidiens est passé de 2 milliards à 2,1 milliards, tandis que le nombre d'utilisateurs actifs mensuels est resté stable à 2,7 milliards. L'entreprise avait précédemment déclaré qu'elle cesserait, à un moment donné, de divulguer les utilisateurs actifs quotidiens et mensuels de Facebook, en remplaçant ce chiffre par les utilisateurs de l'ensemble de ses applications.

Cette mesure aiderait à dissimuler la baisse du nombre d'utilisateurs de Facebook, l'application au cœur du plus gros scandale de l'entreprise, et qui est de plus en plus éclipsée par Instagram, l'application en vogue. Mais les données publiées par Facebook mercredi montrent que le réseau social reste, du moins pour le moment, globalement stable et que l'entreprise a continué d'augmenter lentement sa base d'utilisateurs européens après avoir un peu stagné l'année dernière.

FB

La croissance continue d'Instagram est un aspect clé pour les investisseurs, mis à part le déclin de l'activité de l'application Facebook. Pour cela, l'entreprise adapte son modèle publicitaire au format (relativement) nouveau de "Stories", proposé par diverses applications de l'entreprise.

Lors d'une conférence téléphonique avec des dirigeants de Facebook mercredi, les analystes se sont concentrés en grande partie sur les nouvelles mesures de l'entreprise concernant la "vie privée", et comment cela pourrait l'affecter, ainsi que le potentiel du commerce électronique et la croissance des "Stories". La seule question au sujet de l'éventuel règlement à la FTC a été posée vers la fin de la conversation.

Les années de scandales sur Facebook n'ont pas freiné sa croissance rapide, et avant la publication de ses résultats mercredi, l'action de la société se situait autour de 183 dollars (164 euros), en dessous de son plus haut historique de 218 dollars (195,5 euros) en juillet 2018, mais bien au-dessus des 123 dollars (110 euros) qu'elle affichait en décembre dernier.

Version originale : Rob Price/Business Insider

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