Facebook aurait utilisé les données des utilisateurs pour nuire à Youtube, Twitter et Amazon 

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, arrive pour témoigner devant la commission financière du Congrès américain dans le Rayburn House Office Building à Washington, DC le 23 octobre 2019. Mandel Ngan/Getty Image

Selon des emails internes divulgués mercredi 6 novembre, des employés haut-placés de Facebook auraient élaboré une stratégie pour utiliser les données des utilisateurs afin de nuire à certaines entreprises perçues comme des menaces. Les données des utilisateurs représentent un bien précieux pour les entreprises de la tech, et elles sont au coeur du business model de Facebook. Même si le réseau ne vend pas ces données, il en partage certaines avec d'autres applications lorsque les utilisateurs y connectent leur compte Facebook.

Par exemple, si vous vous connectez à une application via votre compte Facebook, elle aura sûrement accès à votre adresse email ainsi qu'à votre liste d'amis pour vous permettre de retrouver vos amis sur l'application en question.  Mais au début des années 2010, les employés de Facebook ont discuté à plusieurs reprises de stratégies pour restreindre sélectivement l'accès à ces données précieuses aux applications concurrentes comme Twitter, Amazon, Pinterest et YouTube — même dans les cas où ces applications avaient déjà accès aux données des utilisateurs Facebook.

Contacté par Business Insider US, un porte-parole de Facebook a déclaré dans un communiqué : "Ces vieux documents ont été sortis de leur contexte par quelqu'un qui avait un agenda contre Facebook, et ont été publiés au public dans le plus grand mépris de la loi américaine."

"Considérablement entraver le développement" d'Amazon

Ces mails qui ressortent aujourd'hui montrent comment Facebook a essayé de mettre certaines applications sur liste noire, se servant de sa position dominante face aux autres réseaux sociaux pour freiner la croissance de ses concurrents. Cette pratique a fait l'objet d'un article sur NBC News, en avril 2019, et les messages récemment divulgués apportent de nouveaux détails. Dans un des emails divulgués, datant de juin 2013, Jackie Chang, un(e) employé(e) de Facebook, décrit une décision de restreindre l'accès d'Amazon aux données des utilisateurs de Facebook, parce que la wishlist d'Amazon était perçue comme une concurrente de l'application Facebook Gifts.

"La plateforme va mettre en place un changement fonctionnel... qui limitera la capacité d'Amazon à lire les données des amis (y compris les anniversaires) aux seuls amis connectés à cette application. Cela devrait restreindre l'application de cadeaux d'Amazon aux seuls utilisateurs immédiatement connectés, et considérablement entraver son développement", a écrit Jackie Chang.

A lire aussi — Facebook a laissé 100 développeurs accéder aux données personnelles des membres de groupes de sa plateforme

Un autre échange de mails datant d'octobre 2011 montre que des employés haut-placés auraient eu l'intention de mettre Twitter sur liste noire, l'empêchant d'avoir accès aux listes d'amis des utilisateurs, une mesure que Facebook a déjà adoptée pour YouTube. La discussion a eu lieu à un moment où Facebook savait qu'il avait l'avantage sur Twitter, selon Computer Weekly — les liens Twitter représentaient 1% du trafic sortant sur Facebook, tandis que les liens Facebook représentaient 33% du trafic sortant sur Twitter.

"Pouvez-vous vérifier que nous limitons l'API de Twitter [interface de programmation d'application] pour bloquer les listes d'amis ?" a écrit un employé. "Youtube n'est pas autorisé à voir les utilisateurs qui n'utilisent pas déjà l'application, donc une liste d'amis leur serait fournie, mais seulement les amis qui utilisent déjà Youtube. Cela n'a jamais été activé pour Twitter", a répondu un autre employé.

Un accord spécifique avec Apple sur le partage des données?

La protection de la vie privée des utilisateurs semble être le dernier de leur souci dans ces mails, pourtant les employés de Facebook expliquent régulièrement que c'est pour conserver la confiance des utilisateurs que l'entreprise limite les données qu'elle partage. Par exemple, Facebook a décidé d'augmenter le nombre de données partagées avec Apple suite à un accord, et un employé craignait que les gens soient sceptiques par rapport aux discours de Facebook sur la confiance des utilisateurs.

"J'ai peur que nous n'arrivions pas à avoir l'air cohérents avec le message que l'on fait passer. On communique à fond sur la confiance que nous accordent les utilisateurs, en expliquant que c'est la raison pour laquelle on fait le remaniement v4. Ça serait dommage que des [journalistes] démontrent qu'il y avait un contournement facile et évident sur iOS," a écrit l'employé.

Facebook fait l'objet d'une vaste enquête fondée sur des allégations de pratiques anticoncurrentielles.

Version originale : Aaron Holmes/Business Insider

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Le DG de Twitter Jack Dorsey s'est moqué du nouveau logo de Facebook

VIDEO: Un drone a filmé les impressionnantes chutes des Sept Sœurs en Norvège — elles font 250 mètres de haut