Facebook confirme que Donald Trump a le droit de mentir dans les publicités, mais pas de proférer des insultes

Donald Trump a publié cette photo d'une réunion avec le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, à la Maison Blanche le 19 septembre. Facebook/Donald Trump

Donald Trump a le droit de mentir dans les publicités sur Facebook, mais il ne peut pas proférer des insultes. Dans les trois jours qui ont suivi l'annonce de l'enquête de destitution de Donald Trump le 24 septembre, son équipe de campagne a dépensé 1 million de dollars en publicités sur Facebook, dont beaucoup comportaient des allégations fausses ou trompeuses. L'une de ces publicités de Donald Trump faisait même référence à Joe Biden avec l'insulte " b-tch" (en anglais), ce qui violait les politiques publicitaires de Facebook contre les injures.

La publicité a été supprimée de la plateforme après avoir été examinée, a déclaré une source familière avec le sujet à Business Insider US. L'équipe de campagne de Donald Trump a ensuite modifié la publicité, en y ajoutant une fausse allégation au sujet de Joe Biden. La mise à jour a été acceptée car Facebook ne soumet pas les publications des politiciens à son programme de fact-checking par des tiers. La publicité, qui a été diffusée sur Facebook sous différents formats, affirmait que "Joe Biden avait promis à l'Ukraine 1 milliard de dollars s'ils renvoyaient le procureur chargé de l'enquête sur l'entreprise de son fils", selon les archives publicitaires de Facebook.

Une des versions de la publicité de la campagne de Donald Trump, qui comporte une fausse allégation sur Joe Biden. Bibliothèque publicitaire de Facebook

Deux des partenaires de fact-checking de Facebook — PolitiFact et Factcheck.org — avaient déjà démenti cette affirmation sur Joe Biden. Dans sa politique sur la désinformation dans les publicités, Facebook affirme que le réseau "interdit les publicités qui comportent des allégations démenties par des tiers responsables de fact-checking ou, dans certaines circonstances, des allégations démenties par des organisations possédant une expertise particulière."

Cependant, un porte-parole de Facebook a déclaré à Business Insider US que les publicités des politiciens ne sont pas soumises au programme de fact-checking par des tiers. Nick Clegg, directeur mondial des affaires publiques de Facebook, a annoncé cette politique dans un communiqué officiel de Facebook le 24 septembre.

Au total, l'équipe de campagne de Donald Trump a dépensé plus de 1,6 million de dollars en publicités Facebook entre le 25 septembre et le 1er octobre, selon la bibliothèque publicitaire de Facebook (en comparaison, Elizabeth Warren a dépensé 285 000 dollars et Joe Biden 122 000 dollars sur la même période).

Lundi soir, Elizabeth Warren a attaqué Facebook sur le choix de date suspect du réseau pour changer sa politique contre la désinformation, soulevant la question de la rencontre privée entre Donald Trump et Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, le 19 septembre.

Elizabeth Warren a cité l'article du journaliste de Popular Information Judd Legum, qui affirme que Facebook a récemment modifié ses politiques publicitaires sur la désinformation, permettant ainsi à Trump de mentir dans les publicités. Mais selon Facebook, les conditions d'utilisation du réseau n'ont pas changé et les personnalités politiques sont exemptées du processus de fact-checking depuis plus d'un an, comme précisé dans les règles d'éligibilité du programme de vérification de Facebook.

Voici ce qu'explique la publication de Nick Clegg, dans les grandes lignes : "Nous ne pensons pas qu'il soit approprié pour nous d'agir en tant qu'arbitre des débats politiques et d'empêcher le discours d'un responsable politique de toucher son public. C'est pour cela que Facebook exempte les hommes politiques de notre programme de fact-checking. Cette politique est en vigueur depuis plus d'un an et elle est affichée publiquement sur notre site, dans la rubrique sur les lignes directrices en matière d'éligibilité au programme. Cela signifie que nous n'enverrons pas de publication ou de publicité d'hommes politiques à nos partenaires tiers en charge du fact-checking."

Cependant, il est vrai que Facebook a récemment modifié le libellé de sa politique en matière de désinformation — l'article 13 était auparavant intitulé "contenu trompeur ou faux" et régissait en grande partie les allégations trompeuses et les pratiques commerciales. Facebook a déplacé cette question aux articles 31 et 32, qui sont maintenant intitulés "allégations trompeuses" et "pratiques commerciales inacceptables." Il semble que Facebook tente d'établir une distinction plus précise entre la désinformation qui touche l'intérêt public et les contenus trompeurs qui concernent le commerce.

Un porte-parole de Facebook a déclaré à Business Insider US que ces annonces récentes et ces modifications de politique visent à assurer la transparence en prévision des élections américaines et mondiales. Avec l'augmentation des dépenses publicitaires de Donald Trump sur Facebook et ses discours mensongers, les décisions de la plateforme sur ses conditions d'utilisation continueront d'être scrutées à la loupe. Et même si Facebook pense être impartial en agissant peu pour réglementer la parole politique, cette stratégie peut en réalité aider Donald Trump. 

Il n'y a pas de quoi envier la position de Facebook. Ses conditions d'utilisation sont complexes et difficiles à comprendre, avec d'innombrables règles et des exceptions distinctes pour la publicité, le contenu original, la vérification des faits, et plus encore.

Lorsque Facebook ne réglemente pas la parole politique, le réseau néglige la vérité et la responsabilité. Mais si Facebook réglementait la parole politique, il devrait élaborer des conditions d'utilisation encore plus complexes, et le réseau ferait face à une multitude de plaintes contre son manque d'impartialité — un sujet qu'il ne veut manifestement pas avoir à gérer.

Pour l'instant, Facebook s'en tient à la première option. Ce choix a donné lieu à une vérité stupéfiante : l'équipe de campagne de Donald Trump paie des millions de dollars à Facebook pour promouvoir ses mensonges, et cela ne viole aucune des règles du réseau social.

Version originale : Will Fischer / Business Insider

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